{"id":42,"date":"2020-11-23T10:57:16","date_gmt":"2020-11-23T10:57:16","guid":{"rendered":"http:\/\/base.wobebli.net\/base\/?p=42"},"modified":"2020-11-23T16:36:37","modified_gmt":"2020-11-23T16:36:37","slug":"lesclavage-dans-les-societes-lignageres-de-la-foret-ivoirienne-xvlle%c2%b7xxe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/2020\/11\/23\/lesclavage-dans-les-societes-lignageres-de-la-foret-ivoirienne-xvlle%c2%b7xxe-siecle\/","title":{"rendered":"L&rsquo;esclavage dans les soci\u00e9t\u00e9s lignag\u00e8res de la for\u00eat ivoirienne (XVlle\u00b7XXe siecle)"},"content":{"rendered":"\n<p>Harris MEMEL-FOTE<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/horizon.documentation.ird.fr\/exl-doc\/pleins_textes\/divers16-07\/010043260.pdf\">https:\/\/horizon.documentation.ird.fr\/exl-doc\/pleins_textes\/divers16-07\/010043260.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Preface P 9-11<\/p>\n\n\n\n<p>Harris Memel-Fot\u00ea s&rsquo;int\u00e9resse d&rsquo;abord au proc\u00e8s de production des<br>esclaves. Dans les soci\u00e9t\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es, la capture sur le champ de<br>bataille, l&rsquo;achat sur des march\u00e9s ext\u00e9rieurs, la reproduction biologique<br>demeurent des proc\u00e9d\u00e9s d&rsquo;acquisition secondaires ou marginaux. Si on<br>laisse de c\u00f4t\u00e9 la mise en gage, c&rsquo;est donc \u00ab\u00a0l&rsquo;excommunication\u00a0\u00bb qui est le<br>moyen privil\u00e9gi\u00e9. Par \u00ab\u00a0excommunication\u00a0\u00bb, Harris Memel-Fot\u00ea entend<br>9<br>l&rsquo;op\u00e9ration par laquelle une personne est arrach\u00e9e \u00e0 sa communaut\u00e9<br>d&rsquo;origine, isol\u00e9e des liens sociaux qui entourent un individu \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb,<br>transform\u00e9e litt\u00e9ralement en chose et vendue comme telle \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9<br>voisine. Les motifs de l&rsquo;excommunication sont partout les m\u00eames: il s&rsquo;agit<br>toujours de se d\u00e9barrasser des \u00ab\u00a0fauteurs d&rsquo;anomie\u00a0\u00bb ; avant l&rsquo;expansion de<br>l&rsquo;esclavage, ceux-ci \u00e9taient mis \u00e0 mort: l&rsquo;excommunication appara\u00eet donc<br>bien comme un substitut de l&rsquo;ex\u00e9cution capitale. Contrairement \u00e0 ce que<br>l&rsquo;on pourrait penser, l&rsquo;excommunication est rarement l&rsquo;effet d&rsquo;une<br>condamnation publique: aussi bien la d\u00e9cision que la mise en \u0153uvre sont<br>environn\u00e9es de secret; la ruse est abondamment mise \u00e0 contribution pour<br>saisir la victime, et toutes sortes d&rsquo;armes symboliques &#8211; amulettes,<br>\u00ab\u00a0m\u00e9dicaments\u00a0\u00bb, etc. &#8211; sont utilis\u00e9es pour pr\u00e9venir toute r\u00e9sistance.<br>L&rsquo;efficacit\u00e9 de ces armes est telle qu&rsquo;elle rend souvent inutile le recours \u00e0<br>la violence nue : premier indice du r\u00f4le d\u00e9cisif que joue l&rsquo;id\u00e9ologie dans<br>l&rsquo;\u00e9tablissement et la reproduction de l&rsquo;institution.<br>Du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;acqu\u00e9reur, Harris Memel-Fot\u00ea s&rsquo;int\u00e9resse d&rsquo;abord aux<br>motifs qui l&rsquo;inspirent. On peut les r\u00e9partir entre trois cat\u00e9gories: assurer<br>le renouvellement d\u00e9mographique du lignage ; obtenir des forces<br>additionnelles pour le syst\u00e8me productif et enfin accumuler les esclaves<br>afin d&rsquo;accro\u00eetre le cr\u00e9dit, l&rsquo;influence et le prestige des ma\u00eetres. Harris<br>Memel-Fot\u00ea attache une importance particuli\u00e8re \u00e0 ce dernier motif, qui<br>occupe la premi\u00e8re place dans plusieurs des soci\u00e9t\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es. Au sein<br>de celles-ci, en effet, le pouvoir et le rang social se mesurent moins \u00e0 la<br>richesse mat\u00e9rielle qu&rsquo;au nombre des d\u00e9pendants. Trois m\u00e9canismes<br>mettent celui-ci en valeur : l&rsquo;accumulation ostentatoire &#8211; le ma\u00eetre<br>s&rsquo;efforce de multiplier le nombre de ses esclaves -, l&rsquo;oblation ostentatoire<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>dans des c\u00e9r\u00e9monies qui \u00e9voquent le potlatch, le ma\u00eetre distribue ses<br>esclaves \u00e0 ses \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb, qui sont en m\u00eame temps ses rivaux &#8211; et enfin<br>l&rsquo;immolation ostentatoire &#8211; \u00e0 l&rsquo;occasion de la mort de ses proches, ou de la<br>sienne, le ma\u00eetre fait sacrifier de nombreux esclaves, qui escortent le<br>d\u00e9funt dans l&rsquo;autre monde tandis que leur sang c\u00e9l\u00e8bre sa gloire dans ce<br>monde-ci.<br>De m\u00eame que le groupe excommunicateur se livre \u00e0 diverses activit\u00e9s<br>rituelles pour se d\u00e9faire du futur esclave, le groupe acqu\u00e9reur ne<br>l&rsquo;accueille pas sans lui infliger au pr\u00e9alable une v\u00e9ritable mutation<br>symbolique. Mis en vente, l&rsquo;excommuni\u00e9 est r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de pure et<br>simple chose. Une fois achet\u00e9, il faut maintenant le faire rena\u00eetre comme<br>esclave. Harris Memel-Fot\u00ea nous donne une remarquable description des<br>op\u00e9rations requises. Des m\u00e9decines d&rsquo;oubli sont administr\u00e9es au nouveau<br>venu; une nouvelle parent\u00e8le lui est attribu\u00e9e; enfin il re\u00e7oit un nouveau<br>nom. Il s&rsquo;agit donc bien d&rsquo;une seconde mise au monde, mais celle-ci<br>engendre un \u00eatre \u00e0 part. Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, il y a une<br>diff\u00e9rence de nature entre l&rsquo;esclave et le d\u00e9pendant libre, si pauvre et<br>d\u00e9cri\u00e9 que soit celui-ci. Cette diff\u00e9rence de nature se manifeste \u00e0<br>l&rsquo;occasion du travail &#8211; les efforts les plus longs, les plus durs, les plus<br>sales, les plus dangereux sont r\u00e9serv\u00e9s aux esclaves -, \u00e0 l&rsquo;occasion de la<br>10<br>consommation &#8211; celle des esclaves est inf\u00e9rieure en qualit\u00e9 comme en<br>quantit\u00e9 &#8211; et enfin \u00e0 l&rsquo;occasion des moments de passage qui scandent la<br>vie de l&rsquo;individu: lorsque l&rsquo;esclave est autoris\u00e9 \u00e0 vivre avec un conjoint,<br>les formalit\u00e9s de cette union sont r\u00e9duites au strict minimum, mais<br>surtout sa mort n&rsquo;est suivie que d&rsquo;un c\u00e9r\u00e9monial sommaire, tandis que<br>son cadavre est l&rsquo;objet d&rsquo;un traitement exp\u00e9dit\u00fc\u2026 Pour rependre la<br>saisissante expression de Harris Memel-Fot\u00ea, rien ne montre plus<br>clairement que l&rsquo;esclave est un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0d\u00e9chet social\u00a0\u00bb.<br>Harris Memel-Fot\u00ea dresse un inventaire minutieux des formes de<br>r\u00e9sistance pratiqu\u00e9es: gaspillages, d\u00e9tournements, vols, fuites, meurtres,<br>incendies, suicides, et enfin, \u00e0 trois reprises au moins selon les sources,<br>r\u00e9bellions collectives. En regard de cette \u00e9num\u00e9ration, Harris MemelFot\u00ea place la liste des sanctions utilis\u00e9es : elles font une large place \u00e0 la<br>violence. Mais le fait le plus significatif est que, pour exercer cette<br>violence, les soci\u00e9t\u00e9s n&rsquo;ont pas eu besoin de se donner un appareil<br>r\u00e9pressif centralis\u00e9, en d&rsquo;autres termes un \u00c9tat; pendant les deux si\u00e8cles<br>de la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e, elles ont maintenu et reproduit l&rsquo;esclavage sans<br>transformer de fa\u00e7on radicale leur syst\u00e8me politique. Ici intervient ce qui<br>est peut \u00eatre l&rsquo;apport le plus significatif du livre : le r\u00f4le d\u00e9cisif de<br>l&rsquo;id\u00e9ologie. Au moment o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 mis en vente, l&rsquo;esclave a subi une<br>r\u00e9ification qui \u00e9quivaut \u00e0 une v\u00e9ritable mort sociale, et sa \u00ab\u00a0r\u00e9surrection\u00a0\u00bb<br>par l&rsquo;acheteur ne lui accorde qu&rsquo;une existence pr\u00e9caire et diminu\u00e9e. Par<br>lui-m\u00eame, l&rsquo;esclave est un infirme social, il n&rsquo;a ni nom ni parole propres,<br>il s&rsquo;est vu infliger la \u00a0\u00bbhonte majeure\u00a0\u00bb, dont les traces sont ind\u00e9l\u00e9biles. Or<br>dans bien des cas, l&rsquo;esclave lui-m\u00eame int\u00e9riorise plus ou moins<br>profond\u00e9ment cette id\u00e9ologie, et se soumet de lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;image qu&rsquo;elle<br>donne de lui. C&rsquo;est pourquoi la r\u00e9sistance a pu \u00eatre contenue dans des<br>limites acceptables pour les soci\u00e9t\u00e9s.<br>De cette importance capitale de l&rsquo;id\u00e9ologie, un dernier indice peut \u00eatre<br>relev\u00e9. Au d\u00e9but du XX\u00b7 si\u00e8cle, l&rsquo;administration coloniale entreprend<br>d&rsquo;abolir l&rsquo;esclavage dans la r\u00e9gion. Comme je l&rsquo;ai dit au d\u00e9but de cette<br>pr\u00e9face, elle agit avec une sage lenteur : si, sur le plan juridique,<br>l&rsquo;esclavage est interdit par le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 1905, dans la r\u00e9alit\u00e9<br>des faits, seule la traite est effectivement supprim\u00e9e \u00e0 partir de cette<br>date. Sont pr\u00e9vues pour les esclaves des modalit\u00e9s de rachat qui rendent<br>leur \u00e9mancipation malais\u00e9e. Ce n&rsquo;est que progressivement que<br>l&rsquo;institution recule et dispara\u00eet, notamment devant l&rsquo;apparition et le<br>d\u00e9veloppement du travail salari\u00e9. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1920, on peut<br>consid\u00e9rer que l&rsquo;esclavage a pris fin, \u00e0 une r\u00e9serve consid\u00e9rable pr\u00e8s :<br>l&rsquo;id\u00e9ologie de l&rsquo;esclavage, elle, a conserv\u00e9 l&rsquo;essentiel de sa puissance, et<br>m\u00eame \u00e9mancip\u00e9s, les anciens esclaves et leurs descendants restent<br>frapp\u00e9s d&rsquo;incapacit\u00e9s sociales irr\u00e9ductibles.<br>Il faut rappeler ici ce qui a \u00e9t\u00e9 dit plus haut des fonctions<br>principalement \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb de l&rsquo;esclavage : l&rsquo;accumulation des esclaves<br>est le moyen privil\u00e9gi\u00e9 de la conqu\u00eate du pouvoir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des soci\u00e9t\u00e9s<br>consid\u00e9r\u00e9es. On aboutit ainsi \u00e0 un tableau o\u00f9 les aspects politiques et<br>Il<br>id\u00e9ologiques de l&rsquo;esclavage l&#8217;emportent sur ses aspects proprement<br>\u00e9conomiques. Ce tableau confronte les chercheurs d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et de<br>demain \u00e0 une question redoutable: d\u00e9finit-il une variante sp\u00e9cifique de<br>l&rsquo;esclavage qui serait propre aux soci\u00e9t\u00e9s lignag\u00e8res et segmentaires, ou<br>bien nous oblige-t-il \u00e0 une refonte g\u00e9n\u00e9rale de nos conceptions sur<br>l&rsquo;esclavage, trop marqu\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent par un certain \u00ab\u00a0\u00e9conomisme&rsquo;,?<br>Avec le sens des nuances qui le caract\u00e9rise, Harris Memel-Fot\u00ea penche<br>vers la seconde hypoth\u00e8se, et sur ce point comme sur les autres, il<br>emporte ma conviction.<br>Emmanuel TERRAY<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>P 199-200 <strong>Le champ en tant que p\u00e9riode 1700 \u00e0 1920<\/strong><br>Quatre arguments justifient le choix de cet espace temporel, dont un<br>seul concerne son terme, et trois son origine: c&rsquo;est au XVIIIe si\u00e8cle en effet<br>que les soci\u00e9t\u00e9s lignag\u00e8res de la for\u00eat ont connu leurs derni\u00e8res<br>restructurations, il en reste des traces tr\u00e8s profondes dans les m\u00e9moires<br>transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, en m\u00eame temps que de tout<br>premiers t\u00e9moignages \u00e9crits.<br>En 1920, la colonisation met fin \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance des<br>soci\u00e9t\u00e9s lignag\u00e8res et en int\u00e8gre les fragments \u00e0 la<br>mise en place d&rsquo;une nouvelle soci\u00e9t\u00e9<br>Que le XX\u00a0\u00bb si\u00e8cle soit le terme, cela est une \u00e9vidence historique. La<br>plupart des historiens ivoiriens voient entre 1920 et 1930 une charni\u00e8re<br>entre l&rsquo;\u00e9tat social ancien et l&rsquo;\u00e9tat social nouveau qu&rsquo;inaugure la<br>colonisation (C. G. Wondji, 1963 ;J. Bony, 1980 ; P. Kipr\u00e9, 1981)9.En 1893,<br>l&rsquo;\u00c9tat imp\u00e9rial fran\u00e7ais cr\u00e9e la colonie de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire comme cadre<br>g\u00e9opolitique autonome. De 1908 \u00e0 1915, la conqu\u00eate militaire des peuples<br>de ce cadre par l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, ce que par antiphrase le Gouverneur G.<br>Angoulvant nomme La pacification de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire (1916), met<br>effectivement fin \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance de toutes les soci\u00e9t\u00e9s anciennes, en<br>particulier celles dont il est ici question. En contr\u00f4lant d\u00e9sormais toutes<br>les structures politiques et les voies d&rsquo;\u00e9changes, l&rsquo;\u00c9tat colonial se donne<br>les moyens \u00e0 plus ou moins long terme d&rsquo;extirper l&rsquo;esclavage qu&rsquo;il avait<br>d\u00e9j\u00e0 aboli dans les textes sans total succ\u00e8s depuis 1906.<br>Mais pourquoi le XVIII\u00a0\u00bb si\u00e8cle? Trois raisons \u00e0 cette coupe.<br>199<br>Le XVIue si\u00e8cle est d&rsquo;abord le moment des derni\u00e8res<br>restructurations des soci\u00e9t\u00e9s lignag\u00e8res de la for\u00eat<br>Les derni\u00e8res grandes vagues de peuplement dans la for\u00eat remanient<br>les soci\u00e9t\u00e9s autochtones, par exemple celle des Aky\u00e9 et celle des Ab\u00ea. Les<br>traditions officielles aky\u00e9 et ab\u00ea (Dian Boni, 1970 ; M. N&rsquo;da, 1980)\\0 les<br>rattachant \u00e0 la migration asante-asabu, ces remaniements se situent<br>donc \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que cette derni\u00e8re: entre 1730 et 175011\u2022 Mais ces<br>remaniements ne chang\u00e8rent pas, semble-t-il, la nature fonci\u00e8re des<br>soci\u00e9t\u00e9s qui reste lignag\u00e8re. \u00c0 cette raison d&rsquo;ordre historique s&rsquo;en ajoutent<br>deux autres d&rsquo;ordre m\u00e9thodologique.<br>Le XVIue si\u00e8cle est ensuite un rep\u00e8re historiodictique<br>essentiel<br>Par rapport \u00e0 l&rsquo;historiographie, corpus des documents \u00e9crits relatifs \u00e0<br>l&rsquo;histoire, nous nommons historiodictie &#8211; de dictio : action de dire,<br>locution &#8211; le corpus des traditions orales ayant pour objet l&rsquo;histoire et<br>dont la m\u00e9moire collective est le support.<br>L&rsquo;importance du probl\u00e8me de la m\u00e9moire historique dans ce type de<br>soci\u00e9t\u00e9, les pr\u00e9jug\u00e9s qui l&rsquo;entourent, les conditions auxquelles on peut<br>l&rsquo;aborder et le r\u00e9soudre, ont \u00e9t\u00e9, \u00e0 la suite de Yves Person, suffisamment<br>rappel\u00e9s en 1981 par Christophe Wondji\u00a0\u00bb, En d\u00e9montrant que toutes les<br>m\u00e9moires des peuples manifestent leur pr\u00e9cision au moins jusqu&rsquo;au XVIII\u00a0\u00bb<br>si\u00e8cle, et qu&rsquo;\u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle l&rsquo;alliance de la documentation<br>historiodictique et de la documentation histographique permet<br>d&rsquo;esquisser une histoire de l&rsquo;esclavage, nous prouvons le caract\u00e8re soluble<br>du probl\u00e8me.<br>\u00c0 recenser en effet les ancrages sociaux de ces m\u00e9moires (relations<br>g\u00e9n\u00e9alogiques, d\u00e9placements des villages, d\u00e9c\u00e8s des chefs ou des notables,<br>cr\u00e9ations et rotations des march\u00e9s, cycles des classes d&rsquo;\u00e2ge), on peut<br>distinguer divers proc\u00e8s de m\u00e9morisation ou diverses m\u00e9moires: m\u00e9moire<br>g\u00e9n\u00e9alogique des lignages, m\u00e9moire topologique des villages, m\u00e9moire<br>\u00e9conomique des peuples, m\u00e9moire politique fond\u00e9e sur le renouvellement<br>des chefs ou des classes d&rsquo;\u00e2ge. Or toutes convergent au XVIIIe si\u00e8cle comme<br>au premier rep\u00e8re essentiel en amont de l&rsquo;histoire. Au-del\u00e0 elles<br>deviennent ou lacunaires ou vagues et tr\u00e8s contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p>P 219<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la formation w\u00ea, cinq souches au moins auraient pris part : souche<br>ancienne ou locale des Sehinu, souche wenmebo (Zwagnon), souche<br>malink\u00e9 (Semien, Kwa, Blaon), souche niabwa (Gbau, Daho-Doo), souche<br>niedebwa (Zerabaon)\u00a0\u00bb. Six ou sept auraient compos\u00e9 la formation neyo ou<br>du Nihiri : souches locales, les unes peut-\u00eatre d&rsquo;origine godi\u00e9,<br>vraisemblablement en place au XVIe si\u00e8cle lors du passage de Pacheco<br>Pereira vers 1505-1508 (Gnangbia, Gwedia, Govia, Siadubwo), les autres<br>peut-\u00eatre de provenance bakwe (Ohibwo de Niega), d&rsquo;autres encore betekwadia (Upoyo de Bokr\u00ea), mais aussi souche kotroku (Sahua de Bokr\u00ea),<br>souche godi\u00e9 (Kuduyo et Legueyo de Bokr\u00ea), souche bakwe (Missehi,<br>Gahulu, Kadrokpa, Bazereble), souche w\u00ea (Kebe de Bassa, Lateko,<br>Gwade, \u2026)26. Les dikpi bete attestent cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Sur dix-huit<br>dikpi de la r\u00e9gion de Subre, seuls deux (Ikobwo et Mayo), ont une origine<br>unique\u00a0\u00bb, formant ainsi des tribus au sens propre. Les anc\u00eatres des<br>Gneyokokognoa dits Kwadia proviennent de trois origines au moins: bete<br>(Kota, fondateur de Kwati vient du Bete-Lazoa), godi\u00e9 (Akr\u00ea, fondateur<br>de Guetebeu vient du Godjibwo), bakw\u00e9 (Gueredji de Lilidji, participa \u00e0<br>l&rsquo;\u00e9tablissement de Guetebeu ou Butubr\u00e9),<\/p>\n\n\n\n<p>P 320<\/p>\n\n\n\n<p>Aux esclaves, il fallait un logis, des entraves, de la nourriture et une<br>surveillance permanente. L&rsquo;organisation de l&#8217;embarcad\u00e8re de Kukruyo<br>(r\u00e9gion de Subre) \u00e9tait exemplaire sous ce rapport. Une palissade en<br>planches de parasoliers prot\u00e9geait le village contre l&rsquo;attaque des villages<br>victimes de raids et de capture. Un seul acc\u00e8s que garde un kanegnon<br>(Zwa Gnadre, Dj\u00eagne Lohuri ou Dabeu Ayra) reliait la localit\u00e9 \u00e0 la for\u00eat.<br>Au centre du village, se dressait un d;ass\u00ea, abri de r\u00e9union publique, o\u00f9<br>les esclaves \u00e9taient entrav\u00e9s sous la vigilance de la milice arm\u00e9e. \u00c0<br>l&rsquo;alimentation de ces \u00e9trangers un responsable \u00e9tait sp\u00e9cialement<br>commis. Zwa Gnandre, Djessu Gninigba et Bwani Kwadja, adjoints du<br>glolowri Z\u00e9lihi se sont succ\u00e9d\u00e9s dans cette fonction, en assurant un ou<br>deux bols de riz par jour \u00e0 chaque esclave.<br>320<br>En quoi consiste l&rsquo;entrave? Un appareil tr\u00e8s r\u00e9pandu sous diverses<br>appellations &lsquo;- kpo (neyo), gbu (bete), kpohu (ab\u00ea),!wsm. (gban, odjukru) &#8211; et<br>qui n&rsquo;est pas totalement tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude aujourd&rsquo;hui, puisque nous en<br>avons retrouv\u00e9 deux sp\u00e9cimens, l&rsquo;un \u00e0 Usr-B, en pays odjukru, en 1976, et<br>l&rsquo;autre \u00e0 Tonla, en pays gban en 1978. Il peut \u00eatre en m\u00e9tal. Celui de Tonla,<br>ouvrage des forgerons locaux, \u00e0 la forme d&rsquo;un fer \u00e0 cheval de la dimension<br>d&rsquo;un bracelet \u00e9vas\u00e9 \u00e0 son ouverture; il peut \u00eatre un simple arc en fera: on<br>immobilise la personne en rivant sa main sur un tronc d&rsquo;arbre ou en<br>l&rsquo;entravant par les deux poignets conjoints (voir planche hors-texte IV).<br>G\u00e9n\u00e9ralement, dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s, l&rsquo;appareil consiste en un<br>tronc d&rsquo;arbre \u00e9quarri, de quarante \u00e0 soixante quinze centim\u00e8tres de long,<br>dans lequel une fente a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e pour recevoir et bloquer le pied. Les<br>essences l\u00e9g\u00e8res ou lourdes d&rsquo;arbre fournissent le bois de confection. \u00c0 cette<br>confection, qui n&rsquo;exige que la force, les jeunes gens du lignage ou du village<br>sont affect\u00e9s. Dans tous les cas, des cordes de rotin ou de raphia se trouvent<br>attach\u00e9es \u00e0 ces entraves pour favoriser le d\u00e9placement des esclaves.<br>Un troisi\u00e8me type d&rsquo;appareil, le plus simple, parait \u00eatre le syst\u00e8me de<br>la perche que le capitaine d&rsquo;Ollone a observ\u00e9 chez les riverains du Cavally<br>et qu&rsquo;il d\u00e9crit en ces termes :<br>\u00ab\u00a0Il faut noter le proc\u00e9d\u00e9 original employ\u00e9 pour emp\u00eacher de s&rsquo;enfuir<br>quelqu&rsquo;un dont on veut momentan\u00e9ment s&rsquo;assurer la pr\u00e9sence :<br>comme il n&rsquo;y a aucune case fermant solidement, si on veut pas le<br>faire souffrir en le ligotant, on se contente de lui attacher dans le<br>dos, verticalement, une longue perche \u00e0 laquelle sont maintenues<br>li\u00e9es sa t\u00eate et une de ses mains. Il peut alors aller et venir<br>librement dans le village, mais il lui est impossible de se sauver, car<br>la perche s&rsquo;accrocherait dans le fourr\u00e9 et l&rsquo;arr\u00eaterait\u00a0\u00bb. (1901 : 83).<br>Ces diff\u00e9rents types d&rsquo;entraves serviraient \u00e0 neutraliser toutes les<br>personnes consid\u00e9r\u00e9es comme dangereuses (voleurs, \u00e9pouses infid\u00e8les,<br>malades mentaux) et sp\u00e9cialement les esclaves et les captifs.<\/p>\n\n\n\n<p>P 348<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"559\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-559x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-43\" srcset=\"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-559x1024.png 559w, https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-164x300.png 164w, https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-768x1408.png 768w, https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-838x1536.png 838w, https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-1117x2048.png 1117w, https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-147x270.png 147w, https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image.png 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 559px) 100vw, 559px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>P 350 Dans l&rsquo;Ouest forestier, l&rsquo;abattage des \u00e9l\u00e9phants, bien que production<br>coop\u00e9rative et complexe (car zeli ou zali \u00e9tait un pi\u00e8ge \u00e0 fosse), avait \u00e0<br>l&rsquo;origine des r\u00e9sultats limit\u00e9s, orient\u00e9s vers la consommation alimentaire<br>et ostentatoire, les dents servant au mariage, \u00e0 l&rsquo;instrumentation<br>musicale, \u00e0 la confection des si\u00e8ges et des parures. Au XVII\u00a0\u00bb si\u00e8cle, les<br>populations de langues kru et auikam qu&rsquo;\u00e9pouvantaient encore les armes<br>\u00e0 feu \u00e9changeaient les dents d&rsquo;\u00e9l\u00e9phants contre des bassins de cuivre, des<br>manilles, des barres de fer ou des tissus, cependant que les habitants de<br>Bassam et d&rsquo;Issini achetaient des fusils avec de la poudre d&rsquo;or,\u00a0\u00bb Ce fut au<br>XVIII\u00a0\u00bb si\u00e8cle, comme le r\u00e9cit du Chevalier des Marchais le laisse percevoir<br>(1730 : 204) apr\u00e8s ceux de J. Godot (1704) et de Loyer (1935 : 180) que les<br>choses chang\u00e8rent radicalement, que les fusils entr\u00e8rent en quantit\u00e9 dans<br>le commerce de la c\u00f4te occidentale et que, renfor\u00e7ant l&rsquo;efficacit\u00e9 technique<br>et le pouvoir social des chasseurs-guerriers, ils permirent d&rsquo;abattre par<br>cons\u00e9quent plus d&rsquo;\u00e9l\u00e9phants, de faire plus de captifs et d&rsquo;alimenter<\/p>\n\n\n\n<p>P 373 Le proc\u00e8s de vente<br>Le proc\u00e8s endog\u00e8ne: la vente excommunicatoire<br>Deux formes sont discernables. La premi\u00e8re qu&rsquo;on peut dire<br>pr\u00e9datoire, dans la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9, parait aberrante en ce qu&rsquo;elle n&rsquo;ob\u00e9it<br>pas \u00e0 l&rsquo;agr\u00e9ment des lignages et au \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb. Tel est le cas de l&rsquo;\u00e9poux<br>mis\u00e9rable qui vend sa femme \u00e0 l&rsquo;insu des parents ou bien le cas du fianc\u00e9<br>ind\u00e9licat qui vend sa fianc\u00e9e. La m\u00e9moire ab\u00ea nous rapporte des exemples<br>pour illustrer cette situation. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 Lovidj\u00ea, la fille d&rsquo;un certain<br>Nguessan, du patrilignage des Mbodj\u00ea, aurait \u00e9t\u00e9 vendue et aurait connu<br>l&rsquo;esclavage dans un village odjukru (Orgbaf ?), o\u00f9 elle a laiss\u00e9 une<br>descendance\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;un tel acte illicite soit un casus belli, l&rsquo;affaire de Yavo<br>cit\u00e9e \u00e0 Agwahin, le prouve. Un certain Yavo (d&rsquo;Agwahin ?) avait, lors d&rsquo;un<br>voyage \u00e0 Lapo, vendu sa fianc\u00e9e, probablement pour de l&rsquo;or. Les<br>repr\u00e9sailles du lignage donneur ne furent \u00e9vit\u00e9es, lorsque l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fut<br>connu, que parce que le r\u00e9gime colonial venait d&rsquo;imposer la pax gallica 83 \u2022<br>En raison de son caract\u00e8re marginal, nous n&rsquo;insisterons pas sur cette<br>vente pr\u00e9datoire (par rapport aux lignages des victimes), mais endog\u00e8ne<br>(par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9). Nous nous appesantirons sur la seconde forme,<br>dominante, le forme excommunicatoire.<br>\u00c9lucider cette forme, c&rsquo;est d&rsquo;abord circonscrire l&rsquo;espace o\u00f9 dominent les<br>excommunications, c&rsquo;est identifier les motivations qui d\u00e9terminent cellesci, c&rsquo;est enfin d\u00e9terminer les agents et les modalit\u00e9s de ces op\u00e9rations.<br>373<br>L&rsquo;espace o\u00f9 dominent les excommunications<br>Les excommunications pr\u00e9sentent une caract\u00e9ristique commune: leur<br>pratique est g\u00e9n\u00e9rale dans l&rsquo;ensemble des soci\u00e9t\u00e9s que nous \u00e9tudions.<br>Identifi\u00e9e d\u00e9j\u00e0 chez les Krumen'\u00a0\u00bb, les Dan 85 , les Dida\u00a0\u00bb; les Ega 87 , et les<br>W\u00ea88 , chez les Mbato et les Aky\u00e989 , les Abure\u00a0\u00bb; les Ahizi\u00a0\u00bb, les Avikam et les<br>Godie\u00a0\u00bb, reconnue chez les Bete septentrionaux et orientaux, cette<br>pratique se trouve attest\u00e9e chez les Bete m\u00e9ridionaux et chez les Kwadia<br>aussi bien que chez les Neyo, les Odjokru, les Ab\u00ea, les Kweni et les<br>Alladian.<br>Toutefois, \u00e0 la fin du XIX\u00a0\u00bb si\u00e8cle, cette pratique s&rsquo;av\u00e8re exclusive dans<br>le Centre-Ouest de la zone foresti\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la soci\u00e9t\u00e9 bete, du<br>groupe Gbalo au Nord au groupe Zikobwo du Sud (Gueyo).<br>Les motivations<br>Les motivations qui justifient et d\u00e9terminent les excommunications<br>endog\u00e8nes sont plus nombreuses et plus complexes que ne pouvait le penser<br>Charles Letourneau ; outre qu&rsquo;elles se rapportent \u00e0 tous les niveaux de la<br>structure sociale, leur d\u00e9couverte est une \u00e9tape indispensable \u00e0 la<br>compr\u00e9hension et l&rsquo;explication des formes du commerce d&rsquo;esclaves. Parmi<br>les trois \u00a0\u00bbfacteurs\u00a0\u00bb que cet auteur pr\u00e9sume \u00eatre des causes de l&rsquo;esclavage en<br>Afrique nubienne\u00a0\u00bb, les deux premiers (\u00ab\u00a0razzia\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb des chefs de<br>famille) ne sont que des moyens de production d&rsquo;esclaves, le troisi\u00e8me seul<br>(la \u00ab\u00a0p\u00e9nalit\u00e9 juridique\u00a0\u00bb) constitue l&rsquo;une des motivations.<br>On rencontre les motivations les plus courantes dans le domaine<br>social. La plupart pourrait se regrouper sous la notion de nullit\u00e9 sociale.<br>La conscience collective attribue en effet \u00e0 des personnes naturellement<br>atteintes d&rsquo;une d\u00e9ficience int\u00e9grale ou partielle une nullit\u00e9 dont elle<br>s&rsquo;autorise pour ordonner leur exclusion. Les Bete citent au moins cinq<br>cat\u00e9gories de d\u00e9ficiences de cette esp\u00e8ce : simplicit\u00e9 d&rsquo;esprit, \u00e9pilepsie,<br>surdi-mutit\u00e9, estropiement, laideur (Dunglas, 1930 : 8). \u00c0 la nullit\u00e9<br>s&rsquo;ajoute aussi le danger social des tares qui, selon la croyance populaire,<br>s&rsquo;av\u00e8rent non seulement mortelles mais encore transmissibles par<br>h\u00e9r\u00e9dit\u00e9; l&rsquo;\u00e9thylisme se trouve dans cette seconde esp\u00e8ce.<br>Le fondement id\u00e9ologique de ces deux motivations saute aux yeux. Si<br>les simples d&rsquo;esprit et les sourds-muets ont avec leur environnement<br>humain une communication d\u00e9fectueuse, on sait que leur activit\u00e9<br>productive n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement nulle. \u00c0 cette activit\u00e9 peuvent<br>\u00e9galement participer les estropi\u00e9s, les personnes laides et, dans<br>l&rsquo;intermittence de leurs crises, les \u00e9pileptiques et les ivrognes; de m\u00eame<br>les sourds-muets, les \u00e9pileptiques et les personnes laides concourent avec<br>les vieillards \u00e0 la d\u00e9fense de la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la reproduction de la culture.<br>374<br>N&rsquo;est-ce pas cette part d&rsquo;efficacit\u00e9 sociale, donc de valeur, aux deux sens<br>du mot, qui justifie le projet de mise en vente et la possibilit\u00e9 d&rsquo;achat?<br>Dans le commerce, une non-valeur sociale stricto sensu ne peut entrer<br>comme valeur d&rsquo;\u00e9change: il y a l\u00e0, en effet, une contradictio in termis.<br>Esp\u00e8ces particuli\u00e8res de dangers sociaux, d&rsquo;autres formes d&rsquo;anomie,<br>qui rel\u00e8vent de la pathologie sociale dans le sens o\u00f9 E. Durkheim<br>analysait la notion, entra\u00eenent les m\u00eames cons\u00e9quences. Tels sont les<br>refus de mariage et les multiples divorces. Outre les effets secondaires,<br>non moins consid\u00e9rables, dont ils s&rsquo;accompagnent (perturbation des<br>contrats conclus par les chefs de lignage, opprobre collectif, manque \u00e0<br>gagner pour offrir des \u00e9pouses aux jeunes gens), les refus de mariage<br>transgressent une institution cardinale de la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;instabilit\u00e9 dans le<br>mariage op\u00e8re la m\u00eame transgression avec des effets plus graves. Au<br>village de Bla (groupe Gbetibwo, Daloa, en pays bete\u00ef, la dame Waregnon<br>Owr\u00ea, du patrilignage Gnogbo-Zegbehia, \u00e9tait \u00e0 son septi\u00e8me mariage \u00e0<br>Lebatagora lorsque son p\u00e8re crut bon de s&rsquo;en d\u00e9barrasser en la vendant\u00a0\u00bb,<br>En fait, ces motivations sont difficilement dissociables de contraintes<br>d&rsquo;ordre \u00e9conomique dont la premi\u00e8re est la dette. La dette provient d&rsquo;une<br>part des emprunts, et d&rsquo;autre part des jeux de ca\u00fbris auxquels<br>s&rsquo;adonnaient les jeunes en particulier chez les Bete;: les Ab\u00ea ou les<br>Odjukru. L&rsquo;enjeu de cet exercice lucratif consistait- en la richesse<br>(monnaie, r\u00e9coltes, moyens de production) et, quand toutes ces richesses<br>avaient \u00e9t\u00e9 gag\u00e9es et perdues, la libert\u00e9 des joueurs en personne, sinon la<br>libert\u00e9 d&rsquo;un parent ou d&rsquo;une \u00e9pouse. G. Thomann, en 1903, t\u00e9moigne de<br>l&rsquo;abn\u00e9gation de personnes \u00e2g\u00e9es qui, au pays des Bete-Guideko, se<br>seraient offertes pour \u00eatre vendues \u00e0 la place de leurs enfants menac\u00e9s<br>d&rsquo;esclavage pour cause de dette\u00a0\u00bb,<br>Vient ensuite l&rsquo;indigence. Cet \u00e9tat permanent de d\u00e9ch\u00e9ance et<br>d&rsquo;incapacit\u00e9 est propre non pas \u00e0 l&rsquo;individu promis \u00e0 l&rsquo;esclavage mais \u00e0<br>son lignage d&rsquo;origine ou d&rsquo;alliance. Selon les informateurs bete (groupe<br>Zepreg\u00fche) et ab\u00ea (groupe Ab\u00eave), la pauvret\u00e9 pouvait d\u00e9terminer et a<br>d\u00e9termin\u00e9 des chefs de lignage \u00e0 vendre un cadet innocent afin d&rsquo;obtenir<br>une r\u00e9mission sociale provisoire\u00a0\u00bb, Ici, le droit du chef de lignage<br>qu&rsquo;invoque Letourneau s&rsquo;exerce, non pas comme un arbitraire, mais<br>comme un effet de l&rsquo;obligation sociale d&rsquo;assurer la survie d&rsquo;une<br>communaut\u00e9 solidaire, m\u00eame au prix d&rsquo;un d\u00e9membrement cruel et<br>infamant.<br>La troisi\u00e8me et principale contrainte \u00e9conomique reste donc<br>l&rsquo;insolvabilit\u00e9. Elle agit aussi bien dans le remboursement des dettes et<br>des compensations matrimoniales que dans le paiement des dommages<br>cons\u00e9cutifs \u00e0 la transgression des lois.<br>Consid\u00e9rons le remboursement des compensations matrimoniales. En<br>g\u00e9n\u00e9ral, les biens dotaux provenant du mariage des filles servent \u00e0<br>procurer des \u00e9pouses aux hommes du lignage. \u00c0 la fin du XIX\u00a0\u00bb si\u00e8cle, la<br>nature de ces biens est prestigieuse (monnaie, b\u00e9tail, armes, esclaves) et<br>375<br>leur montant relativement \u00e9lev\u00e9 comme le montrent les tableaux ll-A,<br>u-n, ll-C et ll-D.<br>Tableau li-A<br>Dots alladian, odjukru, neyo et ab\u00ea<br>Soci\u00e9t\u00e9 Localit\u00e9 ou groupe Montant<br>(et sources d&rsquo;information)<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Alladian Emokwa (Jacqueville) Fille vierge: 192 manilles (M)<br>(Lamblin 1902: 394) Fille d\u00e9flor\u00e9e: 180 M, soit 50 F<\/li><li>\u00fcdjukru Fille en premier mariage: 600-800 M<br>(Aubin 1902: 118) (120-160 F)<br>Mariage de d\u00e9fi: 1200 M (240 F)<br>(femme mari\u00e9e)<br>(P. Escard 1910: 118) Tukpa Nguessan Kukra a \u00e9pous\u00e9 Y\u00e9i pour 4000<br>M et Eliane pour 16000 M + 150 F d&rsquo;or<\/li><li>Neyo: Fille: 800 M, 1 fusil, 1 baril de poudre,<br>(G. Thomann, 1902: 497&prime;\u00a0\u00bb Lipoyo\u00a0\u00bb pagnes!illJL 10 pi\u00e8ces d&rsquo;\u00e9toffe, 1 esclave<br>et 1965 : 168) Veuve ou divorc\u00e9e: 1 200 M \u00e0 400 M<\/li><li>Ab\u00ea : Mori\u00earu Tchoffo 35 gr. or (fJ1ikJzi)<br>Kwassi Baba d&rsquo;Aradj\u00ea 52 gr. or (lil.)<br>Patri1 ignage Brubru, 26.9.75<br>Tableau lI-B<br>Composition et volume des dots bete<br>1.Daloa 3.Issia<br>\u2022 Gabwa, pays Baleg\u00fche\u00a0\u00bb \u2022 Issia, pays Bog\u00fche'\u00a0\u00bb<br>40 1 fusil, 1 mouton 1 OOO~, cabris, pagnes<br>\u2022 Gbobwo-Zabwo\u00a0\u00bb? \u2022 Korekiprea, Bog\u00fche'\u00a0\u00bb<br>100 5 pagnes, 1 b\u0153uf 1 b\u0153uf ou 2 000 ~,<br>10 moutons, 1 sachet de sel pagnes, 10 moutons<\/li><li>Gagnoa 4. Subre<br>\u2022 Gbekeyo, dikI1\u00ea. Guia'\u00a0\u00bb \u2022 Upoyo, dikI1\u00ea. Kagnananko&rsquo;?<br>20 machettes, 1 fusil, 2 pagnes 100 manilles, 1 fusil, 3 pagnes, 1 cabri<br>2 cabris ou 100 manilles, 1 fusil,<br>1 pagne, 1 cabri \u2022 Kakozoa, pays Gbalewa'\u00a0\u00bb<br>10 cabris, 1 fusil, 2 pagnes, 5 bracelets de cuivre<br>\u2022 Dakoyo (auj. Seriyo), pays Gbalebwo'\u00a0\u00bb pour la belle-m\u00e8re, 5~, 2 machettes,<br>1 b\u0153uf, 2 moutons, sel sel v\u00e9g\u00e9tal, 1 rouleau de tabac (~<br>ou 100 manilles,<br>2 moutons, sel \u2022 Grand-Zatry, dikI1\u00ea. Zatoa, pays Gbobwo'\u00a0\u00bb<br>ou 1 dent, sel 1 dent d&rsquo;\u00e9l\u00e9phant, 7 cabris, sel v\u00e9g\u00e9tal, bracelet<br>ou 2 fusils, sel en cuivre, 20 cauris, 5-10 lflUiH.<br>\u2022 Obruyo, pays Zikobwo'\u00a0\u00bb<br>1 b\u0153uf, 20 machettes, 20 manilles, 2 fusils<br>1 pagne, sel<br>376<br>Tableau ll-C<br>Composition et volume des dots huieni'\u00a0\u00bb<br>1.Sud (Sinfra) 2. Centre (Bwafle) 3. Nord (Zuenula)<br>\\0 pagnes (200 F), \\00 paquets 400 paquets de (400 F), \\ 200 \u00e0 600 paquets de<br>de (\\ 00 F), 4 ch\u00e8vres ou b\u0153uf (75 F), \\ fusil (25 F), \\<br>moutons (100 F) baril de poudre (75 F), 5 ou 8<br>moulons (50 \u00e0 80 F)<br>Tableau ll-D<br>Composition et volume des dots gban<br>1.Tchegba'\u00a0\u00bb<br>Pour un premier mariage :<br>\\'\u00a0\u00bb phase: au p\u00e8re de la m\u00e8re, \\0<br>7 pagnes, \\ cabri<br>2- phase: aux oncles maternels, \\0<br>5 pagnes, \\ cabri<\/li><li>Sakada'\u00a0\u00bb<br>\\1 fiancailles chez les maternels<br>\\0 l!!:JJ1sJl., 7 pagnes, \\ cabri<br>21mariage (logbanl\u00eb)<br>7 pagnes, \\ cabri<br>\u00c0 chaque divorce, deux sortes de personnes peuvent assurer le<br>remboursement de la dot au mari: ou bien, de facto, c&rsquo;est l&rsquo;amant, s&rsquo;il<br>consent \u00e0 \u00e9pouser la divorc\u00e9e et dans ce cas, le chef de lignage est quitte<br>envers l&rsquo;\u00e9poux, ou bien, de jure, c&rsquo;est le chef de lignage, en cas d&rsquo;absence<br>ou de d\u00e9faillance de l&rsquo;amant. Or, pour les lignages, les remboursements de<br>dot ne sont pas seulement des manques \u00e0 gagner, \u00e9conomiquement et<br>d\u00e9mographiquement parlant, ils constituent aussi, par leur caract\u00e8re<br>impr\u00e9vu, des facteurs d&rsquo;appauvrissement insupportables. Pensez que les<br>huit divorces de la dame Bodu Bog\u00fche (Issia) en pays bete entra\u00eenent un<br>co\u00fbt global de 8 b\u0153ufs ou 16.000 wrugu, 80 pagnes et 80 moutons! Que<br>faire dans un tel cas ? La vente de cette femme instable met fin \u00e0<br>l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et procure au chef de lignage les ressources pour rembourser<br>la derni\u00e8re dot, le cas \u00e9ch\u00e9ant.<br>En derni\u00e8re analyse, c&rsquo;est l&rsquo;insolvabilit\u00e9 qui d\u00e9termine la plupart des<br>faits group\u00e9s sous la notion impropre d&rsquo;esclavage p\u00e9nal. Pour \u00e9lucider<br>cette incapacit\u00e9, il faut analyser les transgressions de lois, les p\u00e9nalit\u00e9s<br>dont celles-ci sont assorties et les modalit\u00e9s d&rsquo;acquittement de ces<br>p\u00e9nalit\u00e9s.<br>La loi s&rsquo;entend ici dans l&rsquo;acception anthropologique que B. Malinowski<br>a \u00e9labor\u00e9e quand il \u00e9tudiait Le crime et la coutume dans les soci\u00e9t\u00e9s<br>primitiues'\u00a0\u00bb, En fonction de ce concept, les transgressions se diff\u00e9rencient<br>d&rsquo;abord par la diversit\u00e9 de leurs objets th\u00e9oriques qui ne manquent pas<br>377<br>d&rsquo;interaction, ne serait-ce que parce que tous pr\u00e9sentent un caract\u00e8re<br>moral : objet social (adult\u00e8re, viol), objet \u00e9conomique (vol, fain\u00e9antise,<br>endettement aujeu de cauris), objet politique (d\u00e9sertion en cas de guerre,<br>trahison politique, etc.), objet religieux (inceste, profanation des lieux<br>sacr\u00e9s, fornication dans la nature). Ensuite elles se diff\u00e9rencient, pour<br>chaque objet, par la hi\u00e9rarchie des peines pratiqu\u00e9es d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0<br>l&rsquo;autre. Si par exemple, dans les soci\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;Ouest forestier, l&rsquo;adult\u00e8re et<br>le d\u00e9tournement d&rsquo;une femme pr\u00e9sentent la m\u00eame gravit\u00e9 socio-politique,<br>cette gravit\u00e9 n&rsquo;appara\u00eet chez les Ab\u00ea, les Alladian et les Odjukru que dans<br>certains cas, en fonction du statut des \u00e9poux, par exemple lorsque la<br>femme est l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;un chef ou d&rsquo;un notable. Les Bete distinguent quatre<br>\u00e9chelles de gravit\u00e9 croissante du m\u00eame d\u00e9lit, suivant le lien \u00e0 la parent\u00e9:<br>adult\u00e8re interne au patrilignage, adult\u00e8re avec une femme d&rsquo;un autre<br>lignage au sein du m\u00eame village, adult\u00e8re avec une femme d&rsquo;un autre<br>village du m\u00eame dikp\u00ea, adult\u00e8re avec une femme d&rsquo;un dikp\u00ea \u00e9tranger.<br>Pour les Ab\u00ea, de m\u00eame, l&rsquo;adult\u00e8re avec une fille fianc\u00e9e appara\u00eet moins<br>grave que l&rsquo;adult\u00e8re avec une femme mari\u00e9e, celui-ci moins grave que<br>l&rsquo;adult\u00e8re avec une veuve encore incluse dans l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;un \u00e9poux d\u00e9funt<br>et non tomb\u00e9e en d\u00e9sh\u00e9rence.<br>Toutefois, sous ces diff\u00e9rences se manifestent quelques caract\u00e9ristiques<br>communes. D&rsquo;abord, dans toutes soci\u00e9t\u00e9s, les transgressions les plus<br>intol\u00e9rables paraissent les m\u00eames: vol et adult\u00e8re, inceste et sorcellerie,<br>homicide, trahison et d\u00e9sertion politiques. Partout, le vol de vivres et des<br>v\u00eatements, biens de consommation personnelle et ordinaire, faciles \u00e0<br>produire, para\u00eet moins grave que le vol de b\u00e9tail, de moyens d&rsquo;\u00e9change et<br>d&rsquo;instruments de production, biens rares et prestigieux d&rsquo;acc\u00e8s plus<br>difficile.<br>Ensuite, ces transgressions se trouvent assujetties \u00e0 des p\u00e9nalit\u00e9s<br>composites. Il faut en effet faire justice de l&rsquo;ethnographie juridique des<br>administrateurs coloniaux du d\u00e9but du XX\u00a0\u00bb si\u00e8cle selon laquelle la peine,<br>dans les soci\u00e9t\u00e9s lignag\u00e8res, est toujours p\u00e9cuniaire, visant seulement \u00e0<br>d\u00e9dommager, jamais infamante ni afflictive impliquant d\u00e9ch\u00e9ance de<br>droits et atteintes corporelles'\u00a0\u00bb. Au contraire la r\u00e9pression est li\u00e9e \u00e0 la<br>conception globale de la personne : elle associe ch\u00e2timent et r\u00e9paration,<br>m\u00eame si cette derni\u00e8re domine comme il appara\u00eet dans le tableau suivant.<br>M\u00eame si l&rsquo;on exclut les supplices probatoires qu&rsquo;\u00e9taient ces ordalies<br>destin\u00e9es \u00e0 produire les preuves de culpabilit\u00e9 ou d&rsquo;innocence (poisons,<br>s\u00e8ve de plantes vers\u00e9e dans les yeux ou sur la nuque, eau et huile<br>bouillantes, usage du feu, etc.), les peines proprement dites comportent,<br>outre les d\u00e9dommagements, des humiliations publiques et des violences<br>physiques. Partout, semble-t-il, les punitions corporelles se pr\u00e9sentent<br>souvent comme les peines initiales ou primaires. Chez les Kweni, le<br>premier vol dans le lignage s&rsquo;accompagne de la restitution de l&rsquo;objet vol\u00e9<br>ou de son remboursement, de punition corporelle et d&rsquo;humiliation<br>publique ; dans le premier adult\u00e8re interne au village, la femme peut<br>subir des coups et br\u00fblures (Bwafle), voire l&rsquo;entrave (Z\u00e2ndj\u00ea)!\u00a0\u00bb. Chez les<br>378<br>Tableau 12<br>Tableau compar\u00e9 des transgressions et peines<br>(partiellement inspir\u00e9 de L. Tauxier, fin XIX.\u00a0\u00bb si\u00e8cle-d\u00e9but XX\u00a0\u00bb)<br>Soci\u00e9t\u00e9<br>IZ A. AM IZ B. Bele<br>Infraction<br>Homicide Accidentel: 1 vache, 1 mouton Chez les Gbalebwo (Seriyo, Chez les Yok\u00fca(Subre) : ZO<br>1 poulet, exil pour 3 ans Gagnoa) : exil du coupable cabris, ZO fusils, ZO barils de<br>jusqu&rsquo;\u00e0 paiement du : poudre, que les lignages<br>1 b\u0153uf, Z femmes maternel et paternel du d\u00e9funt se<br>partagent (Lessiri 1)<br>Sorcellerie 1m fois: charge des d\u00e9penses JO) 5 pagnes, 30 wrogu, 10<br>fun\u00e9raires, 3 ou 4 b\u0153ufs, si la moutons (groupe Djekg\u00fbhe,<br>victimeest vievi en cas Subre) ; 13 cabris ou une fille<br>d&rsquo;insolvabilit\u00e9, 2lJg de dette; (groupe Wroa, Subre) ; ZO \u00e0 40<br>Z'\u00a0\u00bb fois: IZ7 gr. d&rsquo;or et moutons ou 1 fille (Pitigoa 1,<br>banissment ou vente (Mori\u00ea, Lazoa, Subre)<br>Mori\u00earu) ZO) en cas d&rsquo;insolvabilit\u00e9, vente<br>Adult\u00e8re lm fois: Chez les les Yak\u00fcye (Subre) : 1m Chez les Bog\u00fbhe (Issia)<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Les modalit\u00e9s d&rsquo;excommunication<br>Les excommunications se d\u00e9roulent en trois phases : la d\u00e9cision, la<br>transaction commerciale, la livraison.<br>La d\u00e9cision<br>La d\u00e9cision porte sur deux objets li\u00e9s: l&rsquo;un, politique, l&rsquo;expulsion ou la<br>s\u00e9paration; l&rsquo;autre, commercial, la vente. Il faut exclure ou s\u00e9parer une<br>personne de sa communaut\u00e9 lignag\u00e8re avant de la vendre ; la vente<br>suppose cette exclusion. La d\u00e9cision appartient \u00e0 trois principales<br>instances : d\u00e9cideurs individuels qui op\u00e8rent sur les innocents<br>g\u00e9n\u00e9ralement, lignages et villages qui tranchent dans le cas des<br>d\u00e9linquants.<br>Cas des innocents<br>Quand les d\u00e9cideurs sont \u00e9trangers aux lignages de leurs victimes<br>innocentes comme le sont par exemple les \u00e9poux et les fianc\u00e9s indignes,<br>la relation d&rsquo;alliance gr\u00e2ce \u00e0 laquelle la partenaire leur est consentie leur<br>tient lieu de mode d&rsquo;extraction; sans se formaliser sur la proc\u00e9dure<br>institutionnelle d&rsquo;excommunication, ils d\u00e9cident seuls de la vente, il ne<br>leur faut pour cela qu&rsquo;audace et impudence.<br>Dans les autres excommunications d&rsquo;innocents cependant, celles des<br>enfants par leurs p\u00e8res ou des g\u00e9niteurs par leurs fils, les d\u00e9cideurs<br>privil\u00e9gi\u00e9s \u00e0 qui revient l&rsquo;initiative doivent se concerter avec les autres<br>membres de leurs lignages, ce qui nous am\u00e8ne au cas suivant.<br>383<br>Cas des d\u00e9linquants<br>Le lignage d&rsquo;origine appara\u00eet, dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s, comme<br>l&rsquo;instance premi\u00e8re de l&rsquo;excommunication endog\u00e8ne129. La d\u00e9cision y<br>appartient au conseil des adultes m\u00e2les (patrilignage), des adultes m\u00e2les<br>et des vieilles femmes (matrilignage), conseil dont le chef de lignage<br>prend l&rsquo;initiative, qu&rsquo;il pr\u00e9side avec voix pr\u00e9pond\u00e9rante et dont il ex\u00e9cute<br>les arr\u00eats.<br>Extraordinaire, ce conseil est secret. Au village, il si\u00e8ge tard la nuit, \u00e0<br>l&rsquo;heure o\u00f9 dorment les femmes, les jeunes et en particulier le d\u00e9linquant<br>et sa m\u00e8re (Ab\u00ea, Odjukru) ; en brousse, il si\u00e8ge le soir ou \u00e0 l&rsquo;aube autour<br>par exemple du palmier qui donne le vin (Bete, Gban). Le consensus<br>requis porte sur deux points essentiels: la cession du d\u00e9linquant au<br>lignage offens\u00e9 ou la mise en vente directe. La conclusion reste secr\u00e8te<br>jusqu&rsquo;\u00e0 son ex\u00e9cution.<br>Les lignages offens\u00e9s se concertent, \u00e0 leur tour, selon les m\u00eames<br>principes et suivant la m\u00eame proc\u00e9dure. Trois solutions leur sont.<br>ouvertes: la prise en otage du d\u00e9linquant en attendant l&rsquo;extinction totale<br>de l&rsquo;amende, en cas de vol par exemple; ou bien le sacrifice du coupable<br>avec la victime en cas de meurtre'\u00a0\u00bb ; ou encore la mise en vente.<br>La deuxi\u00e8me instance, le village, ou plut\u00f4t le pouvoir qui le repr\u00e9sente,<br>joue un triple r\u00f4le en relation avec la nature des infractions et de<br>l&rsquo;organisation sociale.<br>Ce r\u00f4le peut \u00eatre celui d&rsquo;un garant. Chez certains peuples bete, tels les<br>Kibuio'\u00a0\u00bb, les autorit\u00e9s politiques villageoises se portent caution de toute<br>d\u00e9cision radicale que le lignage a prise et que le chef de lignage se fait un<br>devoir de leur notifier. Partout o\u00f9 s&rsquo;accomplit le m\u00eame devoir de discr\u00e8te<br>information envers les autorit\u00e9s officielles, on retrouve la m\u00eame caution<br>politique.<br>Ce r\u00f4le peut \u00eatre aussi un r\u00f4le d&rsquo;arbitre, qui lui-m\u00eame implique cette<br>caution. Il en est ainsi en g\u00e9n\u00e9ral lorsque les autorit\u00e9s villageoises<br>arbitrent les litiges entre lignages, soit que le lignage meurtri porte<br>plainte et fasse de l&rsquo;arbitre le porteur de ses exigences, soit que les<br>lignages paternel et maternel du d\u00e9linquant leur demandent d&rsquo;interc\u00e9der<br>comme cela \u00e9tait courant chez les Kweni et les Gban132 \u2022 Il en est ainsi en<br>particulier lorsque ces autorit\u00e9s contr\u00f4lent la cession des d\u00e9linquants et<br>leur prise de possession par les lignages meurtris.<br>Ce r\u00f4le peut \u00eatre un r\u00f4le de juge quand, \u00e0 l&rsquo;occasion de certaines<br>infractions, des lignages livrent les malfaiteurs non pas \u00e0 d&rsquo;autres<br>lignages, mais aux quartiers ou aux villages dont le pouvoir de d\u00e9cision est<br>autonome, supr\u00eame et sans appel. Alors que de tels transferts, dans les<br>soci\u00e9t\u00e9s lignag\u00e8res de l&rsquo;Est (Ab\u00ea, Odjuhru), aboutissent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0<br>des mises \u00e0 mort, ils donnent lieu, dans les soci\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;Ouest, \u00e0 des mises<br>en esclavage. Pour Maurice Duwre de Koredidia (Issia), la d\u00e9cision de<br>384<br>vendre un criminel, dans maint groupe bete, en particulier le dikv\u00ea<br>Dwabwa, est un droit de la communaut\u00e9 villageoise, m\u00eame si la<br>proposition doit toujours provenir du chef de lignage. Au conseil secret des<br>chefs de lignage appartient l&rsquo;exercice de ce droit. Le fait est que, \u00e0 Urepa,<br>dikp\u00ea Niabr\u00e9 (Gagnoa), selon le t\u00e9moignage de Gonwu Blegnon du lignage<br>Godekpa, la d\u00e9cision de vendre Blegnon Betewuri fut prise, non pas par<br>son oncle paternel Dudu L\u00eabolu, mais par le quartier \u00e0 qui celui-ci l&rsquo;avait<br>livr\u00e9. Ainsi, poursuivi par la col\u00e8re de son oncle, pour avoir arrach\u00e9 de force<br>\u00e0 son cousin Gn\u00eaz\u00eare Guita un singe noir qu&rsquo;il avait bless\u00e9 \u00e0 mort mais que<br>ce cousin avait ramass\u00e9 le lendemain et refusait de lui rendre, Betewuri<br>fut-il appr\u00e9hend\u00e9 et vendu en pays Guebi\u00e9 au Sud133\u2022<br>La transaction commerciale<br>Dans la d\u00e9cision secr\u00e8te de vente appara\u00eet d\u00e9j\u00e0, unilat\u00e9rale, la<br>premi\u00e8re op\u00e9ration du commerce clandestin. La transaction o\u00f9 les<br>partenaires d&rsquo;\u00e9change n\u00e9gocient en termes d&rsquo;\u00e9quivalence le transfert de<br>la marchandise et o\u00f9 le vendeur per\u00e7oit la contrepartie mon\u00e9taire de cette<br>offre, voil\u00e0 la deuxi\u00e8me op\u00e9ration. Elle s&rsquo;effectue selon au moins deux<br>modalit\u00e9s principales, en rapport avec le lieu et le moment de la<br>n\u00e9gociation.<br>Premi\u00e8re modalit\u00e9 : la n\u00e9gociation se d\u00e9roule dans la localit\u00e9 de<br>l&rsquo;acheteur. Trois possibilit\u00e9s illustrent cette modalit\u00e9.<br>Premi\u00e8re possibilit\u00e9 : le chef de lignage, promoteur de l&rsquo;\u00e9change, du<br>village A, poss\u00e8de un ami dans une localit\u00e9 B ; \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un<br>\u00e9v\u00e9nement quelconque, fun\u00e9railles par exemple, ou dans l&rsquo;intention<br>pr\u00e9cise de proposer un \u00e9change, il se d\u00e9place lui-m\u00eame, ou bien il mande<br>un de ses agents, son cadet, son fils, ou son neveu, et pr\u00e9sente l&rsquo;offre.<br>L&rsquo;accord se fait, si accord il y a, sur le prix, la date de livraison,<br>\u00e9ventuellement sur le sexe et la qualit\u00e9 de l&rsquo;esclave. Si l&rsquo;h\u00f4te dispose de<br>marchandises, le voyageur peut recevoir d\u00e8s ce moment la contrepartie de<br>son offre virtuelle.<br>C&rsquo;est ainsi que To-Bidi de Gragbeu (aujourd&rsquo;hui Madia, groupe Zabwo,<br>pr\u00e8s d&rsquo;Issia) proposa \u00e0 son ami Golo Bhagodu Ugehi de Yabayo (Subre)<br>deux d\u00e9linquants de son lignage : Bagnon Poku et Wroba Tebli. \u00c0 cette<br>offre diff\u00e9r\u00e9e, la r\u00e9ponse se d\u00e9veloppe en trois temps: sur le coup, accord<br>de principe de Bagudu ; une fois pourvu de marchandises, Bagudu avisa<br>To-Bidi de la date d&rsquo;arriv\u00e9e de son convoi; enfin, la date venue, le convoi,<br>conduit par le facteur de Bagudu, vint prendre possession des esclaves.<br>Deuxi\u00e8me possibilit\u00e9 : le chef de lignage n&rsquo;a pas d&rsquo;ami personnel<br>d&rsquo;\u00e9change et s&rsquo;adresse au courtier du village qui, lui, dispose d&rsquo;amiti\u00e9s. Il<br>sera alors avis\u00e9, le moment venu, primo de l&rsquo;accord conclu entre ce<br>courtier et tel ou tel de ses amis, secundo, de la date d&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un convoi,<br>tertio de l&rsquo;arriv\u00e9e effective du convoi.<br>385<br>Troisi\u00e8me possibilit\u00e9: il n&rsquo;y a aucun courtier dans le village du lignage<br>excommunicateur ; le chef de lignage s&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;un des courtiers de la<br>r\u00e9gion; les d\u00e9marches se d\u00e9roulent comme ci-devant.<br>Dans la mesure o\u00f9 tous les chefs de lignages ne pratiquent pas le<br>commerce, en particulier le commerce des esclaves, la plupart des<br>\u00e9changes s&rsquo;effectuent suivant les deux derniers modes.<br>Seconde modalit\u00e9: la n\u00e9gociation a lieu dans la localit\u00e9 du vendeur. Ici,<br>de m\u00eame, plusieurs possibilit\u00e9s se pr\u00e9sentent.<br>Premi\u00e8re possibilit\u00e9: c&rsquo;est le courtier du village B ou son agent qui se<br>d\u00e9place au village A de ses amis, charg\u00e9 des marchandises de traite et les<br>laisse en d\u00e9p\u00f4t, apr\u00e8s accord sur les \u00e9quivalences entre esclave et moyen<br>d&rsquo;\u00e9change. Telle fut la d\u00e9marche de beaucoup d&rsquo;Alladian en pays odjukru,<br>de beaucoup de Neyo en pays kwadia et des Kwadia en pays bete. Il faut<br>se rappeler le voyage c\u00e9l\u00e8bre du courtier alladian Nimba de Bodo-Ladja<br>au village odjukru de Dibrm en 1867.<br>E. Dunglas cite un chef de Dignago, du dikp\u00ea Lassom (Gagnoa) qui<br>parcourait ainsi les territoires du Yokolo et du Dri pour se procurer des<br>esclaves qu&rsquo;il revendait au Niabr\u00e9 ou aux groupes de la r\u00e9gion de Subr\u00e9<br>(1939 : 7). Pour ses besoins, l&rsquo;h\u00f4te du village A dispose des marchandises<br>\u00e0 cr\u00e9dit sans avoir sur le champ de personne \u00e0 fournir en \u00e9change.<br>Seconde possibilit\u00e9: d&rsquo;autres vendeurs potentiels de la localit\u00e9 ou du<br>groupe territorial peuvent \u00e9galement prendre ces marchandises \u00e0 cr\u00e9dit<br>en attendant d&rsquo;avoir une victime \u00e0 livrer en \u00e9change. Dans l&rsquo;exemple de<br>Dibrm que rapporte Fleuriot de Langle en 1868, nous avons vu ces<br>op\u00e9rations de cr\u00e9dit, m\u00eame si, en l&rsquo;occurrence, il s&rsquo;est agi express\u00e9ment de<br>commerce d&rsquo;huile de palme et non de commerce d&rsquo;esclaves. Mais<br>l&rsquo;informateur bete Dodo Zahuru de Kor\u00e9kipra, pays Bogiih\u00e9 (Issia),<br>raconte comment son p\u00e8re a re\u00e7u, d&rsquo;un acheteur du Yokolo, 5 fusils et 1<br>baril de poudre pour un esclave qu&rsquo;il devait livrer plus tard'\u00a0\u00bb.<br>Ces op\u00e9rations d&rsquo;\u00e9change diff\u00e9r\u00e9 peuvent se compliquer par la mise en<br>garantie d&rsquo;une personne laiss\u00e9e au cr\u00e9ancier et acheteur. Telle est<br>l&rsquo;op\u00e9ration dans laquelle s&rsquo;est trouv\u00e9 impliqu\u00e9 l&rsquo;anc\u00eatre des Kuduyo de<br>Sassandra135.<br>La livraison<br>Dans cette troisi\u00e8me phase, il y a deux op\u00e9rations: le dessaisissement<br>et la prise de possession.<br>Selon le lieu de son d\u00e9roulement, on distingue deux sortes de<br>dessaisissement : l&rsquo;une, interne \u00e0 l&rsquo;espace villageois ; l&rsquo;autre, externe,<br>encore qu&rsquo;elle ait lieu sur le terroir du village. Dans le village, le<br>dessaisissement peut d&rsquo;abord prendre la forme d&rsquo;une op\u00e9ration formelle<br>et secr\u00e8te, ou bien mat\u00e9rielle et publique. Bl\u00e9gnon Betewuri de Urepa, ci386<br>devant cit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 de cette mani\u00e8re, purement verbale, aux autorit\u00e9s<br>du quartier, dans la clandestinit\u00e9. Mais g\u00e9n\u00e9ralement, de lignage \u00e0<br>lignage, le dessaisissement est mat\u00e9riel, et s&rsquo;effectue sur le mode violent<br>et public. Que ce soit chez les Gban et les Kweni, ou que ce soit chez les<br>Bete et les Ab\u00ea, le d\u00e9linquant, meurtrier ou voleur imp\u00e9nitent, est amen\u00e9<br>ligot\u00e9 et, au vu des autorit\u00e9s officielles, livr\u00e9 au lignage offens\u00e9 qui le met<br>vite aux entraves.<br>Le dessaisissement externe tient de l&rsquo;une et l&rsquo;autre formes : \u00e0 la<br>premi\u00e8re, il emprunte ses voies d\u00e9tourn\u00e9es; \u00e0 la seconde, sa violence. La<br>principale voie, la plus commune aussi, du dessaisissement, est le guetapens. Charg\u00e9 d&rsquo;accompagner un h\u00f4te de marque sur le chemin de retour<br>ou messager en exercice sur le sentier de la chasse ou du palmier, voici<br>que le d\u00e9linquant, aux traits signal\u00e9tiques pr\u00e9alablement d\u00e9j\u00e0<br>communiqu\u00e9s, se voit pris d&rsquo;assaut et, par la force, ma\u00eetris\u00e9. Tel est le<br>sch\u00e9ma de guet-apens que d\u00e9crit J. Zunon Gnogbo dans une \u00e9tude sur le<br>Pouvoir politique traditionnel en pays b\u00e9t\u00e9 (Z\u00e9bl\u00e9).<br>\u00ab\u00a0Le papa (quartier et patrilignage) avait le droit de bannir tout<br>membre ind\u00e9sirable. Une fois que cette sanction \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e contre<br>un individu, le chef se chargeait de l&rsquo;appliquer, \u00e0 la faveur d&rsquo;une<br>visite d&rsquo;un \u00e9tranger d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e9loign\u00e9e. Ce dernier \u00e9tait inform\u00e9<br>de la strat\u00e9gie \u00e0 suivre. Le \u00ab\u00a0damn\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9tait choisi pour faire partie de<br>la d\u00e9l\u00e9gation des jeunes qui devaient accompagner l&rsquo;h\u00f4te au del\u00e0 du<br>village, conform\u00e9ment au plan arr\u00eat\u00e9. Au moment de la s\u00e9paration,<br>le nouveau ma\u00eetre feignait d&rsquo;avoir oubli\u00e9 son yoko (serviette de<br>toilette) au village. Le \u00ab\u00a0damn\u00e9\u00a0\u00bb qui ne se doutait de rien, \u00e9tait<br>d\u00e9sign\u00e9 pour aller le chercher, pendant que ses parents retournaient<br>chez eux. Son nouveau ma\u00eetre ne se faisait pas prier pour le<br>ma\u00eetriser \u00e0 son retour. Il lui bandait les yeux pendant le voyage<br>pour pr\u00e9venir sa fuite. Pour une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;homme \u00e9tait le bien le<br>plus pr\u00e9cieux, le bannissement apparaissait comme une mesure<br>extr\u00eamement p\u00e9nible. Cette \u00e9puration montre que le souci de l&rsquo;ordre<br>l&#8217;emportait sur toute consid\u00e9ration. Le pr\u00e9sident du tribunal est<br>charg\u00e9 d&rsquo;appliquer ses d\u00e9cisions, soit dit en passant\u00a0\u00bb!\u00a0\u00bb,<br>La deuxi\u00e8me voie est l&rsquo;abandon. Au terme d&rsquo;un voyage, l&rsquo;exclu qui a<br>accompagn\u00e9 le chef de son lignage ou ses parents est abandonn\u00e9; tant\u00f4t<br>il est somm\u00e9 de demeurer chez l&rsquo;h\u00f4te jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ce dernier lui<br>fournisse un don pour le lignage, don qu&rsquo;il ne recevra jamais; tant\u00f4t il se<br>r\u00e9veille, esseul\u00e9 parmi ses h\u00f4tes \u00e9trangers qui le mettent aux entraves,<br>alors que ses parents ont regagn\u00e9 le village natal.<br>Dans la troisi\u00e8me voie, la tra\u00eetrise des parents prend le caract\u00e8re d&rsquo;une<br>violence physique qui s&rsquo;allie directement avec la violence des acqu\u00e9reurs:<br>ces derniers trouvent une personne d\u00e9j\u00e0 ligot\u00e9e pendant qu&rsquo;elle dormait.<br>Pour les excommunicateurs autochtones, le r\u00e9sultat final de ce<br>processus s&rsquo;apparente \u00e0 une mort sociale comme en avait fait d\u00e9j\u00e0 la<br>387<br>remarque E. Dunglas (1939 : 9). De fait, mise \u00e0 mort concert\u00e9e, cette mort<br>sociale n\u00e9cessite une m\u00e9decine de purification ; rupture avec la<br>communaut\u00e9, elle appelle un rituel de lev\u00e9e de deuil. Le rituel menimeni<br>des Bete-Bogiih\u00e9 que nous a d\u00e9crit le chef Kore Ziki de Zobia, le 27 juillet<br>1975, en fournit l&rsquo;illustration. L&rsquo;officiant, un phytoth\u00e9rapeute, comme<br>Ikod\u00ea Kore, offrait sur les doigts une pr\u00e9paration de feuilles que lapait le<br>principal d\u00e9cideur qui avait vendu son parent; voil\u00e0 pour la purification.<br>Ensuite, il attachait au poignet droit et au cou du vendeur des fragments<br>d&rsquo;\u00e9corce de l&rsquo;arbre ; voil\u00e0 pour le traitement de prophylaxie. Enfin,<br>comme si l&rsquo;absent \u00e9tait un d\u00e9funt, partage \u00e9tait fait de tous ses biens:<br>champs, v\u00eatements, instruments de travail, \u00e9pouses et enfants, s&rsquo;il en<br>avait.<br>Le proc\u00e8s exog\u00e8ne: la vente pr\u00e9datoire<br>Dans les excommunications, la violence sociale s&rsquo;exerce, au moment<br>ultime, pour exclure et transformer des aborig\u00e8nes libres en esclaves; au<br>contraire, dans les processus exog\u00e8nes, la violence sociale organis\u00e9e<br>s&rsquo;exerce de fa\u00e7on ininterrompue, dans un premier temps pour produire<br>des captifs par arrachement d&rsquo;\u00e9trangers \u00e0 leurs villages ou soci\u00e9t\u00e9s<br>d&rsquo;origine, et, dans un second temps, pour produire des esclaves par la<br>vente de ces captifs \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9trangers.<br>On distingue deux modes de pr\u00e9dation. Le mode r\u00e9glement\u00e9 est<br>illustr\u00e9 par les guerres qui opposent des collectivit\u00e9s locales en conflit<br>arm\u00e9 et rapportent \u00e9ventuellement des captifs parmi leur butin; la<br>captivit\u00e9 ici est n\u00e9gociable et le captif rachetable sous ran\u00e7on. Le mode<br>non r\u00e9glement\u00e9 est repr\u00e9sent\u00e9 par les razzias ou les raids, op\u00e9rations<br>militaires unilat\u00e9rales qui sont destin\u00e9es \u00e0 procurer, entre autres butins,<br>des captifs pour qui nulle possibilit\u00e9 n&rsquo;existe ni de n\u00e9gociation ni de<br>r\u00e9demption.<br>Les motivations<br>Cas des captifs faits dans les guerres<br>La captivit\u00e9 proc\u00e8de de deux types de guerres dont on trouve sinon des<br>r\u00e9cits, du moins des \u00e9chos dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s: les guerres de position<br>d&rsquo;une part, et les guerres d&rsquo;exp\u00e9dition d&rsquo;autre part. Luttes arm\u00e9es qui<br>opposent les collectivit\u00e9s locales selon des modalit\u00e9s quasiinstitutionnelles'\u00a0\u00bb, les guerres mettent en jeu des effectifs humains plus<br>ou moins importants et entra\u00eenent des destructions de biens et des<br>personnes, parfois la captivit\u00e9 d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants.<br>388<br>Dans le premier type de guerre, les combattants des groupes<br>bellig\u00e9rants s&rsquo;affrontent, le moment venu, en des lieux convenus d&rsquo;un<br>commun accord: fronti\u00e8res des territoires villageois sur terre, sur eau ou<br>en savane. Sont rest\u00e9es c\u00e9l\u00e8bres sous ce rapport la savane de Tef pour les<br>conf\u00e9d\u00e9rations de Bobor et de Dibrm en pays odjukru138, la savane de Vlah\u00e9<br>pour les Niono et la savane de Timbe pour les Me en pays kuieni'\u00a0\u00bb,<br>Deviennent captifs, dans ce cas, les guerriers aux munitions \u00e9puis\u00e9es dans<br>le combat, qui se rendent et obtiennent quartier de la part des vainqueurs.<br>Dans le second type de guerre, les combattants conduisent une<br>exp\u00e9dition dans les agglom\u00e9rations de l&rsquo;ennemi pour relever un d\u00e9fi, telle<br>d\u00e9tournement d&rsquo;une femme, ou venger une attaque. Les traditions<br>r\u00e9sonnent de c\u00e9l\u00e8bres campagnes de ce genre: celle des Ma contre les Nia,<br>les Dwonu, les Yaswa orientaux et les Bawl\u00e9, celle des Bende contre les<br>Nagadwa chez les Kuieni'\u00a0\u00bb, celle des \u00c9bri\u00e9-Songon contre les Aklodju et<br>celle des Aklodju contre Dibrm en pays odjukrur\u00a0\u00bb, celle des Menedwe<br>contre les Gubolu-Soklulignoa chez les Bete-Niambr\u00e9'\u00a0\u00bb et, chez les BeteGbal\u00e9bwo, celle de Dakoyo contre Valua, de Niemgb\u00e9yro contre Gokr\u00e9yo,<br>de Zokrobr\u00e9 contre Mandj\u00e9yro, de Djisrayo contre Gbenk\u00e9yo, de Tagbayo<br>contre Niemgb\u00e9yro'\u00a0\u00bb, Quand de telles exp\u00e9ditions prennent la forme de<br>destructions radicales, les Bete y voient l&rsquo;\u00e9tat de guerre totale, gbeu-s\u00eato.<br>Dans ce cas, la destruction des cultures, du b\u00e9tail et des r\u00e9sistants<br>s&rsquo;accompagne de rafle de tr\u00e9sor et de capture d&rsquo;hommes, de femmes et<br>d&rsquo;enfants.<br>Il arrive que les deux types de guerre se trouvent compos\u00e9s dans la<br>m\u00eame campagne et produisent des effets cumul\u00e9s de captivit\u00e9; telle est<br>la guerre des Kweni-Nianangon contre les Gotron, d\u00e9crite par Cl.<br>Meillassoux. Vainqueurs dans la rencontre avec leurs ennemis, et ayant<br>captur\u00e9 les guerriers Gotron qui se sont rendus, les Nianangon<br>poursuivent les troupes d\u00e9band\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 leur village ; les r\u00e9sistants<br>sont massacr\u00e9s, les notables d\u00e9capit\u00e9s, le reste des hommes captur\u00e9, le<br>butin charg\u00e9 (1964 : 238).<br>Deux motivations essentielles peuvent entra\u00eener la transformation des<br>captifs en esclaves. La premi\u00e8re est l&rsquo;insolvabilit\u00e9 des vaincus li\u00e9e ellem\u00eame aux proc\u00e9dures coutumi\u00e8res de conciliation et de restauration de la<br>paix. Que l&rsquo;initiative de la paix vienne des vaincus (ceux-l\u00e0 qui ont subi<br>destructions et d\u00e9peuplement) ou qu&rsquo;elle vienne de m\u00e9diateurs neutres<br>(village de la m\u00eame f\u00e9d\u00e9ration ou d&rsquo;une f\u00e9d\u00e9ration \u00e9trang\u00e8re), la<br>proc\u00e9dure de paix doit en effet r\u00e9soudre deux grands probl\u00e8mes: celui de<br>la compensation \u00e0 donner pour les morts que chaque camp a inflig\u00e9es, et<br>celui de la ran\u00e7on n\u00e9cessaire au rachat des captifs.<br>Deux cas se pr\u00e9sentent dans la r\u00e9solution du premier probl\u00e8me. S&rsquo;il y<br>a mort dans les deux camps, mort d&rsquo;hommes et mort de femmes, le<br>probl\u00e8me se ram\u00e8ne \u00e0 une comptabilit\u00e9 des \u00e9quivalences num\u00e9riques et<br>parfois statutaires des personnes mortes, la compensation personnelle<br>revenant aux lignages qui ont subi les pertes: tel est par exemple le cas<br>chez les Ab\u00ea, chez les Bete et chez les Kweni.<br>389<br>Quand au second probl\u00e8me, sa r\u00e9solution d\u00e9pend du statut de chaque<br>esp\u00e8ce de captifs. Sauf exception (cas des Kweni-Bend\u00e8 qui les vendirent<br>apr\u00e8s avoir massacr\u00e9 les hommes et laiss\u00e9 p\u00e9rir de faim les enfants sur<br>les d\u00e9combres), les femmes sont g\u00e9n\u00e9ralement destin\u00e9es au mariage,<br>option avantageuse pour les deux parties. Chez les Bete-Yak\u00fcya de<br>Subre'\u00a0\u00bb, la proc\u00e9dure comporte deux actes. Le premier acte consiste en un<br>rite de lib\u00e9ration pr\u00e9alable. Le lignage de la femme offre un cabri, vieil<br>animal rituel de la for\u00eat, auquel est attach\u00e9e une double signification :<br>expression d&rsquo;une requ\u00eate de rachat, pour que la femme soit d&rsquo;abord d\u00e9li\u00e9e<br>de l&rsquo;\u00e9tat de captivit\u00e9 et restitu\u00e9e \u00e0 son statut de femme libre, le cabri est<br>en m\u00eame temps signe de l&rsquo;acceptation de l&rsquo;offre de mariage. L\u00e0 ou les Bete<br>offrent un cabri, les Kweni plus riches offrent un b\u0153uf.<br>Vient ensuite, deuxi\u00e8me acte, le rite des \u00e9pousailles: le c\u00e9libataire ou<br>grand guerrier qui s&rsquo;offre d&rsquo;\u00e9pouser la captive lib\u00e9r\u00e9e a latitude alors<br>d&rsquo;apporter la compensation matrimoniale. Chez les Bete-Yak\u00fcya, celle-ci<br>consiste en dix moutons, deux pagnes (l&rsquo;un pour les maternels, l&rsquo;autre<br>pour les paternels) et un fusil, si le pr\u00e9tendant est riche. Dans ce pays<br>bete, Bote Teh\u00fcele Basseri de Lessiri 1 rappelle un exemple pour illustrer<br>cette proc\u00e9dure. \u00c0 la suite d&rsquo;une exp\u00e9dition punitive yak\u00fcya (ou peuple du<br>Yokolo) contre la localit\u00e9 de Kameayo, coupable du meurtre d&rsquo;un homme<br>aveugle de Lessiri, deux captives furent int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la communaut\u00e9 : la<br>premi\u00e8re, Wassia, du village de Gnawreoa (aujourd&rsquo;hui Grand-Zatry) a<br>\u00e9pous\u00e9 Teh\u00fc\u00e9l\u00e9 Basseri; la seconde, Wabo\u00ef, a eu pour mari Tch\u00e9wr\u00e8 Zako.<br>S&rsquo;agit-il des enfants? Ici encore, sauf cruaut\u00e9 exceptionnelle (cas des<br>enfants Nagadwa condamn\u00e9s \u00e0 p\u00e9rir de faim sur les d\u00e9combres par les<br>Bend\u00e8 cit\u00e9s plus haut), et sauf le rachat absolument obligatoire des<br>orphelins, exigence sacr\u00e9e chez les Bete-Gbalebwo et les Bete-Bogilhe'\u00a0\u00bb; les<br>enfants sont r\u00e9partis entre les lignages et int\u00e9gr\u00e9s comme des ing\u00e9nus \u00e0 la<br>communaut\u00e9 villageoise. Dans un rapport du 30 ao\u00fbt 1908, le chef de poste<br>de B\u00e9r\u00e9by confirme chez les Krumen l&rsquo;existence de cette proc\u00e9dure'\u00a0\u00bb,<br>Le rachat des adultes m\u00e2les est soumis \u00e0 une ran\u00e7on dont la nature et<br>le montant restent \u00e0 la discr\u00e9tion du vainqueur, et fonction non<br>seulement des rapports des forces politiques, mais encore de l&rsquo;histoire<br>\u00e9conomique et sociale. Cette ran\u00e7on toujours prestigieuse comprend des<br>valeurs en nature (b\u00e9tail, ivoire, pagnes), des valeurs en esp\u00e8ces (manilles<br>du Sud, sombe au Nord, poudre d&rsquo;or \u00e0 l&rsquo;Est), des personnes.<br>Les Kweni-Bwavere exigent pour un captif des biens mat\u00e9riels : une<br>d\u00e9fense d&rsquo;\u00e9l\u00e9phant, un tr\u00e8s beau pagne, akafiani, et quarante somb\u00e9 ; ou<br>un bovin ou un fusil et un baril de poudre (L. Tauxier, 1924). Chez les<br>Bete-Yak\u00fcya, les personnes peuvent servir de moyen de rachat ; \u00e0<br>Koziayo, groupe Badakuya, cent manilles, un cabri, un pagne, selon Oli<br>Beto de Koziayo J147; \u00e0 Lessiri : un fusil, deux barils de poudre, un sabre<br>(gbr\u00eb) ou un esclave, aux dires de Bote Teh\u00fcele Basseri.<br>Ailleurs, \u00e0 la place d&rsquo;esclave, des personnes libres, souvent des filles,<br>jouent ce r\u00f4le de moyen de rachat. Tels sont ces hommes ou ces femmes390<br>ran\u00e7ons qu&rsquo;\u00e9voquent les traditions neyo dont s&rsquo;est fait l&rsquo;\u00e9cho G.<br>Thomann'\u00a0\u00bb, et les traditions alladian.<br>\u00ab\u00a0\u00c0 Grand-Jacques et Jacqueville, certifie Marc Aug\u00e9, quelques<br>branches remontent ainsi \u00e0 des femmes odjukru livr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;issue de<br>batailles heureuses pour les Alladjan ou en compensation d&rsquo;un des<br>leurs tu\u00e9s \u00e0 la suite d&rsquo;une mauvaise querelle.\u00a0\u00bb (1969: 143).<br>Qu&rsquo;arrive-t-il si, les captifs \u00e9tant nombreux, viennent \u00e0 manquer les<br>ressources n\u00e9cessaires aux rachats ? Ils pouvaient \u00eatre annex\u00e9s \u00e0 la<br>communaut\u00e9 villageoise. Avec les captifs faits dans deux guerres contre<br>les Bog\u00fche, le kanegnon Zobgo Kugo de Br\u00e9z\u00e9bwa aurait fond\u00e9 deux<br>villages: le village de Kugo-Lorukpa, \u00ab\u00a0les \u00c9trangers de Kugo\u00a0\u00bb, devenu<br>Bahuan, et le village de Sabwa, devenu, en souvenir de son p\u00e8re Zogbo<br>Kor\u00ea, Gbokora'\u00a0\u00bb, La m\u00e9diocrit\u00e9 d\u00e9mographique des villages, les exigences<br>de la solidarit\u00e9 et de l&rsquo;honneur, l&rsquo;attachement \u00e0 la personne humaine<br>comme bien dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s, tous ces facteurs ont pouss\u00e9 les<br>vaincus \u00e0 faire le maximum de sacrifices pour lib\u00e9rer leurs membres<br>captifs. Les captifs vendus dont les traditions recueillies rapportent les<br>cas l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement moins pour .cause d&rsquo;insolvabilit\u00e9 o\u00f9 se<br>trouveraient les vaincus que par esprit de vengeance ou de r\u00e9pression de<br>la part des vainqueurs.<br>Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;arracher une r\u00e9paration ou qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;infliger des<br>repr\u00e9sailles pour une offense politique quelconque, la vengeance peut<br>s&rsquo;effectuer sur le mode absolu comme volont\u00e9 d&rsquo;an\u00e9antir l&rsquo;ennemi selon le<br>projet d&rsquo;une guerre totale. En pays kweni, vraisemblablement au XIX\u00a0\u00bb<br>si\u00e8cle, le d\u00e9peuplement du groupe Nagadwa, r\u00e9duit de quatre \u00e0 un seul<br>village, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;effet d&rsquo;actions r\u00e9it\u00e9r\u00e9es et meurtri\u00e8res entreprises par les<br>Bende: destruction des maisons, sac du b\u00e9tail, massacre des hommes,<br>abandon des enfants d&rsquo;une part, captivit\u00e9 et mise en vente syst\u00e9matique<br>des femmes d&rsquo;autre part. (C. Meillassoux, 1964 : 239).<br>Mais, entre la r\u00e9demption n\u00e9goci\u00e9e des captifs et cette forme absolue<br>de vengeance, existe une forme relative de vengeance limit\u00e9e \u00e0 un<br>d\u00e9membrement plus ou moins important des villages ennemis. Chez le<br>peuple bete du Kpakolo (Gagnoa), quand les habitants de Gnagbabwo,<br>d&rsquo;abord vaincus, r\u00e9ussirent, avec l&rsquo;alliance militaire des Gbalebwo, \u00e0<br>triompher de leurs ennemis, ils vendirent imm\u00e9diatement les deux<br>captifs qu&rsquo;ils avaient faits'\u00a0\u00bb. De m\u00eame, lorsque le kanegnon Blikablo du<br>pays Gbalebwo, principal animateur de ladite alliance, tomba sous les<br>balles du groupe Zikozibwo, les Gbalebwo organis\u00e8rent une exp\u00e9dition<br>punitive sur les villages de ce dernier groupe. Deux captives ramen\u00e9es<br>par le patrilignage Brikayo furent vendues en toute h\u00e2te plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre<br>\u00e9pous\u00e9es 151.<br>Enfin, la guerre qui avait oppos\u00e9 Kwati et Butubr\u00e9 en pays kwadia et<br>\u00e0 laquelle G. Thomann a contrib\u00e9 \u00e0 mettre fin le 7 ao\u00fbt 1897152 , aboutit \u00e0<br>des cons\u00e9quences semblables. En effet, Ohiri, chef de Dogon\u00e9, groupe<br>Butubr\u00e9, ayant fait assassiner Baguir\u00e9 de Kwati dont il redoutait la<br>391<br>bravoure et les exploits militaires, les habitants de Kwati entr\u00e8rent en<br>guerre, sous le chef Mabo Tahiri ; il semble que trois personnes aient \u00e9t\u00e9<br>prises et vendues \u00e0 Sassandra. La riposte de Butubr\u00e9 s&rsquo;avera f\u00e9roce:<br>treize personnes de Kwati tu\u00e9es, dont une d\u00e9capit\u00e9e (le vieux Z\u00e9b\u00e9),<br>quatre captives vendues parmi lesquelles une tante de l&rsquo;informateur<br>Gnopru Lebre, ult\u00e9rieurement retrouv\u00e9e et rachet\u00e9e \u00e0 Luwhiri en aval du<br>fleuve Sassandra'\u00a0\u00bb.<br>Parfois ces actes de vengeance dissimulent des motivations<br>secondaires qui deviennent principales dans le cas des captifs faits dans<br>les razzias.<br>Cas des captifs razzi\u00e9s<br>Dans la zone de notre \u00e9tude, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 nous nous situons, les<br>razzias comme mode syst\u00e9matique de la pr\u00e9dation, pr\u00e9supposaient trois<br>conditions de fonctionnement. Une condition socio-\u00e9conomique : des<br>espaces o\u00f9 les \u00e9changes commerciaux sont possibles et rentables. Une<br>condition psychologique : l&rsquo;\u00e9mergence de grands guerriers anim\u00e9s<br>d&rsquo;ambition politique. Une condition politico-militaire : sous la direction de<br>ces chefs, des organisations de forces arm\u00e9es, assez habiles pour effectuer<br>des coups de main efficaces, mais trop faibles pour soumettre et<br>durablement contr\u00f4ler des villages ou des f\u00e9d\u00e9rations de villages plus ou<br>moins importants, c&rsquo;est-\u00e0-dire cr\u00e9er des h\u00e9g\u00e9monies r\u00e9elles.<br>En attendant la constitution d&rsquo;une histoire de ce mode de pr\u00e9dation,<br>les voyageurs \u00e9trangers du XIX\u00a0\u00bb si\u00e8cle ont rencontr\u00e9 quelques razzieurs<br>notoires sur le chemin de leurs explorations : un Lia du groupe Bakw\u00e9Bannia, un Bahulu du Zr\u00eabl\u00e9 au Sud du pays bete (Subr\u00e9), un Wanda du<br>Lobw\u00e9 au centre du m\u00eame pays bete (Issia), un Neyo, Gneba Beugre.<br>Cumulant exceptionnellement pouvoir \u00e9conomique, pouvoir politique et<br>pouvoir militaire, leurs op\u00e9rations tendirent \u00e0 prendre le caract\u00e8re d&rsquo;un<br>mode de vie: Wanda propose \u00e0 l&rsquo;explorateur G. Thomann une association<br>et un partage du butin, le mariage du Fran\u00e7ais avec deux de ses ni\u00e8ces<br>devant \u00eatre le fondement social de cette alliance. 154<br>De fait, la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de ces chefs exc\u00e9dait les limites de leur<br>groupement territorial et de leur peuple: le foudre de guerre bakwe \u00e9tait<br>tristement c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 l&rsquo;Ouest du fleuve Sassandra en pays bete ; Bahulu,<br>pouvait, selon G. Thomann, mobiliser des guerriers dans le Zr\u00eabl\u00e9 aussi<br>bien que chez les S\u00e9rayo et les Zukobwe ; la renomm\u00e9e de Wanda-leBorgne retentissait d\u00e8s le Guid\u00e9ko au Sud. Instaurer cette c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 par<br>la terreur, voil\u00e0 le premier motif de leurs op\u00e9rations. La premi\u00e8re voie de<br>cette terreur est bien le meurtre ; l&rsquo;\u00e9motion \u00e9pouvant\u00e9e des Bete du<br>Guideko lors du passage de G. Thomann en 1906 s&rsquo;explique par la mort<br>gratuite de cinq des leurs pris dans une embuscade mont\u00e9e par des.<br>guerriers de Lia.<br>392<br>Mais, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre physique, cette mort \u00e9tait sociale et consistait en<br>la vente des personnes captur\u00e9es. Telsfurent les effets des razzias op\u00e9r\u00e9es<br>par les Kekeyo sous Gneba Beugre. \u00ab\u00a0Ils attaquaient les voyageurs, \u00e9crit G.<br>Thomann en 1905, les d\u00e9pouillaient de tous leurs biens, enlevaient de<br>nuit le b\u00e9tail des villages et m\u00eame les jeunes gens qu&rsquo;ils vendaient ou<br>gardaient comme esclaves\u00a0\u00bb (1905 : 188). Tel fut vraisemblablement le<br>r\u00e9sultat de l&rsquo;exp\u00e9dition de Wanda \u00e0 Gapoa, groupe Bog\u00fch\u00e9, dont \u00ab\u00a0le<br>chasseur d&rsquo;esclaves\u00a0\u00bb avait \u00e0 craindre ensuite les repr\u00e9sailles. Si les<br>troupes coloniales n&rsquo;\u00e9taient pas intervenues, tel aurait \u00e9t\u00e9, au moins en<br>partie, l&rsquo;aboutissement de la prise de Subr\u00e9 par les \u00ab\u00a0deux cents guerriers\u00a0\u00bb<br>de Bahulu en 1906.<br>Or, en vendant les captifs au lieu de les mettre \u00e0 mort, les razzieurs ne<br>cr\u00e9ent pas seulement ce que nous nommons la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 par la terreur,<br>mais ils acqui\u00e8rent aussi et surtout les moyens mat\u00e9riels pour soumettre<br>leur peuple et pour entretenir cette c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 au-del\u00e0. Armes et munitions,<br>principaux biens contre lesquels, nous le verrons, s&rsquo;\u00e9changeaient les<br>captifs, voil\u00e0 les moyens de d\u00e9fense et de contr\u00f4le, voil\u00e0 donc les<br>instruments de reproduction des rapports d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 politico-militaire<br>entre villages ou f\u00e9d\u00e9rations de villages.<br>Les modalit\u00e9s de vente<br>Dans les deux vari\u00e9t\u00e9s de pr\u00e9dation, le r\u00f4le secondaire et formel que<br>joue le pouvoir villageois dans les exclusions devient r\u00e9ellement<br>pr\u00e9\u00e9minent et presque exclusif.<br>Cette pr\u00e9\u00e9minence s&rsquo;affiche d&rsquo;abord dans la d\u00e9cision. Comme<br>l&rsquo;organisation de la guerre ou de la razzia est l&rsquo;affaire de la communaut\u00e9<br>des guerriers et du pouvoir local, ainsi la d\u00e9cision de mettre en vente des<br>captifs appartient \u00e0 leur assembl\u00e9e: assembl\u00e9e des guerriers et des chefs<br>militaires et politiques dans un cas, assembl\u00e9e des guerriers et du chef<br>cumulant pouvoir militaire et pouvoir politique dans l&rsquo;autre cas. Cette<br>assembl\u00e9e d\u00e9lib\u00e8re dans la clandestinit\u00e9 pendant que les captifs<br>demeurent entrav\u00e9s: ses arr\u00eats restent secrets jusqu&rsquo;\u00e0 ex\u00e9cution.<br>Cette pr\u00e9\u00e9minence se retrouve \u00e9galement dans les phases de<br>transaction et de livraison, dans la mesure o\u00f9 ce sont les chefs, dans les<br>deux sens mis en \u00e9vidence, qui effectuent ces op\u00e9rations en s&rsquo;aidant, le cas<br>\u00e9ch\u00e9ant, des jeunes guerriers comme messagers.<br>L&rsquo;usage politique des biens re\u00e7us en \u00e9change des captifs ach\u00e8ve de<br>confirmer cette pr\u00e9\u00e9minence du village sur les lignages. Si les biens<br>secondaires reviennent aux chefs, les fusils et la poudre appartiennent \u00e0<br>la communaut\u00e9 villageoise ; dans les maisons et sous la garde de ces<br>chefs, ils serviront \u00e0 armer les guerriers-chasseurs quand la n\u00e9cessit\u00e9<br>s&rsquo;en fera sentir.<br>393<br>Le proc\u00e8s d&rsquo;achat<br>L&rsquo;espace o\u00f9 dominent les achats<br>Il faut remarquer que le proc\u00e8s acquisitif, comme le proc\u00e8s<br>excommunicatif, est r\u00e9pandu, selon la litt\u00e9rature existante, dans la<br>plupart des soci\u00e9t\u00e9s de notre champ d&rsquo;\u00e9tude: soci\u00e9t\u00e9 alladian, soci\u00e9t\u00e9<br>odjukru, soci\u00e9t\u00e9 ab\u00ea, soci\u00e9t\u00e9 kweni, soci\u00e9t\u00e9 neyo.<br>L&rsquo;enqu\u00eate de terrain a \u00e9galement confirm\u00e9 son existence dans les<br>autres soci\u00e9t\u00e9s. Contrairement \u00e0 la d\u00e9n\u00e9gation de L. Tauxier (1924 : 134)<br>et de K\u00ebbben, en effet, cette forme d&rsquo;esclavage est incontestable dans la<br>soci\u00e9t\u00e9 gban au moins en tant que pratique localis\u00e9e comme en font foi les<br>exemples de Tch\u00e8gba et de Sakada respectivement dans le groupe<br>Gbandw\u00ea et dans le groupe Gbodekwa. De m\u00eame, \u00e0 l&rsquo;interrogation de<br>Christophe Wondji (1972 : 38), r\u00e9ponse peut \u00eatre faite que cet esclavage a<br>marqu\u00e9 de larges franges septentrionales et orientales de la soci\u00e9t\u00e9 bete,<br>comme il a marqu\u00e9 le tissu des soci\u00e9t\u00e9s kwadia et neyo.<br>Toutefois cette forme domine sur les ventes dans trois lieux : dans les<br>soci\u00e9t\u00e9s c\u00f4ti\u00e8res, en particulier neyo et alladian, dans les soci\u00e9t\u00e9s<br>orientales, notamment odjukru et ab\u00ea, dans la soci\u00e9t\u00e9 kweni \u00e0 laquelle<br>s&rsquo;articulent les franges septentrionales et orientales de la soci\u00e9t\u00e9 bete<br>(Z\u00eabl\u00e9 au Nord, Z\u00e9di, Nekedie, Zabia \u00e0 l&rsquo;Est).<br>Les motivations<br>Ont d\u00e9termin\u00e9 les acquisitions d&rsquo;esclaves quatre ordres principaux de<br>motivations. Passons-les en revue; nous reviendrons \u00e0 elles dans la Ille<br>Partie de ce travail \u00e0 propos des fonctions des esclaves.<br>Les motivations de premier ordre par leur port\u00e9e sont les motivations<br>d&rsquo;ordre d\u00e9mographique. Les besoins de nouvelles forces reproductives<br>apparaissent comme l&rsquo;un des grands d\u00e9clencheurs d&rsquo;acquisitions. \u00c0<br>premi\u00e8re vue, on peut les croire en relation de cause \u00e0 effet avec les<br>excommunications, traduisant la n\u00e9cessit\u00e9 de combler par de nouveaux<br>gains les vides ouverts par les d\u00e9parts forc\u00e9s. Il n&rsquo;en est rien. Toutes les<br>soci\u00e9t\u00e9s frapp\u00e9es par les excommunications en effet n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9galement<br>importatrices d&rsquo;esclaves et les soci\u00e9t\u00e9s qui ont le plus excommuni\u00e9, telle la<br>soci\u00e9t\u00e9 bete, figurent parmi les moins importatrices, voire les plus hostiles<br>\u00e0 l&rsquo;incorporation d&rsquo;esclaves. Un cas de substitution permet cependant<br>d&rsquo;envisager la possibilit\u00e9 th\u00e9orique d&rsquo;une telle relation: Gu\u00e9d\u00e9 Gnokibheu,<br>glolowri du village de Bassi (Guiberwa), a \u00e9chang\u00e9 son propre fils contre un<br>esclave en transit ; l&rsquo;esclave \u00e9tait bel homme et le fils, malade ou<br>val\u00e9tudinaire, donc socialement d\u00e9valoris\u00e9 et passible d&rsquo;esclavage.<br>394<br>On distingue trois sortes de ces besoins: il y a besoin de remplacement<br>l\u00e0 o\u00f9, par cause naturelle ou historique, manquent des forces de<br>reproduction ; quand ces forces existent, mais sont st\u00e9riles, il y a besoin<br>de suppl\u00e9ance ou de forces vicariantes ; lorsqu&rsquo;il y a enfin insuffisance<br>quantitative ou qualitative, appara\u00eet le besoin de forces d&rsquo;appoint. Dans<br>tous les cas de d\u00e9ficit r\u00e9el ou potentiel, il s&rsquo;agit, pour les soci\u00e9t\u00e9s<br>matrilin\u00e9aires dans lesquelles les lignages dominants se perp\u00e9tuent par<br>les s\u0153urs ut\u00e9rines, de besoins de reproductrices, et pour les soci\u00e9t\u00e9s<br>patrilin\u00e9aires, au contraire, de besoins de reproducteurs.<br>M\u00eame les soci\u00e9t\u00e9s patrilin\u00e9aires ont \u00e9prouv\u00e9, \u00e0 quelque degr\u00e9, tel ou<br>tel de ces besoins. L&rsquo;exemple du village bete de Bassi, cit\u00e9 ci-dessus, est un<br>cas de remplacement. \u00c0 Gbesse, en pays ab\u00ea, on cite un autre exemple<br>peut-\u00eatre tardif, mais c\u00e9l\u00e8bre, de remplacement, celui de Kwam\u00e9, esclave<br>d&rsquo;origine bawle, qu&rsquo;un ma\u00eetre avait acquis pour remplacer son fils d\u00e9funt.<br>Dans les soci\u00e9t\u00e9s matrilin\u00e9aires o\u00f9 l&rsquo;incorporation \u00e9tait plus<br>syst\u00e9matique, le d\u00e9ficit des s\u0153urs et des ni\u00e8ces ut\u00e9rines, reproductrices<br>des matrilignages, a motiv\u00e9 l&rsquo;afflux d&rsquo;esclaves de sexe f\u00e9minin.<br>Le village de Mopoyem, en pays odjukru, illustre les trois situations de<br>d\u00e9ficit et de besoins. Sur onze matrilignages, sept ont \u00e9t\u00e9 propri\u00e9taires<br>d&rsquo;esclaves dans la seconde moiti\u00e9 du XIX\u00a0\u00bb si\u00e8cle : un par manque de<br>reproductrices libres, deux par inf\u00e9condit\u00e9, quatre par insuffisance<br>num\u00e9rique 155,<br><\/p>\n\n\n\n<p>P 493<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me phase : exemple des soci\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;Ouest<br>forestier: cas de la soci\u00e9t\u00e9 bete<br>Si les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;agriculteurs-chasseurs de l&rsquo;Ouest forestier ont \u00e9t\u00e9<br>entra\u00een\u00e9es dans la vente d&rsquo;excommuni\u00e9s et de captifs d\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle<br>(Dida m\u00e9ridionaux, Kweni et Dan septentrionaux), et au XVIIIe si\u00e8cle (Bete<br>m\u00e9ridionaux, Kweni et Dida septentrionaux), ce fut seulement \u00e0 partir du<br>XVIIIe si\u00e8cle que l&rsquo;esclavage interne s&rsquo;y d\u00e9veloppa de plus en plus<br>nettement. En pays bete, il fit son apparition dans la seconde moiti\u00e9 du<br>XIXe suivant la dynamique des march\u00e9s que les hommes pr\u00e9\u00e9minents<br>mettaient en place d\u00e8s le milieu du si\u00e8cle, comme nous l&rsquo;avons pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0<br>la suite de Ch. Wondji. Les traditions socio-\u00e9conomiques kweni plus<br>anciennes s&rsquo;acclimat\u00e8rent \u00e0 travers un double processus: immigration de<br>Kweni en pays bete (cas de Dalo, fondateur de Daloa, au XVIIIe si\u00e8cle, cas<br>de Djago, grand-p\u00e8re de Zuzwa Goss\u00e9, h\u00e9ritier d&rsquo;un march\u00e9), et mariage<br>de femmes libres kweni avec des Bete (par exemple, la m\u00e8re du fondateur<br>de march\u00e9 Tety Zakala de Gogog\u00fch\u00e9, \u00e9tait une Kweni de Gbeulia-fla,<br>tribu Dobezan ; la m\u00e8re de Zozo Zogbo de Lobia \u00e9tait \u00e9galement une<br>Ku\/eni), \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, le ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;avait pas atteint les pays<br>Bog\u00fche (Issia), Dri (Guiberwa), Guideko (Subre), Ikedwo (Buyo) et<br>Guibwo. Cet espace sans esclavage se prolonge \u00e0 l&rsquo;Ouest du Sassandra, au<br>c\u0153ur des pays ui\u00ea et bakw\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la colonisation fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>P 504<\/p>\n\n\n\n<p>Entendons l&rsquo;argumentation<br>singuli\u00e8re de G. Thomann, chez qui l&rsquo;id\u00e9alisation de la soci\u00e9t\u00e9 neyo<br>devient une arme id\u00e9ologico-politique contre la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste:<br>\u00ab\u00a0La lib\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des serfs ou domestiques du Cercle du<br>Sassandra peut-\u00eatre d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e demain sans le moindre inconv\u00e9nient;<br>il nous a plu par une habitude que rien ne justifie d&rsquo;appeler ces<br>gens-l\u00e0 des esclaves, en les appelant demain des citoyens nous ne<br>changerons rien \u00e0 leur situation parce qu&rsquo;eux-m\u00eames ne veulent<br>rien y changer et ils resteront o\u00f9 ils sont et comme ils sont parce<br>qu&rsquo;ils s&rsquo;y trouvent bien.<br>\u00ab\u00a0Ce que nous pouvons, c&rsquo;est emp\u00eacher la vente de nouveaux<br>individus et ceci se fait sans secousse par la force m\u00eame des choses,<br>au fur et \u00e0 mesure des progr\u00e8s de notre autorit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 nous<br>sommes, les indig\u00e8nes vivent en paix, plus de razzias, par<br>cons\u00e9quent plus de captifs. Ils font du commerce, leur situation<br>s&rsquo;am\u00e9liore et ils ne sont plus pouss\u00e9s par la mis\u00e8re \u00e0 se vendre<br>mutuellement.<br>\u00ab\u00a011 est absolument \u00e9vident que lorsque nous aurons organis\u00e9<br>administrativement toutes les r\u00e9gions du Haut-Sassandra les<br>derniers vestiges de la traite auront disparu.<br>\u00ab\u00a0Pour l\u00e9 moment, il est donc inutile de chercher, en jouant sur les<br>mots, \u00e0 toucher \u00e0 une organisation sociale qui n&rsquo;a rien d&rsquo;inhumain,<br>rien de barbare et \u00e0 nous occuper de pseudo-esclaves qui ne<br>demandent pas notre intervention.<br>\u00ab\u00a011 sera temps de le faire lorsque comme les Neyau nous ignorerons<br>le paup\u00e9risme; quand nos prol\u00e9taires, ouvriers et domestiques ne<br>seront plus consid\u00e9r\u00e9s chez nous comme des \u00eatres inf\u00e9rieurs, oblig\u00e9s<br>de se soumettre \u00e0 tous les caprices du patron sous peine d&rsquo;un renvoi<br>qui souvent \u00e9quivaut \u00e0 la mis\u00e8re et \u00e0 la mort, et ne verront plus leur<br>travail exploit\u00e9 comme ne l&rsquo;ajamais \u00e9t\u00e9 en pays n\u00e8gre le travail d&rsquo;un<br>n\u00e8gre; lorsqu&rsquo;enfin, charitables comme les Neyau, dont les m\u0153urs<br>de sauvages nous pr\u00e9occupent, nous aurons toujours \u00e0 notre foyer<br>une place r\u00e9serv\u00e9e pour l&rsquo;\u00e9tranger de passage; l&rsquo;esclavage n&rsquo;existe<br>pas dans le Cercle du Sassandra, le servage ou domesticit\u00e9 y est<br>moins p\u00e9nible qu&rsquo;en France\u00a0\u00bb. (1904 : 12-14)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Harris MEMEL-FOTE https:\/\/horizon.documentation.ird.fr\/exl-doc\/pleins_textes\/divers16-07\/010043260.pdf Preface P 9-11 Harris Memel-Fot\u00ea s&rsquo;int\u00e9resse d&rsquo;abord au proc\u00e8s de production desesclaves. Dans les soci\u00e9t\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es, la capture sur le champ debataille, l&rsquo;achat sur des march\u00e9s ext\u00e9rieurs, la reproduction biologiquedemeurent des proc\u00e9d\u00e9s d&rsquo;acquisition secondaires ou marginaux. Si onlaisse de c\u00f4t\u00e9 la mise en gage, c&rsquo;est donc \u00ab\u00a0l&rsquo;excommunication\u00a0\u00bb qui est lemoyen privil\u00e9gi\u00e9. Par \u00ab\u00a0excommunication\u00a0\u00bb, Harris Memel-Fot\u00ea entend9l&rsquo;op\u00e9ration par laquelle une personne est arrach\u00e9e \u00e0 sa communaut\u00e9d&rsquo;origine, isol\u00e9e des liens sociaux qui entourent un individu \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb,transform\u00e9e litt\u00e9ralement en chose&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/2020\/11\/23\/lesclavage-dans-les-societes-lignageres-de-la-foret-ivoirienne-xvlle%c2%b7xxe-siecle\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,11,13,15,17,16,14],"tags":[],"class_list":["post-42","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-avant-la-colonisation","category-bakwe","category-bete","category-esclavage","category-ethnologue-africain","category-neyo","category-peuples-krou"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":44,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions\/44"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}