{"id":133,"date":"2021-02-12T09:28:31","date_gmt":"2021-02-12T09:28:31","guid":{"rendered":"http:\/\/base.wobebli.net\/base\/?p=133"},"modified":"2021-02-12T09:30:22","modified_gmt":"2021-02-12T09:30:22","slug":"lesclavage-dans-la-societe-ayaou-de-cotedivoire-des-origines-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/2021\/02\/12\/lesclavage-dans-la-societe-ayaou-de-cotedivoire-des-origines-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ESCLAVAGE DANS LA SOCIETE AYAOU DE COTED&rsquo;IVOIRE : DES ORIGINES A NOS JOURS"},"content":{"rendered":"\n<p>KRA Yao S\u00e9v\u00e9rin<\/p>\n\n\n\n<p>m\u00e9moire de th\u00e8se 2016<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/archives.uvci.edu.ci:52003\/data\/LOT2\/THESES_HISTOIRE\/THESE_636960266993068683.pdf\">http:\/\/archives.uvci.edu.ci:52003\/data\/LOT2\/THESES_HISTOIRE\/THESE_636960266993068683.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Enqu\u00eate sur l&rsquo;esclavage chez ce peuple baoul\u00e9. l&rsquo;auteur est lui m\u00eame ayaou<\/p>\n\n\n\n<p>P193 <\/p>\n\n\n\n<p>CHAPITRE V: LES IMMOLATIONS D&rsquo;ESCLAVES AVANT LES GUERRES<br>ANTICOLONIALES: LE KLIN KPLI, L&rsquo;AGENT<br>PRINCIPAL DES SACRIFICES HUMAINS<br>Les immolations d&rsquo;esclaves faisaient partie int\u00e9grante des coutumes dans<br>certaines soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines. Dans I&rsquo; Ayaou, les esclaves \u00e9taient sacrifi\u00e9s<br>comme on sacrifie des animaux domestiques aux divinit\u00e9s tut\u00e9laires. Si dans les soci\u00e9t\u00e9s<br>antiques (Rome, Gr\u00e8ce) et coloniales d&rsquo;Am\u00e9rique les esclaves \u00e9taient ex\u00e9cut\u00e9s pour des<br>raisons disciplinaires ou transgressionnaires, ce type de sanction \u00e9taient quasiinexistantes dans I &lsquo;Ayaou. La mise \u00e0 mort d&rsquo;un esclave dans cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait fond\u00e9e sur<br>des croyances religieuses; et c&rsquo;est le klin kpli (l&rsquo;immense tambour) qui \u00e9tait<br>g\u00e9n\u00e9ralement au centre de ces sacrifices humains. Il s&rsquo;agit dans cette partie de montrer la<br>nature et les fonctions de ce tambour dont la danse entrainait parfois les sacrifices<br>d&rsquo;esclaves, ensuite de montrer quand on dansait le klin kpli<\/p>\n\n\n\n<p>P194 <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la croyance ayaou, le klin kpli (le grand tambour) est un instrument sacr\u00e9 et<br>mystique entour\u00e9 d&rsquo;un grand respect. Selon nos informateurs, le caract\u00e8re sacr\u00e9 du klin<br>kpli ne fait aucun doute. Le klin kpli n&rsquo;est pas n&rsquo;importe quel tambour, affirme<br>N &lsquo;Guessan Aka le tambourinaire actuel du klin n &lsquo;da de Pakouabo. Il se distingue des<br>autres tambours de par sa \u00ab\u00a0naissance\u00a0\u00bb et ses utilisateurs<br>564<br>. En effet, apr\u00e8s la fabrication<br>du membranophone, sa sacralisation n\u00e9cessitait l&rsquo;immolation d&rsquo;un \u00eatre humain non les<br>moindres, le sculpteur du tambour lui-m\u00eame.<br>Par un jeu de trahison, l&rsquo;auteur de la sculpture qui, dans l&rsquo;attente des compliments<br>et des dons pour r\u00e9conpenser son savoir faire, \u00e9tait ex\u00e9cut\u00e9 et de son sang, on aspergeait<br>le nouveau tambour qui devenait ainsi un tambour sacr\u00e9<br>565<br>\u2022 Si pendant la colonisation<br>fran\u00e7aise, le sang de b\u0153uf \u00e9tait utilis\u00e9 pour adorer le tambour en remplacement du sang<br>des esclaves dans certaines localit\u00e9s, la sacralisation de cet instrument redoutable ne<br>pouvait se faire sans du sang humain<br>566<br>\u2022 Une fois sacralis\u00e9, le nouveau tambour portait le<br>nom du sculpteur sacrifi\u00e9. C&rsquo;est dans ce contexte que le tambour de Pakouabo porte le<br>nom de Blimoli le sculpteur du tambour de ce village du nord ayaou<br>567<br>\u2022 Chaque sept ans,<br>un \u00eatre humain \u00e9tait sacrifi\u00e9 en l&rsquo;honneur du tambour pour renforcer sa puissance<br>568<br>.<br>Le professeur Niangoran-Bouah a repris un po\u00e8me \u00e9sot\u00e9rique relatif au sacrifice<br>du sculpteur Boa, mentionn\u00e9 dans le tambour royal de Sakassou :<br>\u00ab\u00a0Boa,<br>D\u00e9esses, Ciel et Terre,<br>Boa a sculpt\u00e9<br>Un tambour chef-d&rsquo;\u0153uvre.<br>Pour le r\u00e9compenser,<br>Il fut d\u00e9capit\u00e9<br>Et c&rsquo;est avec son sang<br>Que le rituel de<\/p>\n\n\n\n<p>Sacralisation fut accomplie.<br>Penchez-vous sur son cas et<br>Rendez-lui justice!\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>P218 CHAPITRE VI: CONQU\u00caTE COLONIALE ET BOULEVERSEMENT<br>SOCIOPOLITIQUE DANS L&rsquo;AYAOU<br>Les esclaves ont jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans les guerres d&rsquo;occupation et de r\u00e9sistance coloniale dans l&rsquo; Ayaou. En effet, ces guerres de conqu\u00eates pr\u00e9sent\u00e9es comme une lutte contre l&rsquo;esclavage par le conqu\u00e9rant fran\u00e7ais, furent accueillies par les esclaves maltrait\u00e9s comme une d\u00e9livrance, ils apportaient donc leur soutien. Sans tirer les le\u00e7ons \u00abdu divorce\u00bb, des ma\u00eetres continuaient \u00e0 sacrifier leurs esclaves rest\u00e9s loyaux, cette fois pour<br>r\u00e9activer la puissance de leurs dieux protecteurs lors de ces combats.<\/p>\n\n\n\n<p>P221 <\/p>\n\n\n\n<p>Les Ayaou, du fait de leur r\u00e9sistance vigoureuse \u00e0 la conqu\u00eate fran\u00e7aise depuis 1907 sont per\u00e7us comme un peuple violent, f\u00e9ticheur et destructeur d&rsquo;esclaves. En r\u00e9alit\u00e9, I&rsquo; Ayaou \u00e9tait un peuple guerrier, l&rsquo;avant-garde de la reine Akoua Bony dans le royaume du Wal\u00e8bo \u00e0 Sakassou. Cette fonction exigeait des puissances surnaturelles extr\u00eamcs. Ce sont ces pouvoirs mystiques dont la r\u00e9activation n\u00e9cessitait des sacrifices humains que ce peuple \u00ab entrain\u00e9 \u00e0 la guerre \u00bb r\u00e9ussit \u00e0 infliger les premiers \u00e9checs aux troupes coloniales en 1907 et en 1909. Depuis lors, les Ayaou apparaissaient aux yeux du colonisateur comme un peuple f\u00e9ticheur, destructeur d&rsquo;esclaves et hostile \u00e0 la pr\u00e9sence fran\u00e7aise. D&rsquo;o\u00f9 aussi l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle les peuples africains hostiles \u00e0 la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, sont ceux qui d\u00e9tiennent des esclaves en grand nombre.<\/p>\n\n\n\n<p>P224 <\/p>\n\n\n\n<p>La synth\u00e8se des rapports sur l&rsquo;esclavage en AOF r\u00e9v\u00e8le environ 2 millions de captifs sur une population globale de 8 millions d&rsquo;habitants. La r\u00e9partition de ces captifs sur les colonies du groupe donne les chiffres suivants : 200000 esclaves au S\u00e9n\u00e9gal, 250000 au Dahomey, 450000 \u00e0 la Guin\u00e9e, 500000 \u00e0 la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire et 600000 au HautS\u00e9n\u00e9gal-Nigerv\u00a0\u00bb. Ces esclaves, une fois lib\u00e9r\u00e9s, \u00e9taient regroup\u00e9s en villages dits de libert\u00e9, v\u00e9ritables viviers de main-d&rsquo;\u0153uvre coloniale. Mais, il fallait annoncer aux populations insoumises les bienfaits de la lib\u00e9ration pour les ma\u00eetres et pour les esclaves principalement. C&rsquo;\u00e9tait un moyen d&rsquo;action pour les colons dans ces pays.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Ainsi, on assista au massacre ou \u00e0 la d\u00e9portation des chefs locaux t\u00e9m\u00e9raires oppos\u00e9s \u00e0 la colonisation. A la fin des combats de r\u00e9sistance dans I &lsquo;Ayaou en 1911, on d\u00e9nombra 644 guerriers ayaou tu\u00e9s et des chefs de villages et notables d\u00e9port\u00e9s cette ann\u00e9e. A Aka N&rsquo;Guessankro, le jeune fr\u00e8re du chef du village, Aka Angban se livra volontairement aux colons \u00e0 la place de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Aka N&rsquo;Guessan, chef de village.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Les populations ayaou n&rsquo;ont aucun souvenir d&rsquo;une quelconque r\u00e9pression violente contre l&rsquo;esclavage domestique dans l&rsquo;Ayaou par l&rsquo;administration coloniale. Au contraire, elles soutiennent qu&rsquo;elle n&rsquo;a fait qu&rsquo;accro\u00eetre la classe des asservis dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 cause des exigences li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;imp\u00f4t de capitation. <\/p>\n\n\n\n<p> C&rsquo;est pour ces violations flagrantes des droits de l&rsquo;homme que les villages dits de libert\u00e9 furent condamn\u00e9s par la commission de l&rsquo;esclavage de la Soci\u00e9t\u00e9 Des Nations en juillet 1925.<\/p>\n\n\n\n<p><br>On retient de cette analyse que les discours antiesclavagistes avanc\u00e9s par le<br>colonisateur fran\u00e7ais n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;un pr\u00e9texte pour asseoir le pouvoir colonial en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>P254-271 <strong>CHAPITRE VII: L&rsquo;ABOLITION DE L&rsquo;ESCLAVAGE TRADITIONNEL<br>DANS L&rsquo;AYAOU: LES AMBIG\u00dcIT\u00c9S D&rsquo;UNE LUTTE<br>DOMIN\u00c9E PAR LES INT\u00c9R\u00caTS \u00c9CONOMIQUES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>chapitre fort int\u00e9ressant sur l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage \u00e0 partir de 1906 <\/p>\n\n\n\n<p>P273 abolition des meurtres rituels vers 1967<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, en 1967, sept ans apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, aux fun\u00e9railles de N&rsquo;Dja Tch\u00e9m\u00e9l\u00e9 Djaha, un noble de Pakouabo, un roi venu du Wal\u00e8bo exigea que son tambour parleur qu&rsquo;il fit venir pour les obs\u00e8ques du d\u00e9funt soit \u00ab peint\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire soit asperg\u00e9 de sang humain. Le fils du d\u00e9funt, N&rsquo;Dja Koffi Blaise, qui \u00e9tait un ministre du gouvernement d&rsquo;Houphou\u00ebt en son temps, lui fit comprendre que ces pratiques \u00e9taient<br>abolies par les nouvelles lois et qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait plus question de sacrifier des hommes au nom d&rsquo;un tambour. Car ces pratiques, non seulement constituent une perte pour l&rsquo;humanit\u00e9 mais frustrent une partie de la population. Le roi resta un peu confus et se<br>soumit aux conseils du ministre.  L&rsquo;appel du cadre fut plus ou moins entendu dans I&rsquo; Ayaou et les immolations officielles furent bannies progressivement du quotidien de ce peuple. Mais des obnubil\u00e9s de cette coutume ne renon\u00e7aient cependant pas \u00e0 cette pratique. Ils remplac\u00e8rent ces ex\u00e9cutions sommaires par des \u00e9liminations mystiques ou empoisonnements \u00e0 la poudre mortelle qui ne r\u00e9pondent pas aux normes des immolations originelles. On n&rsquo;assiste plus \u00e0 des sacrifices, mais plut\u00f4t \u00e0 des meurtres pour rendre \u00ab un hommage aux d\u00e9funts \u00bb.  A cela s&rsquo;ajoutent les pr\u00e9jug\u00e9s qui persistaient dans les villages malgr\u00e9 ses sensibilisations.<br>Sans mener une lutte sp\u00e9cifique contre l&rsquo;esclavage traditionnel, mais au nom du droit \u00e0 la libert\u00e9 naturelle et \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la naissance, l&rsquo;Etat de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, en 2000, \u00e0 travers la constitution du pays, interdit officiellement l&rsquo;esclavage sur toute l&rsquo;\u00e9tendue du territoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KRA Yao S\u00e9v\u00e9rin m\u00e9moire de th\u00e8se 2016 http:\/\/archives.uvci.edu.ci:52003\/data\/LOT2\/THESES_HISTOIRE\/THESE_636960266993068683.pdf Enqu\u00eate sur l&rsquo;esclavage chez ce peuple baoul\u00e9. l&rsquo;auteur est lui m\u00eame ayaou P193 CHAPITRE V: LES IMMOLATIONS D&rsquo;ESCLAVES AVANT LES GUERRESANTICOLONIALES: LE KLIN KPLI, L&rsquo;AGENTPRINCIPAL DES SACRIFICES HUMAINSLes immolations d&rsquo;esclaves faisaient partie int\u00e9grante des coutumes danscertaines soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines. Dans I&rsquo; Ayaou, les esclaves \u00e9taient sacrifi\u00e9scomme on sacrifie des animaux domestiques aux divinit\u00e9s tut\u00e9laires. 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