{"id":19,"date":"2020-09-10T09:15:28","date_gmt":"2020-09-10T09:15:28","guid":{"rendered":"http:\/\/base.wobebli.net\/base\/?p=19"},"modified":"2020-12-16T12:11:44","modified_gmt":"2020-12-16T12:11:44","slug":"la-mission-hostains-dollone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/2020\/09\/10\/la-mission-hostains-dollone\/","title":{"rendered":"La mission Hostains-d&rsquo;Ollone"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/missionhostainsd00ollo\">https:\/\/archive.org\/details\/missionhostainsd00ollo<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En 1899, deux officiers francais, Jean Hostains et Henri d&rsquo;Ollone, ainsi que vingt tirailleurs originaires du Soudan fran\u00e7ais, qui deviendra la R\u00e9publique du Mali, m\u00e8nent une mission&nbsp;de reconnaissance du cours du fleuve Cavally dans le but d&rsquo;\u00e9tablir la fronti\u00e8re entre la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire et le Liberia. Cette exp\u00e9dition traverse les pays Bakw\u00e9 de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, Sapo du Lib\u00e9ria, Khran (W\u00e8 du Lib\u00e9ria), W\u00e8 de Toulepleu, Dan de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un t\u00e9moignage tout \u00e0 fait extraordinaire car les peuples de l&rsquo;int\u00e9rieur n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 visit\u00e9s par les europ\u00e9ens et \u00e9taient tr\u00e8s mal connus des peuples de la c\u00f4te comme les Krou et les Bakw\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Le livre racontant l\u2019exp\u00e9dition a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 pour le grand public de l&rsquo;\u00e9poque. Il est donc tr\u00e8s lisible, plein d&rsquo;anecdotes et de personnages attachants. C&rsquo;est, bien sur, un texte \u00e0 la gloire de la France, de la colonisation et de l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>P33 A Diutou, chez les N\u00e9n\u00e9s membres de la conf\u00e9deration Tab\u00e9touos, pr\u00e9s de Roc-Bereby sur la cote<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain a lieu le palabre. Devant tous les hommes des \nenvirons, nous offrons solennellement \u00e0 Kap\u00e9 Y\u00e9kir\u00e9un superbe \nchapeau d&rsquo;amiral, comme au plus grand chef du pays. Hostains \nexplique ensuite notre but : nos fr\u00e8res blancs, qui ont captur\u00e9 \nSamory pour le punir d&rsquo;avoir tu\u00e9 tant de monde dans la for\u00eat, ne \nsont pas tr\u00e8s loin au Nord ; nous allons les rejoindre. \n\nNous ne sommes pas longtemps \u00e0 nous apercevoir qu&rsquo;on nous \n\u00e9coute avec une ironie marqu\u00e9e, comme des gens qui veulent \nfaire croire des fables par trop absurdes. Nous nous \u00e9tions \nfigur\u00e9s, comme tout le monde, que le passage et la prise de \nSamory avaient produit dans la for\u00eat une sensation \u00e9norme. Or \nici non seulement on n&rsquo;a jamais entendu parler de Samory ni \n\nde ses guerres, mais m\u00eame on ignore absolument qu&rsquo;il y a \ndes blancs au Nord. Et comme nous nous r\u00e9crions, on nous \ndit qu&rsquo;il est inutile de tant inventer d&rsquo;histoires : chacun sait \nbien, comme nous-m\u00eames, que la for\u00eat n&rsquo;a point de fin; per- \nsonne d&rsquo;ailleurs ne peut y aller voir, \u00e0 cause de grands cailloux \nqui se dressent au Nord comme un mur, ne laissant qu&rsquo;un \n\u00e9troit passage o\u00f9 se trouve un village de neuf femmes, \nlesquelles sont sorci\u00e8res et tuent les hommes apr\u00e8s les avoir \ncharm\u00e9s ! \n\nImpossible de les sortir de l\u00e0, de leurs grands cailloux et de \nleurs noires sir\u00e8nes. Finalement, nous nous contentons d&rsquo;expo- \nser que nous voulons aller jusqu&rsquo;au Cavally, pour d\u00e9cider les \nPanions \u00e0 envoyer \u00e0 la c\u00f4te leurs dents d&rsquo;\u00e9l\u00e9phants, commerce \nqui fera beaucoup gagner d&rsquo;argent aux Tab\u00e9touos. <\/p>\n\n\n\n<p>P 40 \u00e0 Gui, pr\u00eat de Bl\u00e9, chez les Tab\u00e9touos. Proche de N\u00e9ka<\/p>\n\n\n\n<p>Les cr\u00e2nes entass\u00e9s au pied de l&rsquo;arbre f\u00e9tiche nous permettent  de conna\u00eetre la faune du pays : ce sont des buffles, diverses  sortes d&rsquo;antilopes, des sangliers \u00e0 poil fauve et \u00e0 d\u00e9fenses tr\u00e8s  courtes, et enfin des <strong>hippopotames de Lib\u00e9ria<\/strong>. Ce dernier animal,  qui n&rsquo;existe que sur ce point du monde, le seul pr\u00e9cis\u00e9ment  inexplor\u00e9, est un hippopotame d&rsquo;une toute petite esp\u00e8ce, de la  taille d&rsquo;un sanglier.  Dans une case nous voyons la peau d&rsquo;un animal inconnu, que  les indig\u00e8nes appellent <strong>bl\u00e9<\/strong> comme le village autour duquel il est  assez commun. Cette peau d&rsquo;un gris-brun, \u00e0 poil court assez  rude, ressemble \u00e0 celle d&rsquo;un grand blaireau: malheureusement la  t\u00e8te et les pattes manquent. Les gens nous donnent sur le bl\u00e9  les d\u00e9tails les plus extraordinaires. Je vais les r\u00e9p\u00e9ter, parce  qu&rsquo;ils nous ont \u00e9t\u00e9 fournis identiquement pareils en divers  endroits, et on verra combien il est difficile de d\u00e9m\u00ealer la v\u00e9rit\u00e9  dans les histoires indig\u00e8nes.  Le bl\u00e9 est d&rsquo;une bravoure et d&rsquo;une force extr\u00eames. Il attaque  et tue tous les animaux qu&rsquo;il rencontre, m\u00eame la panth\u00e8re,  l&rsquo;\u00e9l\u00e9phant (!) et l&rsquo;homme. Voici son proc\u00e9d\u00e9 de combat : arriv\u00e9  pr\u00e8s de son adversaire, il lui lance \u2014 pas avec sa bouche \u2014 un  jet de liquide corrosif qui l&rsquo;aveugle ou lui cause des d\u00e9mangeai-  sons intol\u00e9rables; alors il se dresse sur ses pattes de derri\u00e8re,  et, avec celles de devant qui sont comme des mains et con-  tiennent une sorte d&rsquo;excroissance dure, il l&rsquo;assomme pendant  qu&rsquo;il se gratte! Mais voici le plus joli. Il n&rsquo;est point Carnivore;  une fois son ennemi tu\u00e9, il le d\u00e9pouille de sa peau dont il se  rev\u00eat, et s&rsquo;en va d\u00e9guis\u00e9 de la sorte; seulement cette peau lui  couvrant la t\u00eate, il n&rsquo;y voit plus, et c&rsquo;est ainsi que plusieurs ont  pu \u00eatre tu\u00e9s m\u00eame par des femmes !  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>P 43-44<\/strong>  Gui est \u00e0 la fois le nom du village o\u00f9 nous arrivons et celui du chef: <strong>chaque village, en principe, a trois noms, le sien, celui de son fondateur et celui du chef actuel<\/strong>; quand l&rsquo;un est tr\u00e8s connu, il fait oublier les autres. Tout autour des cases sont de petites cabines, assez pareilles \u00e0 celles qu&rsquo;on voit aux bains de mer : c&rsquo;est l\u00e0 que ces messieurs et ces dames de la localit\u00e9 vont prendre leur tub \u00e0 l&rsquo;eau chaude ! Ceci n&rsquo;est point une plaisanterie. <strong>Les gens de la for\u00eat sont extr\u00eamement propres : outre leur toilette du matin et du soir, apr\u00e8s tout travail fatigant ils se lavent \u00e0 l&rsquo;eau chaude et se frottent avec du jus de citron, puis avec un peu d&rsquo;huile de palme, pour se rendre la peau souple et douce.<\/strong> Aussi n&rsquo;ont-ils nullement l&rsquo;odeur qu&rsquo;on croit commun\u00e9ment caract\u00e9ristique du n\u00e8gre, et qui ne l&rsquo;est que du n\u00e8gre sale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P 49<\/strong> \u00e0 N\u00e9ka<\/p>\n\n\n\n<p>Des enfants jouent du gr\u00e9i, grossier rudiment du balafon  soudanais : six lamelles de bois, de longueur diff\u00e9rente, pos\u00e9es  sur deux planchettes parall\u00e8les; on frappe ces lamelles avec  des baguettes, et cela donne \u00e0 peu pr\u00e8s : do, r\u00e9, r\u00e9, d&rsquo;\u00f9-ze, mi,  fa di\u00e8ze, sol.  L&rsquo;instrument de musique le plus en faveur, c&rsquo;est une petite  cithare \u00e0 six cordes, mont\u00e9e sur une calebasse sonore, appel\u00e9e  bouo. rsous en avons trouv\u00e9 d&rsquo;accord\u00e9es de diverses fa\u00e7ons;  j&rsquo;ai not\u00e9 celle-ci : do, r\u00e9 b\u00e9mol, r\u00e9, mi b\u00e9mol, mi, fa, et : do,  r\u00e9, mi b\u00e9mol, fa, sol, la. La main gauche racle toutes les cordes  \u00e0 la fois, pendant que la main droite \u00e9touffe trois cordes alter-  n\u00e9es, puis les trois autres, de sorte que les trois cordes libres  sonnent en arp\u00e8ge, donnant do, r\u00e9, mi et r\u00e9 b\u00e9mol, mi b\u00e9mol, fa  ou bien do, mi b\u00e9mol, sol et r\u00e9, fa la. Le rythme, assez curieux,  donne quelque int\u00e9r\u00eat \u00e0 cette monotone r\u00e9p\u00e9tition. Une seule  fois j&rsquo;ai vu employer assez joliment en tierces le second mode  d&rsquo;accord qui donne une gamme grecque.  Nous avons vu aussi des guitares (dougou), mais rarement et  jamais en bon \u00e9tat.  <\/p>\n\n\n\n<p>P 75 (pays Graoro, rive lib\u00e9rienne du Cavally) Ce mont Ni\u00e9nokou\u00e9 a une l\u00e9gende curieuse par son analogie avec celles qu&rsquo;on trouve \u00e0 l&rsquo;origine de presque tous les peuples. Autrefois il n&rsquo;y avait pas de montagne, et le pays \u00e9tait tr\u00e8s peupl\u00e9. Un jour que tous les habitants \u00e9taient r\u00e9unis pour c\u00e9l\u00e9- brer la mort d&rsquo;un \u00e9l\u00e9phant, en d\u00e9vorant ce succulent gibier, une vieille femme inconnue s&rsquo;approcha et voulut prendre part au festin; tout le monde la repoussa, sauf un homme, Ouoro, qui lui donna un morceau de viande. Quand la nuit fut venue, elle tira Ouoro \u00e0 part et lui dit : \u00ab Je suis la ma\u00eetresse de ce pays, prends avec toi toute ta famille et pars de suite, a Ouoro, r\u00e9unit les siens, et d\u00e8s le matin s&rsquo;\u00e9loigna : il s&rsquo;en alla de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Douo, et fut la souche de la tribu des Graoros. Aussit\u00f4t qu&rsquo;il fut parti, une pluie de pierres tomba et ensevelit tous les habitants : ce sont ces rocs amoncel\u00e9s qui forment le Ni\u00e9nokou\u00e9. (l\u00e9gende diff\u00e9rente de celle des Patokola selon http:\/\/www.ecotourismetai.com\/activites\/djouroutou\/mont-nienokoue\/) et ils nous r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent le plus fermement du monde toutes les sornettes habituelles : le mur de grands cailloux, l&rsquo;\u00e9troit d\u00e9fil\u00e9, les neuf enchanteresses perfides. Ils y ajout\u00e8rent des d\u00e9tails circonstanci\u00e9s sur les hommes \u00e0 queue qui habitent ces r\u00e9gions ensorcel\u00e9es : cette queue les g\u00eanant pour s&rsquo;asseoir, ils font un petit trou en terre pour la mettre. Tout cela nous \u00e9tait dit s\u00e9rieusement, au milieu d&rsquo;indications \u00e9videmment exactes. Du reste, nous n&rsquo;avons jamais recueilli de renseignements qui ne fussent m\u00eal\u00e9s de fables plus ou moins ridicules ; mais qu&rsquo;on se garde on pareil cas de hausser les \u00e9paules, presque toute fable a un sens cach\u00e9. Ici on pouvait vraisemblablement admettre que les montagnes rocheuses, par lesquelles, en 1897, le lieutenant Blondiaux \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 Man, devenaient au Sud encore plus difficilement fran- chissables ; elles cr\u00e9aient donc un mur de cailloux. Il est naturel \u00e0 l&rsquo;homme, par tous pays, de placer l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;ose aller des choses fantastiques, et il est \u00e0 remarquer que, dans ce cas, l&rsquo;homme \u00e0 queue est une de ses inventions les plus communes 1 . Divers officiers du Soudan en avaient entendu parler comme existant au Sud ; puisqu&rsquo;\u00e0 nous on les donnait comme se trouvant au Nord, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;indice que les populations du Nord et du Sud n&rsquo;ont entre elles aucune communication. Et quoi qu&rsquo;il en f\u00fbt au fond, il y avait un parti \u00e0 tirer de ces renseignements, et nous n&rsquo;avons jamais manqu\u00e9 par la suite de nous informer tr\u00e8s soigneusement et des grands cailloux, et des sorci\u00e8res, et des hommes \u00e0 queue : tant\u00f4t nous en appro- chions, tant\u00f4t nous leur tournions le dos, c&rsquo;\u00e9taient d&rsquo;admirables points de rep\u00e8re connus de tous, et ils nous ont \u00e9t\u00e9 des plus utiles pour orienter notre marche. <\/p>\n\n\n\n<p>P 80 esclavage chez les Graoros Il y a tr\u00e8s peu de captifs. On ne peut en faire dans le pays, car ils trouveraient facilement le moyen de s&rsquo;\u00e9chapper et de rentrer chez eux, on ne peut donc garder que des captif de race  soudanaise, qui seraient repris au premier village. Pour des raisons que nous verrons plus tard, il n&rsquo;arrive que peu de ces captifs, et presque tous sont achet\u00e9s par les habitants du littoral, plus riches. Les captifs ne sont pas maltrait\u00e9s, on a trop peur qu&rsquo;ils ne s&rsquo;enfuient, quitte \u00e0 changer de ma\u00eetres. Quand ils sont depuis longtemps chez un homme, ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme de la famille, ont une case, une femme, un fusil, souvent un champ dont les produits leur appartiennent en partie. Nous en avons vu un, chez les Kr\u00e9pos, qui s&rsquo;\u00e9tait acquis une grande renomm\u00e9e \u00e0 la guerre et avait le commandement de tous les guerriers; il voyageait \u00e0 sa guise, et nous l&rsquo;avions pris pour un chef puissant. <\/p>\n\n\n\n<p>P 87-89  Tepo, Tab\u00e9touo, Pap\u00e9 (tribus kroumen, Grabo capitale des T\u00e9pos) Parmi toutes les tribus volontairement isol\u00e9es et ferm\u00e9es, seuls les Tab\u00e9touos ont une organisation plus perfectionn\u00e9e. 11 y a une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es. Nieusoi &lsquo;, chef du village de Hr\u00e9dou, pr\u00e8s Bayi, r\u00e9unit tous les chefs des tribus Tab\u00e9touos et r\u00e9ussit \u00e0 leur persuader de former une conf\u00e9d\u00e9ration; les guerres intestines \u00e9taient abolies, les chemins ouverts \u00e0 tout le monde, l&rsquo;appui de tous promis \u00e0 celui qui serait attaqu\u00e9, la justice rendue par le tribunal des chefs. Cette organisation permit aux Tab\u00e9touos de lutter victorieu- sement pendant une longue guerre de dix ans, d&rsquo;abord contre leurs ennemis h\u00e9r\u00e9ditaires les Papes, puis contre les Koulo- pou\u00e9s, tribu de l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;ils avaient appel\u00e9e \u00e0 leur aide et qui, une fois chez eux, tenta de les \u00e9craser. La guerre s&rsquo;\u00e9tant arr\u00eat\u00e9e par suite de l&rsquo;\u00e9puisement g\u00e9n\u00e9ral, leur sage constitution permit aux Tab\u00e9touos de r\u00e9parer leurs ruines et de recouvrer une grande prosp\u00e9rit\u00e9 par suite du libre commerce avec la c\u00f4te. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;existence de cette organisation, que nous avions d\u00fb le bon accueil de toutes les tribus, d\u00e8s que la premi\u00e8re eut consenti \u00e0 nous recevoir 2 . J&rsquo;ai nomm\u00e9 les Papes, ennemis h\u00e9r\u00e9ditaires des Tab\u00e9touos : voil\u00e0 une notion de la plus haute importance pour le gouverne- ment de ce pays, et qui \u00e9tait jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour absolument igno- Ce nom qui d\u00e9signe le bon Dieu est 1res port\u00e9, ainsi que celui de Hyn\u00e9 (diable). Notre agent Hyn\u00e9 avait un lils appel\u00e9 Nieusoi. On verra \u00e0 la tin du chapitre que bon Dieu et Diable s&rsquo;entendent mieux qu&rsquo;un ne pense. Malheureusement, il y a cinq ans, \u00e0 la suite d&rsquo;un jugement manifestement partial, Nieusoi fut tu\u00e9 et son village d\u00e9truit. La guerre civile \u00e9clata, cependant 1rs liens sages l&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent, et on r\u00e9solut de r\u00e9gler l&rsquo;affaire dans un grand palabre. Mais R\u00e2p\u00e9 Y\u00e9kir\u00e9, que son \u00e2ge appelait\u00e0 remplacer Nieusoi. fut v\u00e9h\u00e9- mentement soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;avoir tremp\u00e9 ilans le meurtre. Finalement le palabre ne se r\u00e9unit jamais, aucun chef n&rsquo;est reconnu et, nous a-t-on dit, si les blancs ne r\u00e8glent pas tout cela, la guerre recommencera bient\u00f4t. \u2014 88 \u2014 TABETOUOS ET PAPES. r\u00e9e; les deux noms m\u00eame \u00e9taient inconnus. Ils ne d\u00e9signent ni deux tribus, ni deux races, ni deux pays : c&rsquo;est quelque chose comme les grands partis qui ont divis\u00e9 la France sous le nom de Bourguignons et Armagnacs, l&rsquo;Italie et l&rsquo;Allemagne sous celui de Guelfes et de Gibelins. Tout le pays entre la rivi\u00e8re Nono et le Gavally est habit\u00e9 par une seule race : m\u00eame langue, m\u00eame physique, m\u00eames m\u0153urs, m\u00eames traditions ; mais les nombreuses tribus que forme cette race, se divisent en doux grands clans, Tab\u00e9touos et Papes. Tribus et villages sont enchev\u00eatr\u00e9s \u00e9troitement les uns dans les autres 1 , mais ils n&rsquo;entretiennent ensemble aucun rapport, et ils se ha\u00efssent. On voit combien il est n\u00e9cessaire de conna\u00eetre cette distinction, qui est \u00e0 l&rsquo;origine de tous les conflits qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent dans ce pays : faute de le savoir, on ne peut \u00e9viter de nombreuses maladresses -. La l\u00e9gende qui raconte l&rsquo;origine de ces deux partis et de leurs noms para\u00eetra, je crois, curieuse, et donnera une id\u00e9e des tradi- tions historiques de ces peuples. Il y avait au nord du pays des T\u00e9pos un personnage extraor- dinaire, Ouce\u00ef Bablo, qui savait des secrets merveilleux. Vou- lant se moquer d&rsquo;un chef nomm\u00e9 Gui Hamn\u00e9, il envoya un de ses captifs instruit par lui le saluer de sa part. Apr\u00e8s que l&rsquo;envoy\u00e9 se fut baign\u00e9, son h\u00f4te lui offrit, suivant la coutume, de l&rsquo;huile pour s&rsquo;oindre le corps, mais \u00e0 peine lui suffit-elle \u00e0 se frotter les mains. On alla en chercher une pleine calebasse, mais le contenu se volatisa de m\u00eame, et toute l&rsquo;huile du village fut insuffisante. Alors le captif, se plaignant qu&rsquo;on le trait\u00e2t si mal, repartit chez son ma\u00eetre. Gui Hamn\u00e9 savait aussi des secrets. Il exp\u00e9dia un de ses cap- tifs pour l&rsquo;excuser aupr\u00e8s de Ouce\u00ef Bablo. Celui-ci fit cadeau \u00e0 1 . Ainsi B\u00e9r\u00e9by Mani et Grand B\u00e9r\u00e9by sont Tab\u00e9touos, entre eux Roc B\u00e9r\u00e9bj est Pape. Les Papes nous sont hostiles, et par opposition, les Tab\u00e9touos favorables : les T\u00e9pos sont Papes, leurs voisins les Kaapos, qui ont toujours bien accueilli les blancs, Tab\u00e9touos, ainsi que tous les villages o\u00f9 nous avons pass\u00e9. \u2014 89 \u2014 MISSION HOSTA I YS-D&rsquo;OLLONE. l&rsquo;envoy\u00e9 de deux t\u00eates de tabac, mais en une bouff\u00e9e de sa pipe, le captif les eut consomm\u00e9es : tout le tabac d&rsquo;Ouce\u00ef Bablo y passa, et le captif partit en se moquant de lui. Ouce\u00ef Bablo furieux fit assassiner Gui llamn\u00e9. Le fr\u00e8re de celui-ci, Gui Diablo, le vengea : il alla assi\u00e9ger le village d&rsquo;Ouce\u00ef Bablo, le prit, tua les babitants et d\u00e9truisit tout. Cependant, quelque temps apr\u00e8s, il apprit avec stupeur qu&rsquo;Ouce\u00ef Bablo vivait toujours avec tous les siens dans son vil- lage o\u00f9 rien n&rsquo;\u00e9tait change. Il convoqua de nouveau ses guer- riers, reprit le village, tua Ouce\u00ef et ses gens et br\u00fbla leurs corps. Revenu chez lui, il apprit que le villageencbant\u00e9 existait comme par lo pass* 5 . (lui Diablo r\u00e9solut de savoir le secret d&rsquo;un tel prodige: il s&#8217;empara une troisi\u00e8me fois du village, mais au lieu d&rsquo;en tuer les babitants, il interrogea les femmes du sorcier. L&rsquo;une d&rsquo;elles, souslamenace de supplices, lui r\u00e9v\u00e9la le secret qu&rsquo;Ouce\u00ef Bablo lui avait confi\u00e9 : il no mourrait que si on avait soin de lui couper le petit doigt de pied. L&rsquo;indication fut suivie, et le diabolique personnage, poussant un grand cri, mourut pour tout de bon. Gui Diablo r\u00e9unit alors ses guerriers et leur demanda par o\u00f9 ils \u00e9taient pass\u00e9s pour s&rsquo;approcher sans \u00eatre vus du village qui \u00e9tait bien gard\u00e9. Les uns dirent qu&rsquo;ils avaient suivi un de ces petits sentiers qu&rsquo;on fait pour conduire les biches \u00e0 des pi\u00e8ges nomm\u00e9s pape ; les autres avaient suivi une trou\u00e9e faite par des touo \u2014 buffles, au pluriel; le singulier est (oui .&rsquo;. \u2014 \u00ab. Eh bien, dit le chef, pour conserver la m\u00e9moire de ces \u00e9v\u00e9nements, vous qui suivez des sentiers de pape, on vous appellera Pape, et vous qui marchez par des chemins de touo, on vous appellera Touo. \u00bb Et cela fut ainsi, mais les Touos joignirent \u00e0 leur nom celui de leur a\u00efeule Tab\u00a0\u00bb, qui \u00e9tait une femme illustre -, et s&rsquo;appel\u00e8rent les Tab\u00e9touos. P 90 cannibalisme, intelligence Tout ce que nous avions remarqu\u00e9 chez ces naturels, leur intelligence, leur douceur entre eux et envers leurs captifs, leurs fa\u00e7ons polies et ais\u00e9es, \u00e9tait si inattendu que nous riions bien de la r\u00e9putation de cannibalisme qu&rsquo;on leur avait faite. Un jour que nous demandions si on avait entendu dire qu&rsquo;il y e\u00fbt quelque part des anthropophages, Ilyn\u00e9 et Tamhoui nous regard\u00e8rent avec \u00e9tonnement : \u00ab Mais tout le monde l&rsquo;est\u00bb, dit Hyn\u00e9: \u00ab J&rsquo;ai mang\u00e9 de l&rsquo;homme )&gt;, appuya Tamboui avec \u00e9nergie, devant notre incr\u00e9dulit\u00e9. Et ils m&rsquo;expliqu\u00e8rent ceci : ils ne mangent pas leurs semblables par gourmandise ni par f\u00e9rocit\u00e9, non, c&rsquo;est par esprit de justice. Quand, dans une guerre, un homme a fait beaucoup de mal et que ses ennemis arrivent \u00e0 le tuer, ils le mangent pour le punir de sa cruaut\u00e9. Ses restes ne reposent point en terre comme ceux des honn\u00eates gens, ses parents ne peuvent aller pleurer sur sa tombe ; on esp\u00e8re aussi que, de n&rsquo;avoir plus de corps, cela doit consid\u00e9rablement le g\u00eaner dans l&rsquo;autre monde, et peut-\u00eatre m\u00eame emp\u00eacher sa seconde vie. Quand on parle en France de n\u00e8gres qui vivent nus dans une for\u00eat, on a t\u00f4t fait que de les accabler d&rsquo;un mot : \u00ab Quels sau- vages ! \u00bb dit-on, et le sauvago, par d\u00e9finition, est un \u00eatre qui a des plumes dans les cheveux, un anneau dans le nez, mange du tabac et des lapins vivants, en somme une vari\u00e9t\u00e9 inf\u00e9rieure de singe. Je crois que tout ce que je viens de dire modifiera tant soit peu cette opinion. Les gens de la for\u00eat sont au contraire r\u00e9ellement intelligents et j&rsquo;aurai plus loin l&rsquo;occasion d&rsquo;en citer des traits qui \u00e9tonneraient chez les blancs. S&rsquo;ils n&rsquo;ont pas une civilisation plus avanc\u00e9e, c&rsquo;est que la nature ne leur cr\u00e9e pas de besoins : le climat est temp\u00e9r\u00e9, tout v\u00eatement est inutile et la moindre case suffit comme abri ; le sol est fertile et fournit tout ce qu&rsquo;on veut, riz et L\u00e9gumes divers, bois pour le feu et les constructions. Que faut-il de plus? Ils jouissent de la vie et passent volontiers leurs jours \u00e0 fumer nonchalamment \u00e9tendus \u00e0 l&rsquo;ombre, leurs nuits \u00e0 chanter et danser en jouant del\u00e0 guitare et du tam tam. <\/p>\n\n\n\n<p>P 112 Makra chez les Graoro La plupart des cases sont recouvertes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur d&rsquo;un enduit blanc sur lequel sont repr\u00e9sent\u00e9s na\u00efvement des hommes et des animaux; quelques-unes sont enti\u00e8rement tapiss\u00e9es de dessins d&rsquo;ornement fantaisistes ou g\u00e9om\u00e9triques en plusieurs couleurs. Les poteries sont de forme gracieuse et charg\u00e9es d&rsquo;arabesques. Hommes et femmes portent volontiers des bracelets finement ouvrag\u00e9s, obtenus en coulant du cuivre dans des moules d&rsquo;argile durcie au feu; quelques-uns sont munis de grelots. Les ouvrages de vannerie .sont tr\u00e8s soign\u00e9s ; les femmes font, en fibres de bam- bous colori\u00e9es, divers objets servant d&rsquo;\u00e9tuis, de pochettes, etc. La musique est aussi en faveur, ainsi qu&rsquo;on l&rsquo;a vu par le Ch\u0153ur des Soldats ex\u00e9cut\u00e9 sous la temp\u00eate nocturne : tous savent jouer de la cithare et du petit balafon \u00e0 six touches. P 114  Un homme tu\u00e9 \u00e0 la guerre conf\u00e8re \u00e0 son vainqueur le droit de porter un casque en poils de ch\u00e8vre; pour deux hommes, le casque est orn\u00e9 d\u00e9plumes d&rsquo;oiseau ; pour trois hommes, de cauries 2 ; pour quatre hommes, un bandeau de peau de panth\u00e8re le d\u00e9core, et, pour cinq, il est surmont\u00e9 de cornes de buffle. Chaque village a un chef de guerre, et parmi ceux-ci la hi\u00e9rarchie s&rsquo;\u00e9tablit suivant l&rsquo;insigne du casque. <\/p>\n\n\n\n<p>P 131 Chez les Sapo Les serpents f\u00e9tiches habitent, dans des caisses, deux cases entour\u00e9es d&rsquo;une enceinte sacr\u00e9e. On les sort assez souvent, et m\u00eame quelquefois on les l\u00e2che dans le village, tout en les surveillant. Bien entendu, ces serpents excessivement dangereux, captur\u00e9s par un homme qui sait les charmer l , ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de leurs crochets, mais tout le monde l&rsquo;ignore, et c&rsquo;est, croit-on, par une faveur sp\u00e9ciale envers les gens de Paoulo qu&rsquo;ils se mon- trent inoffensifs : aussi le village passe-t-il pour honor\u00e9 de la protection divine. P 132 Beaucoup de Sapos ont encore la marque usit\u00e9e sur la C\u00f4te : une barre noire verticale au milieu du front form\u00e9e de nom- breuses petites stries. Mais ce qui les distingue des tribus pr\u00e9c\u00e9- dentes, c&rsquo;est la pratique del\u00e0 circoncision, \u00e9galement en usage dans les peuplades plus au Nord. Nous avons cru d&rsquo;abord que c&rsquo;\u00e9tait une importation d&rsquo;origine musulmane, venue du Soudan, mais les indig\u00e8nes nous ont assur\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait chez eux un usage imm\u00e9morial, et de fait ils n&rsquo;ont aucun rapport avec les peu- ples mahom\u00e9tans dont ils ignorent l&rsquo;existence. <\/p>\n\n\n\n<p>P138-139 Les Sapos sont industrieux et travaillent assez bien le fer qu&rsquo;ils recueillent en abondance dans le sol; dans chaque vil- lage est un petit hangar circulaire servant de forge ; les hommes habiles \u00e0 forger sont tr\u00e8s estim\u00e9s, contrairement \u00e0 ce qui a lieu au Soudan &lsquo;. Le soufflet est form\u00e9 d&rsquo;une pi\u00e8ce de bois creu- s\u00e9e, d&rsquo;o\u00f9 partent deux tuyaux de bambou ; sur deux ouver- tures tr\u00e8s rapproch\u00e9es sont appliqu\u00e9es des peaux qu&rsquo;au moyen d*une poign\u00e9e un aide agite alternativement pour produire le vent.  1. Ils Fabriquent surtoult des bracelets, des haches, des sabres et des javelots. Ceux-ci sont presque abandonn\u00e9s pour le fusil, cependant quelques hommes les pr\u00e9f\u00e8rent parce qu&rsquo;ils tuent sans liruit. Ce sont des cannes de un m\u00e8tre vingt environ, recouvertes de peau et termin\u00e9es d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 par un bout ferr\u00e9, de l&rsquo;autre par une lance. Ils sont souvent munis d&rsquo;une corde, pour qu&rsquo;on puisse les ramener apr\u00e8s les avoir lanc\u00e9s.   Il faut signaler un jeu qui se joue \u00e0 deux, avec des fiches qu&rsquo;on plante dans une sorte de damier en croix, et analogue auxdames, \u00e0 l&rsquo;assaut. Il exige des combinaisons r\u00e9ellement savantes.  Au centre du pays Sapo s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve le mont Ni\u00e8t\u00e8 (note SL : peut \u00eatre le mont Putu (640 m, qui domine l&rsquo;actuel parc Sapo), qui domine Paoulo. C&rsquo;est un massif important, d&rsquo;une altitude maxima de 700 m\u00e8tres environ, mais qui couvre une vaste surface. Il donne naissance \u00e0 deux fleuves, dont les embouchures figurent sur les cartes de la c\u00f4te lib\u00e9rienne, mais dont le cours \u00e9tait jusqu&rsquo;ici enti\u00e8rement ignor\u00e9 : le Douhou\u00e9 (Dewah des caries) et le Sino (Sino\u00eb). Le mont Ni\u00e8t\u00e8 est c\u00e9l\u00e8bre dans tous les pays Kroumen, comme le Ni\u00e9nokou\u00e9. Lui aussi a sa l\u00e9gende : c&rsquo;est sur son som- met que demeurent les morts. Aussi nous fut-il impossible d&rsquo;y monter, sous peine d&rsquo;offenser nos h\u00f4tes ; cependant nous avions exprim\u00e9 le d\u00e9sir de faire cette ascension : cela suffit pour que, apr\u00e8s notre d\u00e9part, le bruit se r\u00e9pandit au loin, et jusqu&rsquo;\u00e0 B\u00e9r\u00e9by, que nous \u00e9tions mont\u00e9s sur la montagne et avions dis paru, tu\u00e9s par les morts. <\/p>\n\n\n\n<p>P140 In des \u00e9trangers, un P\u00e9rabo nomm\u00e9 Tooulou, \u00e9tait parti- culi\u00e8rement intelligent. Un jour nous lui demandons de repr\u00e9- senter sur le sol avec du charbon la position des diff\u00e9rents peuples : nous avons alors la surprise profonde de voir cet homme nous tracer, apr\u00e8s r\u00e9flexion, une v\u00e9ritable carte, sur laquelle il porte tout ce que nous voulons conna\u00eetre, rivi\u00e8res, montagnes, tribus, villages, et tout cela est si logique, tout s&rsquo;accorde si bien avec les distances indiqu\u00e9es, les routes signa- l\u00e9es d&rsquo;un point \u00e0 un autre, etc., que l&rsquo;exactitude en est \u00e9vidente. Les jours suivants, nous lui faisons refaire cette carte en essayant de l&#8217;embarrasser : peine perdue, toujours il recommence le m\u00eame croquis, identique, et r\u00e9fute toutes les objections. Or cette carte \u00e9tait pour nous un trait de lumi\u00e8re : le Youbou et le Douob\u00e9 au lieu de couler du Nord au Sud, comme nous l&rsquo;avions cru, venaient en r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;Ouest, o\u00f9 le Douob\u00e9 avait sa source; le Youbou se recourbait ensuite de nouveau vers l&rsquo;Est, et finalement vers le Nord, il tra\u00e7ait donc une sorte d&rsquo;S et d\u00e9cri- vait une boucle consid\u00e9rable vers l&rsquo;Ouest. Cette forme expli- quait l&rsquo;enchev\u00eatrement, jusque-l\u00e0 incompr\u00e9hensible, des populations riveraines. Tout \u00e9tant \u00e9clairci, nous pouvions choisir notre route. Mais alors eut lieu le plus \u00e9tonnant concours de g\u00e9ographie : pour nous d\u00e9cider \u00e0 venir chez eux, les gens des autres tribus se mirent \u00e0 leur tour \u00e0 dessiner la carte, en la modifiant de mani\u00e8re que leur pays se trouv\u00e2t juste dans la direction du Nord; et ils le faisaient si habilement que nous ne pouvions discerner qui nous trompait. Nous \u00e9tions vrai- ment confondus d&rsquo;admiration, et chacun le sera s&rsquo;il pense \u00e0 ce qu&rsquo;il obtiendrait d&rsquo;un paysan quelconque auquel il demanderait la carte du pays \u00e0 100 kilom\u00e8tres autour de son village, et m\u00f4me \u00e0 moins. Et, qu&rsquo;on y songe, dans la for\u00eat jamais la moindre \u00e9chapp\u00e9e ne permet de se rendre compte du terrain : seul un effort consid\u00e9rable de raisonnement, appliqu\u00e9 aux observations faites le long des chemins sur les cours d&rsquo;eau, les montagnes, etc., peut arriver \u00e0 donner une id\u00e9e d&rsquo;ensemble d&rsquo;une contr\u00e9e qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais vue, puis enseigner \u00e0 repr\u00e9senter cette id\u00e9e par une carte &lsquo;. Je crois donc que ce trait, mieux que tout ce que j&rsquo;ai pu dire, <em>1. Comme, ainsi que je l&rsquo;ai dit, les gens circulent tr\u00e8s peu, ils se transmettent les uns aux autres ce qu&rsquo;ils ont appris, et depuis j&rsquo;ai vu deux fois des indig\u00e8nes tracer une carte \u00e0 d&rsquo;autres pour leur indiquer une position : en somme, de vrais cours de g\u00e9ographie !<\/em>  contribuera \u00e0 d\u00e9truire cette opinion presque universelle que le n\u00e8gre priv\u00e9 de nos lumi\u00e8res est un \u00eatre born\u00e9 et voisin de l&rsquo;animal. C&rsquo;est l\u00e0 un pr\u00e9jug\u00e9 ridicule, du \u00e0 notre vanit\u00e9. Parce que ces gens vont tout nus, ils ne sont pas forc\u00e9ment stupides : les Gaulois nos p\u00e8res n&rsquo;allaient pas autrement, au temps de C\u00e9sar, et, il y a quatre mille ans, les Grecs n&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re plus avanc\u00e9s sous aucun rapport ; le monde cependant \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vieux. La civilisation des noirs est en retard, parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de besoins, gr\u00e2ce \u00e0 la douceur de leur climat et \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 de leur sol ; des si\u00e8cles d&rsquo;existence facile leur ont fait par atavisme un caract\u00e8re indolent et l\u00e9ger ; ils n&rsquo;\u00e9prouvent pas le d\u00e9sir d&rsquo;un progr\u00e8s qu&rsquo;il faudrait payer plus cher qu&rsquo;il ne vaut. Mais de l\u00e0 \u00e0 \u00eatre d\u00e9pourvus d&rsquo;intelligence naturelle il y a loin. D&rsquo;ailleurs, il faut se garder d&rsquo;identifier tous les n\u00e8gres, qui se divisent en une foule de races tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Ceux de la for\u00eat sont vraiment bien dou\u00e9s, et c&rsquo;est pourquoi est passionnante l&rsquo;\u00e9tude de ces \u00eatres qui, gr\u00e2ce \u00e0 leur complet isolement, n&rsquo;ont rien appris que par eux-m\u00eames et donnent une id\u00e9e de ce que furent nos anc\u00eatres, et de ce que nous serions peut-\u00eatre rest\u00e9s dans les m\u00eames conditions.<\/p>\n\n\n\n<p>P159 La travers\u00e9e de la tribu des Boos s&rsquo;effectue sans incident  notable, quoique \u00e0 la muette, Tooulou arrangeant toutes les  affaires.  Subitement, \u00e0 leur dernier village, Troya, Tooulou d\u00e9clare  qu&rsquo;il ne peut aller plus loin, \u00e9tant au plus mal avec la  tribu suivante, les Booniaos, mais son ami Zola, qu&rsquo;il nous pr\u00e9-  sente, nous conduira chbez son oncle, important chef des Booniaos,  et celui-ci nous introduira chez les Gons. Nous essayons de  retenir Tooulou ; c&rsquo;est inutile, il dit qu&rsquo;on le tuerait chez les  Booniaos. Force nous est donc de subir sa combinaison, dont  nous n&rsquo;augurons rien de bon, mais nous ne lui donnons qu&rsquo;un  fusil au lieu des trois promis : les deux autres seront pour  ceux qui nous m\u00e8neront \u00e0 sa place chez les Gons.  Le lendemain, quand nous sommes pr\u00eats \u00e0 partir, toute la  population en armes nous entoure: Tooulou exige ses trois fusils,  et sur notre refus s&#8217;emporte et nous menace. Tous les indig\u00e8nes  nous quittent pr\u00e9cipitamment et se r\u00e9unissent \u00e0 l&rsquo;autre bout du  village pour se concerter: ils paraissent fort excit\u00e9s. La situation  est grave. Cependant Zola craint de perdre le fusil que nous  lui avons promis, il s&rsquo;entremet pour nous, quelques vieillards  l&rsquo;appuient, de menus cadeaux nous font des partisans, et la  foule retourn\u00e9e prie poliment Tooulou d&rsquo;aller revoir son pays.  Il part furieux, en nous jetant l&rsquo;anath\u00e8me.  Par deux fois cet homme nous a mis \u00e0 deux doigts des pires  \u00e9ventualit\u00e9s. \u00ab Si les blancs reviennent, il faudra lui couper  la t\u00e8te \u00bb, dit Fran\u00e7ois qui, presque mourant, a fait un supr\u00eame  effort pour mener toute cette affaire. Et cependant c&rsquo;est \u00e0 Toou-  lou que nous devons l&rsquo;\u00e9norme bond que nous avons fait depuis  Paoulo ; bien plus, c&rsquo;est gr\u00e2ce aux mesures qu&rsquo;il a prises que  nous allons pouvoir atteindre les Gons. Avec lui dispara\u00eet le seul  homme dont Fran\u00e7ois se fasse \u00e0 peu pr\u00e8s comprendre, gr\u00e2ce  au patois Sapo qu&rsquo;ils savent tous deux : notre situation sera  dor\u00e9navant bien pr\u00e9caire &lsquo;.  I. J&rsquo;ai d\u00e9j i expliqu\u00e9 que, bien que la languereste la m\u00eame au fond, 1rs patois  changent au point que notre interpr\u00e8te ne peut &gt;e faire comprendre dans une  nouvelle tribu qu&rsquo;au bout de plusieurs jours de travail.  Devant le premier village Booniao, Gu\u00e9izouobli, une partie de  la population nous attend avec des mines inqui\u00e8tes et farouches.  Cependant trois enfants arm\u00e9s de fl\u00fbtes \u2014 les premi\u00e8res que  nous voyons \u2014 se mettent en t\u00eate  de notre cort\u00e8ge. Ils jouent des m\u00e9-  lodies \u00e0 trois parties \u00e9trangement  combin\u00e9es ; l&rsquo;effet est charmant, il  le sera plus encore dans la m\u00e9lan-  colie de la nuit.  Quand nous sommes tous r\u00e9unis  sur la place, le chef Gu\u00e9izouo fait  une entr\u00e9e sensationnelle. Ag\u00e9 de  cinquante ans, grand et fort, v\u00eatu  d&rsquo;une blouse et d&rsquo;une tiare en toile  du Soudan, la barbe tress\u00e9e \u00e0 la  mode assyrienne, des bracelets aux  bras et aux pieds, il se pr\u00e9cipite sur  la place et en fait trois fois le  tour, jetant son nom comme un cri  de guerre : \u00ab Gu\u00e9izouo ! Gu\u00e9izouo ! \u00bb  et proclamant sa force et ses exploits. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ensuite  qu&rsquo;il vient \u00e0 nous et nous serre la main.  <\/p>\n\n\n\n<p>P170 Le lendemain, conduits par les fr\u00e8res du chef, nous gagnons Bien-Hya, sa r\u00e9sidence, village d&rsquo;une cinquantaine de cases, le seul mal dispos\u00e9 et mal tenu que nous ayons vu chez les Gons. On nous fait asseoir sur des nattes \u00e0 l&rsquo;ombre du bosquet f\u00e9tiche et on nous offre des kolas et de l&rsquo;eau: la population s&rsquo;amasse autour de nous, mais nous ne voyons pas venir le chef. Son 1. Cette mode existe aussi dans quelques villages Boos et Booniaos et nous la retrouverons dans certains villages soudanais pr\u00e8s du Fouta Diallon. \u2014 169 1\/ \/ S S ION II S TA I VS-D&rsquo;OL LOXL . fr\u00e8re aine, Mnia, se met \u00e0 faire un immense discours en arpentant l&rsquo;espace vide qui nous s\u00e9pare de la foule; \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s marchent son fr\u00e8re, qui l&rsquo;approuve de la voix et du geste, et un crieur, lequel r\u00e9p\u00e8te \u00e0 tue-t\u00eate chacune de ses phrases et les scande en agitant une grosse clochette indig\u00e8ne. Ce discours \u00e0 trois pro- nonc\u00e9 en marchant et avec de grands gestes, d&rsquo;une fa\u00e7on tant\u00f4t m\u00e9ditative, tant\u00f4t path\u00e9tique, est fort pittoresque, mais qu&rsquo;est-ce que cela signifie et que se passe-t-il ? Nous interrogeons : on nous r\u00e9pond que comme Maa n&rsquo;arrive pas, son fr\u00e8re parle pour pas- ser le temps et faire prendre patience. Pour le coup nous la perdons : il y a plus de deux heures que nous sommes l\u00e0, on se moque de nous. Nous r\u00e9clamons des cases de suite, et on se d\u00e9cide \u00e0 nous en donner. Nous avons aussi besoin de vivres, mais avant l&rsquo;arriv\u00e9e de Maa, personne ne veut rien nous vendre. D\u00e9cid\u00e9ment, ce n&rsquo;est pas commode de ne pouvoir se faire comprendre que par le canal de trois inter- pr\u00e8les : nous n&rsquo;obtenons d\u00e9j\u00e0 plus rien, que sera-ce quand les Booniaos seront partis? Le soir et le lendemain, des hommes de plus en plus nombreux arrivent dans le village, arm\u00e9s de fusils, de javelots ; ils se tiennent sans cesse mass\u00e9s autour de nous, au nombre de trois \u00e0 quatre cents. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 midi, et sur notre menace de partir imm\u00e9diate- ment, que Maa se d\u00e9cide \u00e0 appara\u00eetre ; il se tenait jusque-l\u00e0 cach\u00e9 dans un village voisin. Lui aussi est v\u00eatu d&rsquo;une couver- ture, mais bien plus belle que celle de ses fr\u00e8res : c&rsquo;est une imi- tation de peau de tigre. Plusieurs des seigneurs qui l&rsquo;entourent ont des blouses, en \u00e9toffes soit europ\u00e9ennes soit originaires du bas Soudan et \u00e9videmment prises \u00e0 Sainory. Ce simple trait indique un changement de race : jusqu&rsquo;ici ceux qui avaient une pi\u00e8ce d&rsquo;\u00e9toffe la portaient enroul\u00e9e autour de la taille et retombant sur les jambes, maintenant ils s&rsquo;en font une tunique en passant la t\u00e8te au travers ; les Kroumen ont le torse nu, et les Gons les jambes \u2014 je ne parle que des richards, les pauvres diables sont v\u00eatus partout de la m\u00eame mani\u00e8re : \u2014 170 \u2014 C\u00c9R\u00c9MONIAL COMIQUE. rien sur les jambes ni sur le torse. \u2014 Plusieurs hommes ont, grav\u00e9s sur la poitrine, des dessins compliqu\u00e9s repr\u00e9sentant vaguement des fleurs, tatouage nouveau ; beaucoup ont la t\u00eate ras\u00e9e, mode soudanaise. Nous n&rsquo;apercevons aucun captif bambara : il y en a cependant certainement, puisque nous en avons vu plus pr\u00e8s de la c\u00f4te, mais sans doute on les a cach\u00e9s pour que nous ne trouvions pas en eux des interpr\u00e8tes et des guides. C&rsquo;est l\u00e0 un f\u00e2cheux indice. Maa a lui aussi un crieur, et chaque fois qu&rsquo;il a fait une phrase et qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 hurl\u00e9e par ce h\u00e9raut avec accompagnement de clochettes, son jeune fr\u00e8re se l\u00e8ve, se tourne sucessivement vers chaque fraction de l&rsquo;assembl\u00e9e, et crie : \u00ab Sacabonbon \u00bb ; \u00e0 quoi l&rsquo;assistance r\u00e9pond par un vigoureux \u00ab Ao \u00bb&rsquo; Ce c\u00e9r\u00e9- monial comique t\u00e9moigne d&rsquo;un prestige beaucoup plus grand chez les chefs. <\/p>\n\n\n\n<p>P 202 Dan = Yacoubas = Gon Toutes les peuplades appel\u00e9es Gons par les Kroumen sont les m\u00eames qu&rsquo;au Soudan on d\u00e9signe sous le nom g\u00e9n\u00e9rique de Ngu\u00e9r\u00e9s. Apr\u00e8s les Vayas, nous avons travers\u00e9 les Mboros ou Bolos, puis les Ngu\u00e9r\u00e9s proprement dits, enfin, depuis deux jours, les Houn\u00e9s chez lesquels nous sommes. <\/p>\n\n\n\n<p>P 236  Mais, dira-t-on, \u00e0 quoi hon tant de guerres, de sang vers\u00e9, de malheurs de toutes sortes pour s&#8217;emparer de ce pays ? Voil\u00e0 le grand argument, et il t\u00e9moigne d&rsquo;une ignorance et d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 vraiment admirables ! Quoi ! on ne cesse de tonner contre l&rsquo;esclavage et de voter solennellement son abolition, et en m\u00eame temps on s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre les guerres qui ont j ustement sa suppression pour r\u00e9sultat ! Croit- on que c&rsquo;est aux populations que nos troupes se sont attaqu\u00e9es ? Non, c&rsquo;est aux souverains, aux tyrans plut\u00f4t, destructeurs des peuples voisins et de leur propre peuple, ne vivant que par l&rsquo;esclavage et pour l&rsquo;esclavage. \u00abQuand un chef commande \u00e0 25 000 \u00e2mes, dit Binger, il doit \u00eatre supprim\u00e9, sans quoi il d\u00e9vaste au lieu d&rsquo;or- ganiser et de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. \u00bb Eh bien ! successivement on a sup- prim\u00e9 ces innombrables petits potentats, qui \u00e9taient en train de faire du Soudan un d\u00e9sert et un charnier; le sang quia \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu assurera la vie et la libert\u00e9 \u00e0 des millions d&rsquo;\u00eatres. Et notre France qui a fait tant de guerres pour des causes g\u00e9n\u00e9reuses et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es n&rsquo;en n&rsquo;a pas fait de plus noble : la conqu\u00eate ou, pour mieux dire, la d\u00e9livrance du Soudan restera malgr\u00e9 les d\u00e9tracteurs un de nos plus purs titres de gloire. P 240 Au risque d&rsquo;exciter les railleries, la v\u00e9rit\u00e9 me force \u00e0 dire un mot d&rsquo;une b\u00eate fabuleuse : c&rsquo;est une sorte de poulpe qui existe- rait dans le Niger. AYoelffel nous avait racont\u00e9 que, pr\u00e8s de Siguiri, il avait entendu sortir du fleuve un mugissement singu- lier, et que les indig\u00e8nes interrog\u00e9s lui avaient d\u00e9crit un poulpe comme en \u00e9tant l&rsquo;auteur. Nous avions, je l&rsquo;avoue, attach\u00e9 peu d&rsquo;importance \u00e0 ce r\u00e9cit. Or, deux fois, couchant sur les bords du Niger, nous avons entendu la nuit un grondement grave et puis \u2022 saut sortir de l&rsquo;eau, et \u00e0 nous aussi chaque fois des hommes diff\u00e9- rents ont d\u00e9crit un poulpe. Nous nous gardons bien de dire qu&rsquo;il existe r\u00e9ellement, nous affirmons seulement qu&rsquo;il y a un animal dont le cri ne ressemble \u00e0 nul autre, et que les indig\u00e8nes d\u00e9pei- gnent comme un poulpe -. <\/p>\n\n\n\n<p>P259 Peut-\u00eatre a-t-on remarqu\u00e9 que je n&rsquo;ai pas cherch\u00e9 l&rsquo;effet facile qui consiste pour l&rsquo;explorateur \u00e0 repr\u00e9senter toutes les peu- plades travers\u00e9es comme des races de brutes, tant\u00f4t agenouill\u00e9es devant lui dans une crainte servile, tant\u00f4t l&rsquo;attaquant avec une bestiale f\u00e9rocit\u00e9, le tout sans savoir pourquoi : l&rsquo;homme blanc les domine de cent coud\u00e9es, et le lecteur doit se sentir flatt\u00e9 d&rsquo;apprendre que quelque part il serait demi-dieu. Par malheur, cette conception glorieuse n&rsquo;est le fait que de ceux qui n&rsquo;ont jamais quitt\u00e9 le rivage ou qui ont \u00e9chou\u00e9 dans leurs entre- prises : on ne la trouve ni chez Binger ni chez Monteil, ni chez Tout\u00e9e, ni chez aucun de ceux qui ont r\u00e9ussi. Et je crois tr\u00e8s \u2014 258 \u2014 CONCLUSIONS. sinc\u00e8rement que l\u00e0 est le secret du succ\u00e8s : s&rsquo;il y a des races inf\u00e9rieures, c&rsquo;est non pas en les m\u00e9prisant, mais en les compre- nant que nous montrons notre sup\u00e9riorit\u00e9. Les gens del\u00e0 for\u00eat sont avides d&rsquo;ind\u00e9pendance, qu&rsquo;on n&rsquo;essaie pas de se poser en ma\u00eetres et de les gouverner; mais ils sont intelligents et aptes au commerce : qu&rsquo;on leur d\u00e9montre quels avantages ils auront \u00e0 laisser passer chez eux les commer\u00e7ants. Qu&rsquo;une ligne de postes, uniquement charg\u00e9e de prot\u00e9ger les voyageurs, jalonne une route s\u00fbre entre le Soudan et la c\u00f4te, et on verra en foule affluer les dioulas, d\u00e9sireux d&rsquo;acqu\u00e9- rir les kolas, le caoutchouc, et d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la mer par la voie la plus courte. En un instant les indig\u00e8nes, apprenant la valeur du caoutchouc, en apporteront aux dioulas plus que ceux-ci n&rsquo;en pourront transporter, et les merveilleuses richesses de cette for\u00eat entreront eu exploitation. Ceci n&rsquo;est pas un r\u00eave : partout les indig\u00e8nes nous ont dit qu&rsquo;ils voudraient hien voyager et com- mercer, mais qu&rsquo;ils ne le pouvaient, faute de s\u00e9curit\u00e9, et qu&rsquo;ils seraient heureux que nous nous chargions de la police. Mais surtout, qu&rsquo;on s&rsquo;en tienne l\u00e0 et qu&rsquo;on n&rsquo;aille point se m\u00ealer de leurs affaires ! Toute manifestation d&rsquo;autorit\u00e9, tout emploi inutile de la force compromettraient \u00e0 jamais la situation. La t\u00e2che demandera de la prudence et du tact ; ce sera chose d\u00e9licate mais non irr\u00e9ali- sable : si dans les conditions les plus d\u00e9favorables, ridicule- ment peu nombreux, sans interpr\u00e8te, ne connaissant pas le pays, nous avons r\u00e9ussi pendant dix mois \u00e0 ne nous battre que six jours, c&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;il y a une mani\u00e8re de s&rsquo;y prendre. Et puisque cette occupation est possible, il est absolument n\u00e9cessaire de la faire. On ne peut laisser subsister dans la for\u00eat un foyer d&rsquo;hostilit\u00e9 exer\u00e7ant la plus f\u00e2cheuse influence sur les populations du Sou- dan et de la C\u00f4te. Jamais celles-ci ne nous croiront invincibles et n&rsquo;abdiqueront toute vell\u00e9it\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance, tant qu&rsquo;elles verront les gens de la for\u00eat se rire de nos armes. Mais il y a une consid\u00e9ration encore bien plus puissante : peut-on admettre que nous tol\u00e9rions chez nous, sur des territoires qui nous appartiennent, les pratiques de l&rsquo;anthropophagie ? On s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 avec force contre l&rsquo;esclavage : avant de songer \u00e0 lib\u00e9rer les captifs, qu&rsquo;on emp\u00eache d&rsquo;abord de les manger ! Il y a l\u00e0 plus qu&rsquo;une question de commerce ou de politique, c&rsquo;est un devoir d&rsquo;honneur et d&rsquo;humanit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>P 267 Le lieutenant Mangin dut livrer une s\u00e9rie de combats autour de Nin\u00e9n\u00e9, chez les Ouob\u00e9s. La mission ravitaill\u00e9e descendit ensuite vers le Sud par le pays des Blolos ( ou Blons, en langue krouman?); elle y fut assi\u00e9g\u00e9e huit jours dans le village de Dainn\u00e9. S&rsquo;\u00e9tant d\u00e9gag\u00e9e, elle passa le Zo, fonda un poste \u00e0 Gou\u00e9kangui, un autre \u00e0 Nouanloglouin, et de l\u00e0 fit de nombreuses reconnaissances pour pacifier le pays. Mais tous ces combats lui avaient cont\u00e9 65 tu\u00e9s ou bless\u00e9s, et les indig\u00e8nes, malgr\u00e9 plusieurs soumissions feintes, venaient attaquer les d\u00e9tachements jusqu&rsquo;aupr\u00e8s des postes. Les tirailleurs, dont rengagement \u00e9tait expir\u00e9 et que cette dure cam- pagne sans r\u00e9sultat d\u00e9courageait, demand\u00e8rent leur lib\u00e9ration, et le ministre rappela la mission \u00ab\u00a0Woelffel, qui rentra \u00e0 Touba et se disloqua. Naturellement le m\u00eame ordre de rappel fut envoy\u00e9 \u00e0 la mission Hostains-d&rsquo;Ollone, mais elle n&rsquo;en eut connaissance qu&rsquo;\u00e0 son arriv\u00e9e au Soudan et lorsque sa t\u00e0che \u00e9tait termin\u00e9e. La mission Woelffel, malgr\u00e9 la vaillance \u00e9prouv\u00e9e de ses chefs et leurs co\u00fbteux efforts, n&rsquo;avait pu s&rsquo;avancer qu&rsquo;\u00e0 40 kilo- m\u00e8tres au Sud de Man, point sur la lisi\u00e8re del\u00e0 for\u00eat et d\u00e9j\u00e0 sou- mis &lsquo;. Ainsi, depuis la travers\u00e9e de Binger en 1889, toutes les tenta- tives pmir p\u00e9n\u00e9trer la for\u00eat avaient \u00e9chou\u00e9. Les explorateurs insuffisamment escort\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s ; ceux qui s&rsquo;\u00e9taient fi\u00e9s \u00e0 la force d&rsquo;une escorte plus nombreuse avaient \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s et repouss\u00e9s. D&rsquo;o\u00f9 la m\u00e9thode con\u00e7ue et employ\u00e9e par notre mission : avoir une escorte suffisante pour combattre au besoin, mais surtout pour \u00f4ter l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un coup de main, soit 20 hommes, effectif n\u00e9cessaire pour fournir un poste chaque jour; mais mar- cher n\u00e9anmoins comme si nous ne comptions que sur l&rsquo;assenti- ment et l&rsquo;amiti\u00e9 des populations, d&rsquo;o\u00f9 nos longs s\u00e9jours et nos n\u00e9gociations incessantes. \u2014 Je dois mentionner que le chiffre l. Je ne vois cependant aucune raison d&rsquo;admettre, ainsi que le t&rsquo;ait le capi- taine Woelffel, qu&rsquo;il a d\u00fb avoir affaire \u00e0 des adversaires plus redoutables que I autre mission : son rapport indique que toutes ses pertes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9prow \u00e9es dans des embuscades, toutes ses attaques au contrair\u00bb i r\u00e9ussi facilement et des poi- gi s d&rsquo;hommes onl enlev\u00e9 de grands villages N&rsquo;in\u00e9n\u00e9, Logoual\u00e9, Goual\u00e9, etc.) Cria explique comment la mission Hostains-d&rsquo;Ollone, marchant constamment en zig-zag pour \u00e9viter les surprises el attaquant elle-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;improviste les villages, a pu en enlever quarante-quatre sans autre chose que six bless\u00e9s; mais rien ne permet de supposer que les populations vaincues fussenl moins belli- queuses que les autres, el au surplus, on se demanderai! pourquoi, si Woelffel les connaissait pour telles, ils n&rsquo;est pas pass\u00e9 par leur pays qui \u00e9tait sa route directe au lien de s&rsquo;en d\u00e9tourner comme il l&rsquo;a l&rsquo;ait pr\u00e9cis\u00e9ment. \u2014 268 \u2014 P 290 M. Milne-Edwards attachait un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 d\u00e9terminer l&rsquo;aire d&rsquo;habitat des singes. Voici donc la liste de ceux que nous avons rencontr\u00e9s; la comparaison avec celle dress\u00e9e par Binger dansl&rsquo;Ind\u00e9ni\u00e9 facilitera celte d\u00e9termination : 1\u00b0 Le Ou\u00e9 ou Chimpanz\u00e9, rencontr\u00e9 par Binger; 2&Prime; Le T\u00e9oulo, noir et rouge brun, sans doute le tah-hi\u00e9 de Binger, quoique je n&rsquo;aie pas reconnu la mani\u00e8re de sauter d\u00e9crite par celui-ci ; c&rsquo;est de beaucoup le singe le plus commun, il vit en bande de vingt \u00e0 trente individus ; 3\u00b0 Le Pl\u00e9, ou fo\u00eb de Binger (cependant il a la t\u00eate non pas blanche, mais noire, avec une sorte de crini\u00e8re blanche retom- bant sur les \u00e9paules) ; on en voit rarement plus de quatre ou cinq ensemble ; tr\u00e8s souvent ils sont avec une bande de t\u00e9oulos qu&rsquo;ils abandonnent \u00e0 la premi\u00e8re alerte, si bien que presque toujours ceux-ci sont seuls tu\u00e9s ; 4\u00b0 Le Gl\u00e9 ; sa description ressemble fort \u00e0 celle du tic de Bin- ger, sans \u00eatre identique : dos gris parsem\u00e9 de poils clairs, avec une ligne brun-rouge fonc\u00e9 suivant l&rsquo;\u00e9pine dorsale; ventre et queue blancs, cuisses d&rsquo;un feu \u00e9clatant, face noire avec sourcils blancs. 5\u00b0 Le Tatou\u00e9, ou pain \u00e0 cacheter [ad\u00e9r\u00e9 de Binger); 6\u00b0 Le Kadou\u00e9, gris souris, face rose cuivr\u00e9e; 7\u00b0 Le Dou\u00e9, appel\u00e9 aussi tokoui et tabahou, face claire, robe gris verd\u00e2tre; 8\u00a0\u00bb Le Gl\u00e9bli, noir avec barbiche blanche; 9\u00b0 Le (nom devenu illisible) enti\u00e8rement blanc; dans la for\u00eat il n&rsquo;existe, parait-il, que chez les Boos et Booniaos, dans la boucle du Cavally, o\u00f9 nous l&rsquo;avons vu. Je sais qu&rsquo;il y en a <\/p>\n\n\n\n<p>P 308 Et tous les gens de la for\u00eat disent pou pour dix, bien que leur num\u00e9ration soit quinquennale. <\/p>\n\n\n\n<p>P 300 Toutes les peuplades que nous avons travers\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 la branche nord du coude du Cavally se disent parentes, malgr\u00e9 les guerres continuelles qui les d\u00e9chirent, et elles proclament aussi leur parent\u00e9 avec toutes les tribus qui s&rsquo;\u00e9tendent jusqu&rsquo;au bas San Pedro et au Sassandra moyen \u00e0 l&rsquo;Est, jusqu&rsquo;au Diobo et au Nipou\u00e9 moyen \u00e0 l&rsquo;Ouest, au Nord jusqu&rsquo;aux hautes mon- tagnes entre Cavally et Sassandra, en somme, sur tout l&rsquo;espace compris entre les 9 n et 12\u00b0 de longitude Ouest, la mer et le 7\u00b0 de latitude Nord. Ce sont ces peuplades que, faute de nom g\u00e9n\u00e9- rique, j&rsquo;ai appel\u00e9es Kroumen, du nom que depuis longtemps les marins leur donnent sur le littoral. Nous n&rsquo;avons rien pu apprendre sur les populations \u00e0 l&rsquo;Est et \u00e0 l&rsquo;Ouest de ce rectangle, trop \u00e9loign\u00e9es de notre route. Celles du Nord sont toutes appel\u00e9es Gons par les Kroumen comme si elles appartenaient toutes \u00e0 une m\u00eame race. Elles-m\u00eames n&rsquo;ont pas de nom g\u00e9n\u00e9rique ; leurs voisins du Nord appellent Ngu\u00e9- r\u00e9s celles qui sont \u00e0 l&rsquo;Ouest du Cavally, Dioulas celles de l&rsquo;Est. Par suite d&rsquo;hostilit\u00e9s ou faute d&rsquo;interpr\u00e8tes, nous n&rsquo;avons rien pu apprendre des Gons sur leur parent\u00e9 avec d&rsquo;autres tribus que celles travers\u00e9es ; mais, en tous cas, ils se proclament \u00e9trangers aux Kroumen et aux Guerz\u00e9s qui les limitent au Sud et au Nord, et en effet ils n&rsquo;entretiennent aucun rapport avec ces races dont la langue est diff\u00e9rente. Je crois que les Kroumen ont raison de se dire d&rsquo;une autre race que les tribus en dehors du rectangle que j&rsquo;ai indiqu\u00e9. Sur la c\u00f4te, une diff\u00e9rence de caract\u00e8re fort sensible est depuis tr\u00e8s longtemps observ\u00e9e : de tout temps les Kroumen sont entr\u00e9s en relations avec les navires, tant pour commercer que \u2014 299 \u2014 MISSION H0STA1 \\ S-D&rsquo;OLLO VA.&rsquo;. pour se louer comme matelots ou travailleurs, fait qui ne se produit nulle part ailleurs, m\u00eame chez leurs voisins imm\u00e9diats. 11 y a l\u00e0 une caract\u00e9ristique tr\u00e8s nette qui distingue les Krou- men des autres tribus du littoral. 11 y en a une autre qui les s\u00e9pare de leurs voisins du Nord, les Gons : ceux-ci sont anthro- pophages par go\u00fbt, tandis que, je l&rsquo;ai dit, les Kroumen ne mangent leurs ennemis que par vengeance, quand ils les ont tues, niais ils ne tuent personne pour le manger, comme le font tous les Gons. La parent\u00e9 des tribus Kroumen entre elles est confirm\u00e9e par la langue dont le fond est partout le m\u00eame, quoique chaque tribu ait son patois propre. Je pense donc qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer les tribus que j&rsquo;appelle Kroumen comme une race \u00e0 part. Et cependant en dehors des particularit\u00e9s que je viens d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer et des traditions, on ne trouve gu\u00e8re plus do dillerence entre les Kroumen et les autres peuples de la for\u00eat qu&rsquo;entre les difierentes tribus de cette race. A vrai dire, tous les habitants de la for\u00eat se ressemblent beaucoup, tant par le physique que par le caract\u00e8re et les m\u0153urs. Cette ressemblance, qui n&rsquo;implique point la parent\u00e9, doit tenir \u00e0 la nature sp\u00e9ciale du pa}&rsquo;s : dans ces fourr\u00e9s imp\u00e9- n\u00e9trables, il n&rsquo;a pu s&rsquo;\u00e9tablir de soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, toutes les familles vivent isol\u00e9es, il n&rsquo;y a point d&rsquo;hi\u00e9rarchie, point de r\u00e8gles, et l&rsquo;homme est rest\u00e9 primitif, sans rien d&rsquo;acquis ni d&rsquo;arti- ficiel. Il faut ajouter que tous sont intelligents, et que l&rsquo;on ne trouve pas \u00e0 la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire une seule race inf\u00e9rieure. Par suite tous, plac\u00e9s dans les m\u00eames conditions, ont fait \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames progr\u00e8s, acquis les m\u00eames id\u00e9es, des coutumes analogues, et au premier abord, ils semblent tous pareils. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui donne plus d&rsquo;importance aux diff\u00e9rences qu&rsquo;on arrive \u00e0 remarquer. Nulle part il n&rsquo;y a de marque ethnique. Un grand nombre de Kroumen ont bien une barre noire verticale compos\u00e9e de nom- breuses petites stries au milieu du front et du nez (Voir page 145 le masque sculpt\u00e9 qui reproduit ce signe), mais cette \u2014 300 \u2014 ETHNOGRAPHIE. marque devient de plus en plus rare \u00e0 mesure qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loigne de la c\u00f4te et finit par dispara\u00eetre tout \u00e0 fait. (Gela s&rsquo;accorde avec une tradition recueillie par M. Delafosse et d&rsquo;apr\u00e8s laquelle les gens de la C\u00f4te, qui \u00e9taient autrefois d&rsquo;accord avec les n\u00e9griers pour leur vendre des esclaves, se marquaient ainsi pour ne point \u00eatre captur\u00e9s comme eux.) Les armes, javelots, sabres, arcs, et les instruments de musique, tam-tam, cithare, guitare, petit balafon, sont partout pareils, fabriqu\u00e9s et employ\u00e9s de m\u00eame, ainsi que les poteries et vanneries. Et c&rsquo;est toute l&rsquo;industrie locale. En fait d&rsquo;objets mat\u00e9riels, on ne peut gu\u00e8re trouver \u00e0 distin- guer que les cases. En principe, chez tous les peuples que nous avons vus, elles sont rondes, mais avec des exceptions et des particularit\u00e9s. G\u00e9n\u00e9ralement, ces cases sont en planches jointives rev\u00eatues de terre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur dans la plupart des tribus, avec un toit en feuilles de palmier et un grenier assez haut. Cependant les cases provisoires dans les cultures sont rectangulaires et tout en bois. Chez les Paloub\u00e9s, la paroi n&rsquo;est constitu\u00e9e que par un clayon- nage en lamelles de bambou non rev\u00eatu de terre. On voit appara\u00eetre l\u00e0 une sorte de v\u00e9randa rudimentaire. lattes de bambou horizontales soutenues par des piquets et cerclant la case de si pr\u00e8s qu&rsquo;il est impossible de p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;intervalle. Je pense donc que cette disposition n&rsquo;a d&rsquo;autre but que d&#8217;em- p\u00eacher les animaux d&rsquo;enfoncer la fragile paroi. Chez les Sapos, ces deux innovations reparaissent avec une troisi\u00e8me : les cases carr\u00e9es ou rectangulaires \u00e0 pilotis. Les premi\u00e8res ont des toits coniques, les deuxi\u00e8mes des toits \u00e0 double pente ; toutes sont en clayonnages de lamelles de bam- bou, avec une cloison int\u00e9rieure qui forme deux chambres, et un plancher \u00e9galement en clayonnage reposant sur des piliers en bois. Il y a aussi des cases rondes reposant sur le sol dont plusieurs ont des v\u00e9randas encore tr\u00e8s \u00e9troites. (Voir pages 129 et 138.) \u2014 301 &#8211; MISSIO V HOSTAINS-D&rsquo;OLLO VE. Chez les Kopos, nous avons vu deux cases rectangulaires rev\u00eatues de terre avec s\u00e9paration int\u00e9rieure. Toutes les autres cases \u00e9taient rondes avec un toit conique, tr\u00e8s pointu. Elles sont entour\u00e9es d&rsquo;une v\u00e9randa \u00e9troite, mais utilisable comme abri, et sont s\u00e9par\u00e9es en deux pi\u00e8ces par un mur en terre. (Voir page 151.) Le plafond est \u00e0 un m\u00e8tre de terre, sauf devant la porte, et sert d&rsquo;\u00e9tage. Cette disposition, moins la v\u00e9randa, se prolonge jusque chez les Gons, mais l\u00e0 elle n&rsquo;est pas uniforme et beaucoup de cases n&rsquo;ont ni s\u00e9paration int\u00e9rieure, ni plafond bas. Chez les P\u00e9rabos, la plupart des cases ont un rebord ext\u00e9rieur en terre servant de banc circulaire. (Voir page 153.) Enfin chez les Guerz\u00e9s de la lisi\u00e8re, la case forme une seule pi\u00e8ce et a des murs en terre \u00e9pais, comme chez les Malink\u00e9s, le plus souvent avec un rebord circulaire \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;ex- t\u00e9rieur. Les villages tant\u00f4t n&rsquo;ont aucune forme d\u00e9finie et sont entour\u00e9s d&rsquo;une brousse \u00e9paisse, tant\u00f4t sont rectangulaires et prot\u00e9g\u00e9s par une palissade. Chez les Mboros et Houn\u00e9s, ils sont absolument ronds et entour\u00e9s de bananiers. Une telle diversit\u00e9 ne permet aucune conclusion. Le costume pr\u00eate \u00e0 une distinction : les Kroumen n&rsquo;ont point de v\u00eatement ; quand ils ont une pi\u00e8ce d&rsquo;\u00e9toffe, ils la drapent autour de la taille sans la fixer. Au contraire les Gons font tisser leur coton indig\u00e8ne par des captifs malink\u00e9s, dans chaque vil- lage on trouve un m\u00e9tier \u00e0 tisser, et ils se font faire des tuniques ou dolok\u00e9s \u00e0 la mode soudanaise, que portent tous les notables. (Voir page 203). Quelques-unes de ces tuniques ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 chez les Kroumen du Nord, mais chez eux, c&rsquo;est une importation \u00e9trang\u00e8re, non une mode nationale. Chez les Gons, on voit aussi des barbes et des cheveux ras\u00e9s, tandis que tous les Kroumen portent la barbe et les cheveux assez longs, dispos\u00e9s de fa\u00e7ons diverses et fantaisistes. La circoncision se pratique \u00e0 partir des Sapos dans tout le Nord de la for\u00eat, aussi bien chez les Gons que chez les Kroumen. N&rsquo;ayant pu converser avec les Gons, nous ne connaissons pas \u2014 302 \u2014 ETHNOGRAPHIE. assez leurs m\u0153urs pour en parler. Il faut cependant signaler que leurs chefs jouissent de plus d&rsquo;autorit\u00e9 \u2014 quoique toujours d&rsquo;une fa\u00e7on patriarcale \u2014 que chez les Kroumen, et que par suite les travaux d&rsquo;utilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, routes, ponts, sont mieux ex\u00e9cut\u00e9s chez eux. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>https:\/\/archive.org\/details\/missionhostainsd00ollo En 1899, deux officiers francais, Jean Hostains et Henri d&rsquo;Ollone, ainsi que vingt tirailleurs originaires du Soudan fran\u00e7ais, qui deviendra la R\u00e9publique du Mali, m\u00e8nent une mission&nbsp;de reconnaissance du cours du fleuve Cavally dans le but d&rsquo;\u00e9tablir la fronti\u00e8re entre la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire et le Liberia. Cette exp\u00e9dition traverse les pays Bakw\u00e9 de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, Sapo du Lib\u00e9ria, Khran (W\u00e8 du Lib\u00e9ria), W\u00e8 de Toulepleu, Dan de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire. 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