{"id":138,"date":"2021-03-16T17:56:50","date_gmt":"2021-03-16T17:56:50","guid":{"rendered":"http:\/\/base.wobebli.net\/base\/?p=138"},"modified":"2021-03-16T17:56:50","modified_gmt":"2021-03-16T17:56:50","slug":"gnon-sua-dieu-des-gueres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/2021\/03\/16\/gnon-sua-dieu-des-gueres\/","title":{"rendered":"Gnon-Sua, Dieu des Gu\u00e9r\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>Moeurs et croyance d&rsquo;une peuplade primitive de la For\u00eat Vierge\/ J. Boulnois, Date d&rsquo;\u00e9dition : 1933, 132 pages, Collection de L&rsquo;Ancre publi\u00e9e sous le patronage du \u00ab\u00a0Journal des Coloniaux et l&rsquo;Arm\u00e9e Coloniale r\u00e9unis\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjEz_P8guTuAhUYAWMBHa8xD6IQFjACegQIBxAC&amp;url=https%3A%2F%2Fgallica.bnf.fr%2Fark%3A%2F12148%2Fbpt6k3347138c.texteImage&amp;usg=AOvVaw3gr1MoXNqzxQsA1zAdoXRx\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.google.com\/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjEz_P8guTuAhUYAWMBHa8xD6IQFjACegQIBxAC&amp;url=https%3A%2F%2Fgallica.bnf.fr%2Fark%3A%2F12148%2Fbpt6k3347138c.texteImage&amp;usg=AOvVaw3gr1MoXNqzxQsA1zAdoXRx\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k3347138c\/f16.item.texteImage<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une des premi\u00e8res monographies sur les gu\u00e9r\u00e9s avec celle de Viard. L&rsquo;auteur a travaill\u00e9 \u00e0 Guiglo, Du\u00e9kou\u00e9, Toulepleu. Se fondant sur ses observations du peuple des Gu\u00e9r\u00e9s de C\u00f4te d\u2019Ivoire, Jean Boulnois soutient ici la th\u00e8se de l\u2019uniformit\u00e9 des croyances et des superstitions humaines. Le monoth\u00e9isme des gu\u00e9r\u00e9s lui sert d&rsquo;argument pour d\u00e9fendre la croyance en Dieu, qui existerai donc m\u00eame chez les \u00ab\u00a0peuplades primitives\u00a0\u00bb. Mais que signifie \u00ab\u00a0croire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb, pour un francais et pour un gu\u00e9r\u00e9 de 1930, il ne le dit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>P11 motivation de son \u00e9tude<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception du Dieu chr\u00e9tien, nous la consi-<br>d\u00e9rons parfaite et au stade final de l&rsquo;\u00e9volution reli-<br>gieuse, si parfaite, qu&rsquo;elle a pris pour nos th\u00e9olo-<br>giens, le caract\u00e8re sacr\u00e9 et l&rsquo;absoluit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9la-<br>tion que nous devons au Messie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l&rsquo;on croit en g\u00e9n\u00e9ral, que nos noirs d&rsquo;Afrique<br>sont encore au stade f\u00e9tichiste de l&rsquo;\u00e9volution reli-<br>gieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier une des peuplades (1)<br>les plus primitives de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire : la peuplade<br>des Gu\u00e9r\u00e9s. Il se trouve que les Gu\u00e9r\u00e9s qui, nous<br>tenterons de le d\u00e9montrer, n&rsquo;ont pu subir<br>d&rsquo;influence religieuse ni chr\u00e9tienne ni musulmane<br>n&rsquo;en croient pas moins, tout comme nous, \u00e0 un Dieu<br>unique, immat\u00e9riel, universel, cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers.<br>Mieux encore, voil\u00e0 que les d\u00e9tails les plus impr\u00e9vus<br>de la croyance de ces Gu\u00e9r\u00e9s sont fr\u00e9quemment<br>superposables aux n\u00f4tres comme, par exemple, la<br>croyance en l&rsquo;eau purificatrice, en un Paradis, un<br>Purgatoire, un Enfer.<\/p>\n\n\n\n<p>P13 GENERALITES SUR LES GUERES<\/p>\n\n\n\n<p>Les Gu\u00e9r\u00e9s sont au nombre de 50 ou 60.000 tout<br>au plus, et encore si nous comptons les sujets de<br>race (1) gu\u00e9r\u00e9e vivant sur le territoire de la Lib\u00e9ria.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ils viendraient de l&rsquo;est. <\/strong>Leurs griots le pr\u00e9ten-<br>dent. Il faut dire que les indig\u00e8nes des peuplades<br>diverses de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire (et il y a une trentaine<br>de ces peuplades) pr\u00e9tendent venir de l&rsquo;est<br>comme si la marche du soleil leur avait indiqu\u00e9 la<br>direction. Ils se sont \u00e9tablis depuis sans doute fort<br>longtemps (2) dans cette portion de for\u00eat vierge<br>comprise entre le cours moyen du fleuve Cavally et<\/p>\n\n\n\n<p>(1)<strong> Le mot \u00ab race \u00bb sera souvent employ\u00e9 dans le sens de<br>\u00ab type ethnographique se rapportant \u00e0 une peuplade \u00bb. Nous<br>ne l&#8217;employons pas dans un sens anthropologique .<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>presque toute la longueur de la rivi\u00e8re N&rsquo;Zo, affluent du fleuve Sassandra.<\/p>\n\n\n\n<p>P16 <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin les Dioullas eussent craint, et \u00e0 juste<br>raison, d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9s et mang\u00e9s par les Gu\u00e9r\u00e9s. Beau-<br>coup le craignent encore aujourd&rsquo;hui et ne s&rsquo;aven-<br>turent jamais qu&rsquo;accompagn\u00e9s et arm\u00e9s par les<br>pistes de la for\u00eat gu\u00e9r\u00e9e, loin des centres adminis-<br>tratifs. <strong>Gu\u00e9r\u00e9s et Dioullas s&rsquo;accordent \u00e0 dire que ces<br>derniers ne sont venus s&rsquo;implanter dans le pays (o\u00f9<br>ils se trouvent d&rsquo;ailleurs fort peu nombreux) que<br>depuis la domination des Fran\u00e7ais <\/strong>; or les Fran\u00e7ais<br>n&rsquo;ont gu\u00e8re occup\u00e9 le pays que depuis 1912 ou 1913.<br>Cette p\u00e9n\u00e9tration, pacifique, est notre derni\u00e8re<br>conqu\u00eate en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la tradition ne relate pas d&rsquo;aventures guer-<br>ri\u00e8res avec les peuplades \u00ab B\u00e9t\u00e9 \u00bb \u00e0 l&rsquo;est et \u00ab Krou \u00bb<br>au sud, on con\u00e7oit ais\u00e9ment qu&rsquo;il n&rsquo;ait pu en \u00eatre<br>autrement. En effet B\u00e9t\u00e9s et Krous vivent dans les<br>m\u00eames conditions que les Gu\u00e9r\u00e9s. Ils habitent une<br>portion de for\u00eat aussi ingrate o\u00f9 ils ne cultivent ni<br>plus ni moins de produits vivriers. Ils n&rsquo;ont pu exci-<br>ter les convoitises des Gu\u00e9r\u00e9s et, inversement, ceux-l\u00e0 n&rsquo;ont pas d\u00fb exciter les leurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;en fut pas de m\u00eame, comme nous l&rsquo;avons<br>d\u00e9j\u00e0 dit, avec les races du Nord. L&rsquo;histoire relate<br>qu&rsquo;en bordure du pays gu\u00e9r\u00e9, de multiples mais<br>courtes incursions ont conduit les Gu\u00e9r\u00e9s \u00e0 se battre<br>et se m\u00ealer avec les Dans et cela pour deux raisons :<br>d&rsquo;abord, \u00e0 cette latitude, la for\u00eat, moins dense, per-<br>met de se d\u00e9placer plus ais\u00e9ment ; d&rsquo;autre part, dans<br>cette for\u00eat claire et \u00e0 la latitude o\u00f9 habitent les<br>Dans, les animaux domestiques de la savane ont pu<br>\u00eatre acclimat\u00e9s. Les Gu\u00e9r\u00e9s ne poss\u00e9dant pas de<br>troupeaux, furent tent\u00e9s par ces richesses. Il ne<br>semble pas cependant que leurs luttes avec les Dans<br>aient \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9es par le besoin de viande, car si les<br>b\u0153ufs, vaches, moutons ne peuvent vivre dans la<br>for\u00eat vierge, en revanche le gibier abonde, depuis<br>le singe et l&rsquo;antilope jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;hippopotame et l&rsquo;\u00e9l\u00e9-<br>phant, que l&rsquo;indig\u00e8ne avec ses fl\u00e8ches et ses pi\u00e8ges<br>sait chasser habilement. Au dire des indig\u00e8nes qui<br>ont particip\u00e9 \u00e0 ces guerres, avant l&rsquo;arriv\u00e9e des<br>Blancs ; il s&rsquo;agissait le plus souvent de s&#8217;emparer<br>des r\u00e9coltes de riz du pays voisin, de capturer des<br>esclaves, de r\u00e9gler un conflit. <strong>Par ces incursions, les<br>Gu\u00e9r\u00e9s de la bordure nord de la for\u00eat s&rsquo;\u00e9tant m\u00eal\u00e9s<br>avec les Dans, ont form\u00e9 une peuplade m\u00e9tiss\u00e9e : les<br>Ouab\u00e9s. Ces Ouab\u00e9s ont peu voyag\u00e9 par contre<br>vers la for\u00eat dense.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>P18 Guerre Zagn\u00e9-Du\u00e9kou\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, il y a quelques vingt ans ; le canton de<br>Zagu\u00e9 faisait une guerre sans merci \u00e0 celui de<br>Du\u00e9kou\u00e9. En outre des haines \u00e0 assouvir suscit\u00e9es<br>par des questions de mariage entre les indig\u00e8nes des<br>deux cantons, il y avait \u00e0 Du\u00e9kou\u00e9 de jolies femmes<br>\u00e0 prendre, des esclaves \u00e0 capturer.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est alors que D\u00f4o, dont le fils vit encore et<br>porte sur son visage, au dire des noirs, tant de<br>beaut\u00e9 et de noblesse que nul ne l&rsquo;\u00e9gale, sinon son<br>p\u00e8re d\u00e9funt, D\u00f4o guerroyait en Lib\u00e9ria de l&rsquo;autre<br>c\u00f4t\u00e9 de la Nuon. Un gri-gri puissant qui avait fait<br>ses preuves au cours de nombreuses guerres ant\u00e9-<br>rieures, le rendait invuln\u00e9rable et invincible. Enfin<br>il \u00e9tait \u00ab panth\u00e8re \u00bb et, bless\u00e9 \u00e0 mort par une fl\u00e8che<br>empoisonn\u00e9e, il se fit reporter \u00e0 son village de D\u00f4o<br>pour y mourir, comme la panth\u00e8re retourne \u00e0 son<br>taillis, lorsqu&rsquo;elle sent venir la fin.<\/p>\n\n\n\n<p>P19 Origine des gu\u00e9r\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles sont les origines de ces Gu\u00e9r\u00e9s P<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Leur tradition rapporte qu&rsquo;ils auraient form\u00e9 au<br>commencement un m\u00eame clan vers l&rsquo;est. <\/strong>De quelle<br>souche ethnographique se d\u00e9tachaient-ils P On<br>l&rsquo;ignore. Il est certain en tout cas que du point de<br>vue anthropologique, ils ressemblent assez peu aux<br>noirs de l&rsquo;est de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire (1) : Baoul\u00e9s,<br>Ebri\u00e9s, Ab\u00e9s, Agnis, etc&#8230;, qui sont des branches<br>de la grande race des \u00ab Achantis \u00bb et qui, repouss\u00e9s<br>peut-\u00eatre, par d&rsquo;autres races plus orientales encore,<br>ont d\u00fb chasser, dans leurs migrations, les peuplades<br>de la for\u00eat, \u00e9tablies aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;ouest de la C\u00f4te<br>d&rsquo;Ivoire. <strong>Les Gu\u00e9r\u00e9s habitent certainement depuis<br>tr\u00e8s longtemps le pays qu&rsquo;ils occupent encore<br>aujourd&rsquo;hui. <\/strong>Il est d&rsquo;ailleurs curieux de constater<br>combien de races diff\u00e9rentes se c\u00f4toient dans la<br>for\u00eat. L\u00e0, des populations ne d\u00e9passant pas 60 \u00e0<br>100.000 \u00e2mes, et occupant des espaces de for\u00eat \u00e0<br>peine plus vastes que la superficie d&rsquo;un de nos<br>d\u00e9partements fran\u00e7ais, paraissent constituer une<br>peuplade nettement diff\u00e9renci\u00e9e quant aux carac-<br>t\u00e8res ethnographiques et surtout quant \u00e0 la langue.<br><\/p>\n\n\n\n<p>P20-21 N\u00e9grilles, pygm\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques types, tr\u00e8s rares, il faut dire, parmi les Gu\u00e9r\u00e9s, ont<br>les caract\u00e8res des N\u00e9grilles. Une \u00e9tude approfondie sur ces quelques Gu\u00e9r\u00e9s de taille anormalement<br>petite, aux membres inf\u00e9rieurs tr\u00e8s courts,<br>aux membres sup\u00e9rieurs en revanche relativement<br>longs, au torse exag\u00e9r\u00e9ment d\u00e9velopp\u00e9 non seulement<br>par rapport \u00e0 leur taille r\u00e9duite mais aussi par<br>rapport aux proportions d&rsquo;un indig\u00e8ne normal, au<br>syst\u00e8me pileux tr\u00e8s abondant, reste \u00e0 faire. De tous<br>les noirs de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, certains Gu\u00e9r\u00e9s nous<br>ont paru ceux qui par leurs proportions, l&rsquo;abondance<br>de leur barbe et de leur moustache se rapprochent<br>le plus des N\u00e9grilles.<\/p>\n\n\n\n<p>P21 Origine de Touleupleu et Tagnon<br>Une l\u00e9gende conte l&rsquo;origine des Gu\u00e9r\u00e9s ; de<br>nombreux r\u00e9cits, assez divers, rapportent leurs<br>migrations primitives, de vagues bribes de leur<br>histoire, sans doute tr\u00e8s d\u00e9form\u00e9e. Tous s&rsquo;accordent<br>sur quelques points : leur provenance de l&rsquo;est,<br>leur s\u00e9dentarit\u00e9 dans le pays qu&rsquo;ils occupent, la<br>l\u00e9gende de l&rsquo;anc\u00eatre Tagnon.<br>\u00ab L&rsquo;anc\u00eatre \u00e0 qui, tous les trois ans, avant l&rsquo;arriv\u00e9e<br>des Blancs, on sacrifiait des b\u00eates et m\u00eame des captifs,<br>avait eu de nombreux enfants de la femme que<br>Dieu cr\u00e9a \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Cela se passait dans la for\u00eat,<br>loin vers l&rsquo;est. Tagnon, un jour, commanda \u00e0 ses<br>enfants de se disperser dans la for\u00eat et de chercher<br>\u00e0 s&rsquo;y marier \u00e0 des gens d&rsquo;autres races. Tagnon ne<br>voulait pas de mariages consanguins (1). Les <\/p>\n\n\n\n<p>enfants cherch\u00e8rent de longues ann\u00e9es, puis les<br>fr\u00e8res finirent par rencontrer les soeurs. Trop vieillis,<br>ils ne se reconnurent pas et, ignorant leur p\u00e8re<br>commun, se mari\u00e8rent, cr\u00e9\u00e8rent une famille, fond\u00e8rent<br>un village. La m\u00eame recherche du mariage se<br>reproduisit pendant quelques g\u00e9n\u00e9rations et dans les<br>m\u00eames conditions, le village de Tagnon : B\u00e9ou\u00e9,<br>grandit. Ainsi firent souche les premiers Gu\u00e9r\u00e9s. \u00bb<br>Au bout de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, les Gu\u00e9r\u00e9s<br>\u00e9taient nombreux. Bient\u00f4t ils \u00e9migr\u00e8rent vers<br>l&rsquo;ouest. Rien dans la tradition ne rapporte qu&rsquo;ils<br>aient \u00e9migr\u00e9, pouss\u00e9s devant eux par d&rsquo;autres peuplades.<br>Toutes les l\u00e9gendes, diverses dans les d\u00e9tails,<br>s&rsquo;accordent \u00e0 attribuer cette migration \u00e0 une querelle<br>intestine, dont la cons\u00e9quence fut qu&rsquo;une partie<br>des Gu\u00e9r\u00e9s chassa l&rsquo;autre vers l&rsquo;ouest. Ils abandonn\u00e8rent<br>donc ensemble leur pays d&rsquo;origine, le<br>pays de l&rsquo;anc\u00eatre. Voici une de ces l\u00e9gendes :<br>\u00ab Avant, \u00ab Toul\u00e9pleu \u00bb s&rsquo;appelait \u00ab B\u00e9ou\u00e9 \u00bb (1).<\/p>\n\n\n\n<p>Les gens qui habitent \u00ab Nidrou \u00bb aujourd&rsquo;hui se<br>trouvaient alors \u00e0 B\u00e9ou\u00e9 avec les gens qui, maintenant,<br>habitent \u00ab Bakoubli \u00bb. Les gens de Nidrou<br>avaient un taureau qu&rsquo;ils appelaient \u00ab Zaouy\u00e9 \u00bb,<br>ceux de Bakoubli poss\u00e9daient eux aussi un taureau<br>et ils l&rsquo;appelaient \u00ab Kalouy\u00e9 \u00bb. Les deux b\u00eates<br>s&rsquo;\u00e9taient battues, l&rsquo;une avait cass\u00e9 les pattes de<br>l&rsquo;autre. Il y eut palabre. Les propri\u00e9taires se battirent<br>\u00e0 leur tour, chacun pour leur taureau. Les<br>gens de Nidrou chass\u00e8rent les vaincus de B\u00e9ou\u00e9 et<br>les repouss\u00e8rent en Lib\u00e9ria. Au lieu de revenir \u00e0<br>B\u00e9ou\u00e9, les vainqueurs demeur\u00e8rent en de\u00e7\u00e0 du<br>Cavally et fond\u00e8rent Nidrou \u00bb. Il restait des Gu\u00e9r\u00e9s<br>\u00e0 B\u00e9ou\u00e9 et ils \u00e9taient trop nombreux. Ils ne parvenaient<br>pas \u00e0 cultiver assez de lougans pour se nourrir<br>tous et songeaient avec envie \u00e0 ceux qui<br>avaient d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 le village. L&rsquo;un des habitants,<br>Flandio, dit un jour : \u00ab Je pars en voyage \u00bb. Il partit<br>vers l&rsquo;ouest, apr\u00e8s avoir consult\u00e9 le F\u00e9ticheur.<br>\u00ab Nous sommes trop de monde \u00e0 B\u00e9ou\u00e9 \u00bb, dit-il.<br>Nous voulons faire un autre village. Je suis venu te<br>demander conseil. Il faut, dit le F\u00e9ticheur, que tu<br>marches sans arr\u00eat, sans manger ni dormir, en suivant<br>la direction du soleil, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que tu voies<br>un arbre sans feuilles au sommet duquel brillera<br>une flamme. L\u00e0, devra \u00eatre reconstruit B\u00e9ou\u00e9. Avant<br>de retourner chercher les gens de ton village, tu<br>pourras te reposer et dormir au pied de l&rsquo;arbre <\/p>\n\n\n\n<p>toute la nuit. \u00ab C&rsquo;est \u00e0 cet endroit que les gens de<br>B\u00e9ou\u00e9 vinrent b\u00e2tir Toul\u00e9pleu (1) \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>(1) \u00ab Toul\u00e9pleu \u00bb chef-lieu de subdivision \u00e0 la fronti\u00e8re de<br>l a R\u00e9publique de Lib\u00e9ria dans le cercle de Guiglo. Ce nom<br>de \u00ab Toul\u00e9pleu \u00bb est un nom de consonnance yacouba. Au<br>d\u00e9but de la p\u00e9n\u00e9tration des Fran\u00e7ais, un interpr\u00e8te yacouba<br>d\u00e9forma le nom gu\u00e9r\u00e9 : Toulobli (de \u00ab Bli \u00bb qui signifie<br>\u00ab village \u00bb en gu\u00e9r\u00e9 et de \u00ab toulo \u00bb qui est un nom propre.<\/p>\n\n\n\n<p>P29 anthropophagie, mythe chez les romanciers<\/p>\n\n\n\n<p>On a parfois avanc\u00e9 dans les milieux coloniaux<br>que l&rsquo;anthropophagie de certaines races noires \u00e9tait<br>due pour une part \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;animaux domestiques<br>dans la for\u00eat. Si cette assertion se v\u00e9rifie peut<br>\u00eatre pour les indig\u00e8nes de la brousse australienne et<br>de certaines contr\u00e9es du Pacifique, elle n&rsquo;offre aucun<br>fondement quant aux noirs de la for\u00eat africaine.<br>L&rsquo;anthropophagie existe r\u00e9ellement. Elle nous a<br>paru un fait rare. La seule preuve patente que nous<br>en apporterons sera tir\u00e9e des jugements du 2 degr\u00e9,<br>d&rsquo;o\u00f9 il r\u00e9sulte deux faits certains :<br>1\u00b0 Presque toujours semble-t-il (et toujours<br>d&rsquo;apr\u00e8s ces jugements qui ne r\u00e9sument pas la totalit\u00e9 des cas) le cannibalisme a \u00e9t\u00e9 la perp\u00e9tration<br>d&rsquo;un commandement de sorcier.<br>2\u00b0 D&rsquo;apr\u00e8s les aveux des mangeurs d&rsquo;homme,<br>recueillis au cours de ces jugements, la chair<br>humaine, le foie surtout, a pu \u00eatre fort appr\u00e9ci\u00e9e du<br>point de vue gastronomique par certains noirs.<br>Comme par ailleurs, nous avons not\u00e9 le go\u00fbt de la<br>totalit\u00e9 des noirs gu\u00e9r\u00e9s pour les viandes pourries<br>(1), certaines larves ou les termites, nous pouvons<br>affirmer que la manducation est d&rsquo;autant plus facilit\u00e9e<br>que le noir n&rsquo;a pas la r\u00e9pulsion qu&rsquo;ont les<br>blancs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de certaines chairs, et que les noirs,<br>aiment par gourmandise la viande quelle qu&rsquo;elle<br>soit.<\/p>\n\n\n\n<p><br>De l\u00e0 \u00e0 affirmer que par exc\u00e8s de gourmandise<br>pour la chair humaine, d&rsquo;une part, et que, par privation<br>de viande, d&rsquo;autre part, tous les noirs sont<br>naturellement enclins \u00e0 l&rsquo;anthropophagie, il y a<br>loin. Des auteurs de romans coloniaux ont trop<br>abus\u00e9 de r\u00e9cits de cannibalisme o\u00f9 ils n&rsquo;h\u00e9sitent<br>pas \u00e0 nous donner des d\u00e9tails de recette culinaire<br>comme dans un livre r\u00e9cemment paru sur les Gu\u00e9r\u00e9s.<br>L&rsquo;auteur y ferait pendre l&rsquo;administrateur du<br>cercle si on avait la na\u00efvet\u00e9 de le croire.<br>Ces romans, avides d&rsquo;exciter la curiosit\u00e9 du lecteur, exploitant les id\u00e9es erron\u00e9es que le lecteur<br>m\u00e9tropolitain a en g\u00e9n\u00e9ral du noir d&rsquo;Afrique, ces<br>romans \u00e9crits par des auteurs qui n&rsquo;ont s\u00e9journ\u00e9<br>que quelques semaines \u00e0 la colonie ne sont oeuvre<br>que d&rsquo;imagination.<br>Nous pouvons supposer que (moins cannibales en<br>cela que n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 les Cara\u00efbes), les noirs, au<br>moment des grandes famines ont pu se nourrir<br>d&rsquo;ennemis, d&rsquo;esclaves et m\u00eame guerroyer dans ce<br>but. Nous pouvons affirmer que les exigences de<br>sorcellerie ont fourni des cas certains, et que nous<br>avons relat\u00e9s, de cannibalisme, mais nous insistons<br>sur ce point : aussi loin que nous ayions pu pousser<br>notre enqu\u00eate, nous n&rsquo;avons vu dans l&rsquo;anthropophagie<br>qu&rsquo;un fait relativement rare, rencontr\u00e9 dans<br>des circonstances anormales et accidentelles.<\/p>\n\n\n\n<p>P44 peinture moche, sculpture horrible<\/p>\n\n\n\n<p>Les dessins color\u00e9s qu&rsquo;ils aiment \u00e0 tracer sur les<br>murs blancs des cases se bornent \u00e0 des figures g\u00e9om\u00e9triques sans aucun art. Tr\u00e8s rarement ils dessinent<br>des animaux ou des hommes. Ces essais d\u00e9notent<br>une absence presque compl\u00e8te d&rsquo;observation<br>ou de talent, et sont un paradoxe chez ces noirs<br>par ailleurs si finement observateurs.<br>Ils ne connaissent que quelques colorants, le<br>blanc du kaolin, le noir des tourbi\u00e8re et des<br>cendres, l&rsquo;ocre rouge, le vert de certaines feuilles<br>hach\u00e9es, les couleurs brunes ou jaunes des excr\u00e9ments.<br>Au fond, dans ses dessins, le Gu\u00e9r\u00e9 n&rsquo;imite pas,<br>il sch\u00e9matise de m\u00e9moire. Ce sont bien l\u00e0 les caract\u00e8res<br>des dessins d&rsquo;enfants (1).<br>Mais, tandis qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge du Bronze et m\u00eame aux<br>\u00e9poques tr\u00e8s ant\u00e9rieures de la pr\u00e9histoire, tout,<br>dans l&rsquo;art de nos anc\u00eatres primitifs, trahissait leur<br>religion et leur mysticisme, rien, au contraire, dans<br>l&rsquo;art rudimentaire des Gu\u00e9r\u00e9s, ne trahit leur<br>croyance dans le surnaturel, leur religion, sauf<br>peut-\u00eatre leurs masques et leurs statuettes de bois<br>noir, bariol\u00e9, \u00e0 l&rsquo;aspect horrible, repr\u00e9sentant la<br>face de quelque sorcier.<\/p>\n\n\n\n<p>P46 musique et danse<\/p>\n\n\n\n<p>L e u r s i n s t r u m e n t s de m u s i q u e s o n t p l u s r u d i &#8211;<br>m e n t a i r e s que ceux de la p l u p a r t des a u t r e s n o i r s .<br>Ils n e c o n n a i s s e n t pas le \u00ab balafon \u00bb. L e u r i n s t r u &#8211;<br>m e n t h a b i t u e l est une sorte de g u i t a r e d o n t la caisse<br>de r \u00e9 s o n a n c e e s t c o n s t i t u \u00e9 e p a r une calebasse o\u00f9<br>q u a t r e p e t i t e s lamelles de bois, fix\u00e9es p a r de m e n u e s<br>lianes, v i b r e n t en r e n d a n t q u a t r e notes diff\u00e9rentes.<br>P a r f o i s les lamelles s o n t remplac\u00e9es p a r t r o i s cordes<br>t e n d u e s s u r u n m a n c h e de bois. Cet i n s t r u m e n t prim<br>i t i f p o r t e le n o m s u g g e s t i f de \u00ab Baong-Lagon \u00bb. Il<br>est assez c o m m u n en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>E n r e v a n c h e , comme t o u s les a u t r e s n o i r s , les<br>G u \u00e9 r \u00e9 s c o n n a i s s e n t le c h a n t et la danse, avec<br>l &lsquo; a c c o m p a g n e m e n t du t a m &#8211; t a m .<br>L e u r s m\u00e9lodies tr\u00e8s courtes s o n t t o u j o u r s d a n s le<br>m o d e m i n e u r e t p r o c \u00e8 d e n t d &lsquo; u n e g a m m e \u00e9 v o l u a n t<br>comme celle de c h a n t s anciens, p a r seconde m a j e u r e<br>et tierce m i n e u r e , r a r e m e n t p a r seconde m i n e u r e .<br>S o u v e n t ces airs s o n t improvis\u00e9s s u r des paroles<br>improvis\u00e9es et p l u s i e u r s fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Les airs<br>et les paroles sont c o n n u s et c o n s t i t u e n t de v\u00e9rit<br>a b l e s c h a n t s p o p u l a i r e s , a b o n d a n t dans le folk-lore<\/p>\n\n\n\n<p>gu\u00e9r\u00e9. Ils ne connaissent pas les choeurs \u00e0 plusieurs<br>voix, et n&rsquo;ont par cons\u00e9quent aucun soup\u00e7on de<br>l&rsquo;harmonie (au contraire de certaines peuplades).<br>Cependant, si la musique des Gu\u00e9r\u00e9s semble<br>n&rsquo;avoir pas d\u00e9pass\u00e9 de beaucoup le stade du rythme<br>et de la danse (et s&rsquo;il est vrai que le rythme et la<br>danse sont \u00e0 l&rsquo;origine de la musique), les noirs, en<br>s\u00e9journant \u00e0 cette \u00e9tape que la musique europ\u00e9enne<br>a franchi sans s&rsquo;y arr\u00eater longtemps, ont su perfectionner<br>d&rsquo;une mani\u00e8re prodigieuse leur science du<br>rythme. En effet non seulement les diff\u00e9rents<br>rythmes du tam-tam (auxquels toutes les figures de<br>danses sont merveilleusement adapt\u00e9es) montrent<br>une richesse illimit\u00e9e dans la vari\u00e9t\u00e9, mais encore<br>ces rythmes contiennent des \u00e9l\u00e9ments relativement<br>savants pour une oreille europ\u00e9enne : des contretemps,<br>des syncopes. Les Gu\u00e9r\u00e9s se jouent de<br>ces difficult\u00e9s et les multiplient \u00e0 plaisir dans leurs<br>danses. Les enfants noirs s&rsquo;adaptent sans aucune<br>peine \u00e0 ces rythmes compliqu\u00e9s et souvent tr\u00e8s<br>rapides ; et nous avons m\u00eame vu un b\u00e9b\u00e9 de dixhuit<br>mois esquisser tout seul devant la case paternelle<br>quelques pas de danse fort bien rythm\u00e9s, pendant<br>que ses a\u00een\u00e9s dansaient un peu plus loin au son<br>du tam-tam.<\/p>\n\n\n\n<p>P47 medecine, l\u00e9pre<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs connaissances m\u00e9dicales sont un m\u00e9lange<br>curieux d&#8217;empirisme et de superstitions t\u00e9moignant<br>de l&rsquo;impossibilit\u00e9 pour l&rsquo;esprit africain de d\u00e9limiter <\/p>\n\n\n\n<p>le naturel et le surnaturel. Ainsi les Gu\u00e9r\u00e9s de la<br>r\u00e9gion de Toul\u00e9pleu savent soigner la l\u00e8pre avec<br>une mac\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9corce d &lsquo;une certaine plante (1).<br>Pendant que ce m\u00e9dicament semble agir r\u00e9ellement,<br>l&rsquo;indig\u00e8ne pense qu&rsquo;il ne pourrait gu\u00e9rir s&rsquo;il ne<br>s&rsquo;abstenait de viande et de prononcer la moindre<br>parole en d\u00e9tachant l&rsquo;\u00e9corce, s&rsquo;il go\u00fbtait \u00e0 certains<br>aliments comme le poisson grill\u00e9, etc\u2026<br>Ils connaissent la contagiosit\u00e9 de certaines maladies,<br>puisque des mesures litt\u00e9ralement draconniennes<br>d&rsquo;isolement sont mises en vigueur, depuis<br>longtemps, par les Gu\u00e9r\u00e9s de Toul\u00e9pleu contre les<br>l\u00e9preux dont ils ont su d\u00e9pister le mal au d\u00e9but. Ces<br>malheureux ont \u00e9t\u00e9 contraints de quitter femmes et<br>enfants, de vivre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart dans une case isol\u00e9e \u00e0 distance<br>du village o\u00f9 leurs enfants, jamais un adulte<br>(les Gu\u00e9r\u00e9s pensent que ces derniers sont plus accessibles<br>\u00e0 la contagion) leur apportent \u00e0 manger. Le<br>l\u00e9preux ne doit sous aucun pr\u00e9texte s&rsquo;approcher de<br>qui que ce soit. Il ne peut se baigner au marigot<br>commun ni assister aux tam-tams du village. Il ne<br>peut poss\u00e9der d&rsquo;animaux domestiques. S&rsquo;il voyage,<br>il lui est ordonn\u00e9 de ne jamais entrer dans les villages<br>mais de les contourner. Pendant sa maladie,<br>sa femme ou ses femmes reviennent \u00e0 son fr\u00e8re ou <\/p>\n\n\n\n<p>(1) Cynometra Vog\u00e9lii d\u00e9termin\u00e9e par le Professeur A. Chevallier<br>au cours de son passage \u00e0 Guiglo en 1931. \u2014 Revue<br>de Botanique Appliqu\u00e9e et d&rsquo;Agriculture Tropicale. \u2014 Juin<br>1932. =&gt; note wobebli <em><a href=\"https:\/\/uses.plantnet-project.org\/fr\/Cynometra_vogelii\">Cynometra vogelii<\/a><\/em> Hook.f. est un arbre de petite taille atteignant 10(\u201320) m de haut, \u00e0 f\u00fbt jusqu\u2019\u00e0 100 cm de diam\u00e8tre, pr\u00e9sent du S\u00e9n\u00e9gal jusqu\u2019au Nigeria. On utilise son bois dur, brun rouge\u00e2tre, pour fabriquer localement des manches d\u2019outils, et comme bois de feu. Le feuillage sert \u00e0 nourrir le b\u00e9tail. Les graines seraient comestibles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 son oncle qui h\u00e9ritera aussi de la dot de ses filles.<br>S&rsquo;il gu\u00e9rit, m\u00eame au bout de tr\u00e8s longues ann\u00e9es,<br>ou qu&rsquo;il soit consid\u00e9r\u00e9 comme tel, il recouvre ses<br>femmes, ses propri\u00e9t\u00e9s et ses droits. J&rsquo;ai vu \u00e0 Toul\u00e9pleu<br>trois l\u00e9preux qui m&rsquo;ont paru gu\u00e9ris. Leurs<br>ulc\u00e8res \u00e9taient cicatris\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es,<br>toutes douleurs disparues. La sensibilit\u00e9 cutan\u00e9e<br>\u00e9tait demeur\u00e9e abolie, les d\u00e9formations atrophiques<br>des membres, tr\u00e8s prononc\u00e9es t\u00e9moignaient d&rsquo;un<br>mal qui avait \u00e9t\u00e9 aigu. Ils avaient suivi leur traitement<br>pendant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>P52 contes<\/p>\n\n\n\n<p>Voici, par exemple, une fable gu\u00e9r\u00e9e qui ressemble<br>\u00e9tonnamment, quant au fond, \u00e0 la fable de<br>La Fontaine \u00ab Le Renard et les raisins \u00bb. Cette fable<br>me fut rapport\u00e9e \u00e0 diverses reprises par des enfants<br>diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>LA POULE ET LA CIGALE (1)<br>La poule a toujours aim\u00e9 \u00e0 manger des cigales.<br>Alors elle court apr\u00e8s la cigale, mais elle ne peut<br>l&rsquo;attraper. Elle lui dit :<br>\u2014 Que tu sens mauvais ! Et tu crois que je voudrais<br>te manger ?<br>Bien s\u00fbr, dit la cigale, que tu me mangerais, si tu<br>pouvais, mais tu m&rsquo;insultes parce que tu ne peux<br>m&rsquo;attraper.<br>\u2014 Tu crois P dit la poule, Cot, Cot, Cot, ce n&rsquo;est<br>pas vrai, c&rsquo;est toi qui as honte de sentir si mauvais.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici une autre fable qui, elle, rappelle \u00ab Le<br>Renard et la Cigogne \u00bb.<br>LE SINGE ET LA TORTUE<br>Le singe et la tortue sont deux amis. Un matin, la<br>tortue dit au singe :<br>\u2014 Singe, demain tu viendras manger avec moi.<br>Le lendemain matin arrive le singe. La femme de<br>la tortue a pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 manger. La tortue se lave les<br>mains. Ses mains sont propres. Elle dit au singe :<br>\u2014 Lave-toi les mains, que nous mangions.<br>Le singe se lave les mains, mais ses mains restent<br>noires.<br>\u2014 Pourquoi as-tu les mains sales P dit la tortue,<br>je veux que tes mains soient propres quand tu<br>manges avec moi.<br>Et la tortue finit par tout manger pendant que<br>le singe lave encore ses mains qui restent noires.<br>Le singe ne dit mot, mais le lendemain, il dit \u00e0 la<br>tortue :<br>\u2014 Tortue, il faut venir manger avec moi aujourd&rsquo;hui<\/p>\n\n\n\n<p>La tortue arrive. Il lui souhaite le bonjour. La<br>femme du singe a pr\u00e9par\u00e9 le repas. Le singe grimpe<br>dans un arbre et dit \u00e0 la tortue :<br>\u2014 Viens manger.<br>La tortue ne peut monter.<br>\u2014 Tortue, tu es paresseuse, dit le singe, viens<br>donc manger.<br>Le singe mangea tout le repas aux yeux de la<br>tortue affam\u00e9e, et se vengea.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moeurs et croyance d&rsquo;une peuplade primitive de la For\u00eat Vierge\/ J. Boulnois, Date d&rsquo;\u00e9dition : 1933, 132 pages, Collection de L&rsquo;Ancre publi\u00e9e sous le patronage du \u00ab\u00a0Journal des Coloniaux et l&rsquo;Arm\u00e9e Coloniale r\u00e9unis\u00a0\u00bb https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k3347138c\/f16.item.texteImage Une des premi\u00e8res monographies sur les gu\u00e9r\u00e9s avec celle de Viard. L&rsquo;auteur a travaill\u00e9 \u00e0 Guiglo, Du\u00e9kou\u00e9, Toulepleu. Se fondant sur ses observations du peuple des Gu\u00e9r\u00e9s de C\u00f4te d\u2019Ivoire, Jean Boulnois soutient ici la th\u00e8se de l\u2019uniformit\u00e9 des croyances et des superstitions humaines. 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