{"id":58,"date":"2020-11-30T11:26:14","date_gmt":"2020-11-30T11:26:14","guid":{"rendered":"http:\/\/base.wobebli.net\/base\/?p=58"},"modified":"2020-11-30T11:26:14","modified_gmt":"2020-11-30T11:26:14","slug":"les-gueres-peuple-de-la-foret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/2020\/11\/30\/les-gueres-peuple-de-la-foret\/","title":{"rendered":"LES GU\u00c9R\u00c9S PEUPLE DE LA FOR\u00caT"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c9tude d&rsquo;une Soci\u00e9t\u00e9 primitive 1934<\/p>\n\n\n\n<p>Capitaine Ren\u00e9 VIARD<br>DE L&rsquo;INFANTERIE COLONIALE<\/p>\n\n\n\n<p>P11-13 Tekpetins<\/p>\n\n\n\n<p>Les Gu\u00e9r\u00e9s ont conserv\u00e9 dans leurs r\u00e9cits fabuleux le souvenir des \u00ab petits hommes roux \u00bb consid\u00e9r\u00e9s comme une peuplade de g\u00e9nies mal\u00e9fiques issue de la for\u00eat. Encore actuellement certainesparties d\u00e9sertes de la sylve sont r\u00e9put\u00e9es comme abritant quel- ques-uns de leurs descendants. Leur seule rencontre am\u00e8ne dans l&rsquo;ann\u00e9e la mort de celui qui en a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet. Inutile de souligner que nous n&rsquo;avons jamais pu v\u00e9rifier cette survivance de \u00ab petits hommes \u00bb dans les r\u00e9gions du pays Gu\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de conna\u00eetre, voire m\u00eame d&rsquo;explorer. Nous avons par contre trouv\u00e9 en grande abondance, dans tout le Cercle de Guiglo, des instruments en pierre polie : hachettes, grattoirs, etc&#8230; de fa\u00e7on et de dimensions identiques \u00e0 ceux ren- contr\u00e9s un peu partout au Soudan (et pr\u00e9cis\u00e9ment dans la zone nig\u00e9rienne o\u00f9 certains savants placent l&rsquo;habitat primitif des n\u00e9grilles). Les Gu\u00e9r\u00e9s n&rsquo;ont aucune connaissance de l&rsquo;origine de ces instruments. Ils ne les consid\u00e8rent pourtant pas comme des cailloux quelconques mais n&rsquo;en revendiquent point non plus le travail, ils les croient d\u00e9pos\u00e9s dans le sol par la foudre et les utilisent d&rsquo;ailleurs fr\u00e9quemment dans leurs cases comme talismans contre l&rsquo;orage. Nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 l&rsquo;existence de ces pierres polies dans d&rsquo;autres travaux. (&#8230;) Mais certains auteurs (particuli\u00e8rement en ce qui concerneles Gu\u00e9r\u00e9s) ont voulu voir dans les populations actuelles des des- cendants directs de ces habitants primtifs.Nous n&rsquo;insisterons pas sur une th\u00e8se d\u00e9j\u00e0 combattue. Conte-tons-nous d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer les principaux arguments qui la d\u00e9mentent : 1\u00b0 Si les Gu\u00e9r\u00e9s descendaient des n\u00e9grilles, pourquoi conserveraient-ils leur souvenir comme celui d&rsquo;une race hostile, dangereuse et mal\u00e9fique ? 2\u00b0 Si la th\u00e8se de la filiation \u00e9tait vraie, pourquoi les Gu\u00e9r\u00e9s ignoreraient-ils l&rsquo;origine des pierres polies par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui seraient leurs anc\u00eatres directs ? Or, les Gu\u00e9r\u00e9s pr\u00e9tendent s&rsquo;\u00eatre toujours servis d&rsquo;outils en fer, et aucun vestige ne se rencontre de mine, de four ni de forge anciens dans la r\u00e9gion. Il s&rsquo;y trouvepar contre sur certains affleurements rocheux (tels que celui de Kambli \u00e0 8 kilom. au Sud de Toul\u00e9pleu), des cuvettes rondes qui semblent bien avoir \u00e9t\u00e9 creus\u00e9es \u00e0 main d&rsquo;homme et qui pour- raient bien \u00eatre des polissoirs fixes tels que les d\u00e9crivent les pr\u00e9historiens. 3\u00b0 Si les Gu\u00e9r\u00e9s descendaient des n\u00e9grilles, la race t\u00e9moigne-rait l\u00e0 d&rsquo;une \u00e9volution surprenante. Comment, les conditions de vie, d&rsquo;habitat, de climat, etc. demeurant inchang\u00e9es, la taille des individus serait-elle pass\u00e9e d&rsquo;une moyenne de 1 m. 40 \u00e0 une moyenne de 1 m. 68 ? Par croisement avec une autre race \u00e9videmment. Mais il e\u00fbt fallu alors que celle-ci soit la plus nombreuse et la plus forte, que son empreinte sur les autochtones se marqu\u00e2t pendant des si\u00e8cles&#8230; et se marqu\u00e2t de fa\u00e7on dominante. Il e\u00fbt fallu aussi que la sylve se pr\u00eat\u00e2t \u00e0 cette cohabitation, \u00e0 ces \u00e9changes, \u00e0 cette fusion.Or, tout ce que nous savons des conditions de vie qu&rsquo;elle impose \u00e0 l&rsquo;homme d\u00e9ment cette supposition. L&rsquo;homme ne vit en for\u00eat que contre quelqu&rsquo;un. Il ne s&rsquo;allie pas, il extermine ou est extermin\u00e9. Acceptons l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une race conqu\u00e9rante ayant rencontr\u00e9 les n\u00e9grilles : elle les a obligatoirement d\u00e9- truits.Cette race, c&rsquo;est la race Gu\u00e9r\u00e9e.Qu&rsquo;il y ait eu au cours de l&rsquo;invasion des liaisons accidentelles,cela ne fait pas de doute : les femmes subissent partout la loi du conqu\u00e9rant. Qu&rsquo;en vertu de la th\u00e9orie du \u00ab retour ancestral \u00bb certains individus (tr\u00e8s rares d&rsquo;ailleurs) t\u00e9moignent encore de nos jours par leur taille exigu\u00eb, de ces rencontres fortuites, nous l&rsquo;avons constat\u00e9 nous-m\u00eame. Mais ces exceptions surgissant dans des familles enti\u00e8rement normales au point de vue physique ne signifient rien quant \u00e0 l&rsquo;origine de la race.<\/p>\n\n\n\n<p>P54 f\u00e9ticheur, sorcier, homme panth\u00e8re, totem Gb\u00e2<\/p>\n\n\n\n<p>Le f\u00e9ticheur est en quelque sorte la pr\u00e9figuration du pr\u00eatre,l&rsquo;interm\u00e9diaire savant entre le requ\u00e9rant et la puissance invoqu\u00e9e. Le sorcier par contre est le d\u00e9positaire d&rsquo;un pouvoir redoutable ; il op\u00e8re \u00e0 l&rsquo;insu de tous, parfois m\u00eame \u00e0 son propre insu, il est en somme l&rsquo;incarnation d&rsquo;un principe de mal. (&#8230;) . Le clan apparent\u00e9 ou m\u00eame issu de la b\u00eate qu&rsquo;il ne doit point tuer, de la plantequ&rsquo;il ne doit ni fouler ni abattre, de la montagne qu&rsquo;il ne doit point gravir, du cours d&rsquo;eau dont il ne doit point boire l&rsquo;eau, admet que certains de ses membres peuvent \u00e0 certaines \u00e9poques et en sacrifiant \u00e0 certaines pratiques secr\u00e8tes s&rsquo;identifier \u00e0 cet animal, cette plante, cette montagne, cette rivi\u00e8re. C&rsquo;est le cas des hommes-panth\u00e8res qui peuvent \u00eatre requis de se muer en l&rsquo;animal-totem et par suite \u00e9prouver le besoin de capturer et de d\u00e9chiqueter des corps d&rsquo;enfants. La croyance est \u00e0 ce point \u00e9tablie qu&rsquo;au cours des enqu\u00eates de l&rsquo;administration fran\u00e7aise ayant trait \u00e0 des meurtres de ce genre, les parents m\u00eames des victimes s&rsquo;ing\u00e9nient \u00e0 couvrir les meurtriers et mettent tout en \u0153uvre pour \u00e9garer les recherches. Les hommes-panth\u00e8res d&rsquo;ail- leurs op\u00e8rent rev\u00eatus d&rsquo;une peau de b\u00eate fra\u00eechement abattue et lac\u00e8rent leurs victimes comme si r\u00e9ellement l&rsquo;animal-totem l&rsquo;avait labour\u00e9 de ses griffes. <\/p>\n\n\n\n<p>P 54-57 faire f\u00e9tiche<\/p>\n\n\n\n<p>La grande c\u00e9r\u00e9monie chez les Gu\u00e9r\u00e9s demeure en derni\u00e8re ana- lyse la confection du f\u00e9tiche. On \u00ab fait f\u00e9tiche \u00bb pour tout acte de la vie : pour chasser, pour p\u00eacher, pour partir en voyage, pour construire une case, pour d\u00e9fricher un coin de for\u00eat, pour ouvrir une piste, etc. L\u00e0 est v\u00e9ritablement le fait religieux essentiel qui domine toute la vie gu\u00e9r\u00e9e jusque dans ses manifestations les plus humbles. \u00ab Faire f\u00e9tiche \u00bb est en somme la traduction de cette propension mystique signal\u00e9e dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives par Levy Bruhl et J. Br\u00e9vi\u00e9 et qui se ram\u00e8ne \u00e0 ceci : \u00ab influence du semblable sur le semblable, pouvoir de l&rsquo;op\u00e9ration quant \u00e0 l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;intention\u00bb (1). Que l&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe point : le f\u00e9tiche chez les Gu\u00e9r\u00e9s comme chez la plupart des peuples primitifs n&rsquo;a point de valeur intrins\u00e8que, la mati\u00e8re dont il est fait n&rsquo;est qu&rsquo;un support, un v\u00e9hicule : c&rsquo;est une pinc\u00e9e de terre, une plume d&rsquo;oiseau, une branche, un feuillaga, une touffe de poils, qui par eux-m\u00eames ne repr\u00e9sentent rien. Ils ne valent que par la vertu que leur a transmise le f\u00e9ticheur au cours d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;incanta-tion d\u00e9termin\u00e9e. Les Gu\u00e9r\u00e9s n&rsquo;adorent pas les f\u00e9tiches. Ils les reconnaissent seulement comme si\u00e8ges de la puissance invoqu\u00e9e. En quoi donc consiste la \u00ab confection du f\u00e9tiche \u00bb ? D\u00e9finissons l\u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie qui tenant soit de la conjuration soit de l&rsquo;envo\u00fbtement permet de faire passer dans un objet-symbole la puissance magique capable de prot\u00e9ger contre tel danger, de faire aboutir tel projet, de favoriser telle entreprise. Ainsi pour assurer le retour d&rsquo;un individu partant en voyage (cas fr\u00e9quent des tirailleurs d\u00e9sign\u00e9s pour servir dans des r\u00e9giments de France)la m\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 remet au f\u00e9ticheur une pinc\u00e9e de terre pr\u00e9lev\u00e9e sur le seuil de la case familiale. Le f\u00e9ticheur prononce sur cette terre les paroles consacr\u00e9es, la m\u00e9lange d&rsquo;un peu de sang d&rsquo;une poule blanche \u00e9gorg\u00e9e la veille du d\u00e9part, au coucher du soleil, et enferme le tout dans un petit sachet de cuir que le partant portera au cou. La terre du seuil paternel fera souvenirl&rsquo;exil\u00e9 du chemin menant \u00e0 la case de ses parents, le sang de la poule blanche \u00e9gorg\u00e9e au coucher du soleil le ram\u00e8nera \u00e0 sa famille car le soleil qui s&rsquo;en va et a vu le sacrifice (symbole de d\u00e9part et de chagrin) est aussi le soleil qui doit revenir le len- demain pour r\u00e9veiller d&rsquo;autres poules blanches (symbole de retour obligatoire et de joie). Autres exemples cit\u00e9s par J. Br\u00e9vi\u00e9 et pratiqu\u00e9s par les Gu\u00e9- r\u00e9s : des pluies trop abondantes compromettent-elles les se- mailles ? Les int\u00e9ress\u00e9s vont trouver le f\u00e9ticheur qui, apr\u00e8s quelques invocations \u00e0 Gnon-Sua ou au g\u00e9nie des Eaux enfermede l&rsquo;eau de pluie dans une calebasse soigneusement close. Cette calebassse est expos\u00e9e mont\u00e9e sur trois piquets soit sur la place du village soit au milieu d&rsquo;un lougan d\u00e9sign\u00e9 par l&rsquo;op\u00e9rateur.Cette conjuration doit entra\u00eener la fin des pluies.La s\u00e9cheresse menace-t-elle par contre la germination ou la maturit\u00e9 des produits du sol ? La m\u00eame calebasse est ouverteet pr\u00e9cipit\u00e9e sur le sol. La s\u00e9cheresse doit cesser (cas d&rsquo;in- fluence mystique du semblable sur le semblable).Pour amoindrir le pouvoir ou changer les intentions d&rsquo;un homme que l&rsquo;on redoute, l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 ou les int\u00e9ress\u00e9s de- mandent au f\u00e9ticheur de conjurer une feuille s\u00e8che, une plumed&rsquo;oiseau, un brin d&rsquo;herbe, tout objet caract\u00e9ris\u00e9 par sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. A la saison o\u00f9 murissent les \u00ab cabosses \u00bb de kapock (1) ce sont des pinc\u00e9es de kapock qui sont choisies. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 baign\u00e9de sang d&rsquo;oiseau l&rsquo;objet conjur\u00e9 est suspendu ensuite \u00e0 une branche d&rsquo;arbre sous laquelle est oblig\u00e9 de passer la personneredout\u00e9e pour acc\u00e9der au village. Ainsi la puissance \u00e9tant con- sid\u00e9r\u00e9e comme tr\u00e8s lourde \u00e0 supporter, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;objet f\u00e9tiche la contrebalancera-t-elle d&rsquo;autant, le sang d&rsquo;oiseau dont il est impr\u00e9gn\u00e9 devra m\u00eame arriver \u00e0 l&#8217;emporter dans les airs. Sous combien de plumes de Toucan ou de brin de kapock ont d\u00fb passer \u00e0 leur insu les chefs de Subdivisions ou com- mandants de Cercle en tourn\u00e9e administrative ! Nous pourrions multiplier ces exemples. Bornons-nous \u00e0 ceux-ci. Dans la confection du f\u00e9tiche nous voyons intervenir : 1\u00b0 L&rsquo;intention de l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 ; 2\u00b0 L&rsquo;invocation de la puissance efficace pour le cas envi- sag\u00e9 3\u00b0 Un sacrifice \u00e0 cette puissance (poule, mouton, cabri, oi- seau sauvage, etc.). 4\u00b0 Le choix d&rsquo;un objet destin\u00e9 au r\u00f4le de support de talis- man et qu&rsquo;un caract\u00e8re physique (couleur, odeur, poids, di- mension) para\u00eet d\u00e9signer particuli\u00e8rement pour le r\u00f4le que l&rsquo;on d\u00e9sire lui faire jouer. Pr\u00e9cisons que ce r\u00f4le termin\u00e9, l&rsquo;intention remplie, le but atteint ou non, le \u00ab f\u00e9tiche \u00bb perd toute valeur et reprend son caract\u00e8re d&rsquo;objet ordinaire d\u00e9nu\u00e9 de pouvoir mystique. <\/p>\n\n\n\n<p>P57 Pas d&rsquo;idole<\/p>\n\n\n\n<p>Ind\u00e9pendamment de ces pratiques relevant, comme on le voit, beaucoup plus de la magie que de la religion, les Gu\u00e9r\u00e9s n&rsquo;ont point de culte r\u00e9gulier. Nous ne les voyons v\u00e9n\u00e9rer aucune idole. Les forces naturelles qu&rsquo;ils tentent de se concilier par conjura-tion ne re\u00e7oivent de leur part aucune repr\u00e9sentation symbo-lique ou anthropomorphique. Il n&rsquo;y a chez eux ni pierre sacr\u00e9e,ni arbre consacr\u00e9, ni poteau tot\u00e9mique, ni aucune sorte de figu- ration du divin. <\/p>\n\n\n\n<p>P57 fantasme de c\u00e9r\u00e9monie secr\u00e9tes<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a bien des lieux interdits, des \u00ab bois sacr\u00e9s \u00bb, mais ce sont l\u00e0 des zones o\u00f9 les f\u00e9ticheurs sont cens\u00e9s s&rsquo;initieraux myst\u00e8res de leur sacerdoce ou bien des coins de for\u00eat mys- t\u00e9rieux o\u00f9 les sorciers entrent en relations avec leurs \u00ab diables \u00bb. Les profanes s&rsquo;en \u00e9cartent par crainte, les initi\u00e9s seuls y peuvent p\u00e9n\u00e9trer sans danger. Que se passe-t-il exactement dans ces retraites ? Nous l&rsquo;ignorons et nul ne consent \u00e0 nous renseigner.Les c\u00e9r\u00e9monies d&rsquo;initiation des f\u00e9ticheurs tout comme les pratiques diaboliques des associations de sorciers nous de- meurent ferm\u00e9es. Qu&rsquo;elles soient encore actuellement, en plein c\u0153ur de la for\u00eat d\u00e9serte, l&rsquo;occasion de sacrifices humains et d&rsquo;actes d&rsquo;anthropophagie, nous en avons l&rsquo;intime persuasion mais non la preuve manifeste. Sans \u00eatre ici au seuil du myst\u00e8re avec majuscule que se sont plu \u00e0 flairer trop de voyageurs, un peu press\u00e9s de livrer leur copie, nous sommes du moins au pays du silence et ceux-l\u00e0 m\u00eame qui pourraient nous renseigner sont baillonn\u00e9s par la crainte. Tant \u00e0 Guiglo qu&rsquo;\u00e0 Du\u00e9kou\u00e9 on a vu des condamn\u00e9s \u00e0 mort, convaincus de crimes \u00e0 caract\u00e8re rituel et les ayant avou\u00e9s, se refuser jusqu&rsquo;au lieu d&rsquo;ex\u00e9cution \u00e0 toutes explications suscep- tibles d&rsquo;amener la revision de leur proc\u00e8s, voire la sauvegarde de leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p>P58-59 le f\u00e9tiche Gl\u00e9 hypnose<\/p>\n\n\n\n<p>En face de cette absence de toute repr\u00e9sentation cultuelle, nous trouvons cependant chez les Gu\u00e9r\u00e9s un d\u00e9but d&rsquo;idol\u00e2trie et une pr\u00e9figuration de divinit\u00e9 en la personne du \u00ab Gl\u00e9 \u00bb. A proprement parler le Gl\u00e9 n&rsquo;est encore qu&rsquo;un \u00ab f\u00e9tiche \u00bb c&rsquo;est-\u00e0- dire un objet sans vertu propre, rev\u00eatu de puissance apr\u00e8s con- juration. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence des autres f\u00e9tiches il a d\u00e9j\u00e0 des caract\u00e8res d&rsquo;universit\u00e9 : il n&rsquo;est pas consacr\u00e9 en vue d&rsquo;un cas particulier mais conserve son pouvoir pour tous les cas \u00e0 venir. En un mot, il est f\u00e9tiche permanent \u00e0 jamais efficient, et pour quelque circonstance qui requi\u00e8re son entremise. Il a en outre forme humaine : il se pr\u00e9sente sous l&rsquo;aspect d&rsquo;un buste humain dont le chef couronn\u00e9 de plumes s&rsquo;orne d&rsquo;yeuxet de dents de m\u00e9tal. Le reste du corps n&rsquo;est pas repr\u00e9sent\u00e9,mais l&rsquo;officiant qui place sur sa t\u00eate le buste en question tient dans chaque main deux queues de vache engain\u00e9es de cuir qui figurent les membres absents de la grossi\u00e8re statuette. Le gl\u00e9 n&rsquo;est pas d&rsquo;invention gu\u00e9r\u00e9e. Il a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9 aux populations du moyen-Cavally par un sorcier venu de Tabou il y a moins de 15 ans. Mais son succ\u00e8s est grand. Peut-\u00eatre touchons-nous en ce qui le concerne au stade interm\u00e9diaire en ce pays entre les cultes \u00ab paniques \u00bb sans repr\u00e9sentation sensible et les religionsplus \u00e9volu\u00e9es pla\u00e7ant sur des autels des d\u00e9it\u00e9s \u00e0 pouvoirs pr\u00e9cis et \u00e0 forme anthropomorphique. Les pratiques relevant du Gl\u00e9 (car on ne peut parler de culte) sont d&rsquo;ailleurs encore de type f\u00e9tichiste, avec pr\u00e9dominancetoutefois d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment toujours efficient mais jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sentaccessoire dans les c\u00e9r\u00e9monies des f\u00e9ticheurs : le pouvoir hypno- tique de l&rsquo;officiant. Jusqu&rsquo;alors les op\u00e9rations de conjuration,d&rsquo;envo\u00fbtement, etc. ne comportaient qu&rsquo;un acteur ; le f\u00e9ticheur, auquel on demandait un talisman. Les pratiques de Gl\u00e9 en requi\u00e8rent un second ; \u00ab l&rsquo;assistant \u00bb soumis au f\u00e9ticheur, (tout comme en Europe les s\u00e9ances de magn\u00e9tisme ou de spiritisme qui associent un \u00ab sujet \u00bb \u00e0 un \u00ab professeur \u00bb ou un \u00ab m\u00e9dium). Les c\u00e9r\u00e9monies sont nocturnes. Le \u00ab sujet \u00bb (une femme. le plus souvent) est plac\u00e9 assis \u00e0 terre devant le f\u00e9ticheur. Il porte en \u00e9quilibre sur sa t\u00eate le buste du Gl\u00e9 (obligation de raidir les muscles du cou) et tient en chaque main ferm\u00e9e au maximum, une des queues de vache engain\u00e9es de cuir dont nous avons parl\u00e9 lus haut (crispation des muscles des mains, des poignets et des avant-bras). Derri\u00e8re et d\u00e9passant la t\u00eate du f\u00e9ticheur, une torche ou un fanal est allum\u00e9 que le \u00ab sujet \u00bb doit fixer avec attention (fixit\u00e9 oblig\u00e9e du regard sur un point brillant). Le f\u00e9ticheur frappe de ses doigts un tam-tam l\u00e9ger pos\u00e9 devant lui cependant que les assistants chantent en ch\u0153ur une m\u00e9lodie\u00e0 quelques syllabes ind\u00e9finiment r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, (influence d&rsquo;un rythme monotone et d&rsquo;une complainte endormante). Le \u00ab sujet \u00bb s&rsquo;endort, \u00ab entre \u00bb en tremblement \u00bb, \u00ab en transes \u00bb si l&rsquo;on veut et se d\u00e9place toujours accroupi, \u00e0 la volont\u00e9 du f\u00e9ticheur qui ne cesse de le fixer. Il prof\u00e8re des paroles incoh\u00e9rentes, r\u00e9pond \u00e0 des semblants de questions&#8230; C&rsquo;est une v\u00e9ritable s\u00e9ance d&rsquo;hypno-tisme qui n&rsquo;a rien de myst\u00e9rieux mais dont sont infiniment frapp\u00e9es les na\u00efves populations de la for\u00eat. Nous avons tenu nous-m\u00eame \u00e0 signaler les faits physiques expliquant les r\u00e9sul- tats obtenus lors de ces s\u00e9ances. Ils sont d&rsquo;autant plus conce-vables que le \u00ab sujet \u00bb est une femme (donc sensibilit\u00e9 plus forte) fascin\u00e9e d&rsquo;avance par le renom de l&rsquo;op\u00e9rateur, \u00e9pouvant\u00e9e de son propre r\u00f4le et plac\u00e9e dans des conditions musculaires, visuelles,auriculaires et nerveuses telles que le sommeil hypnotique (re- connu par notre propre science europ\u00e9enne) doit fatalement s&rsquo;ensuivre avec toutes les manifestations charlatanesques aux- quelles il peut donner lieu devant un public de primitifs cr\u00e9dules.<\/p>\n\n\n\n<p>P60-63 le Zouhou : l\u2019\u00e2me<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9pourvus de religion dogmatis\u00e9e et n&rsquo;ayant en somme que des croyances fragmentaires priv\u00e9es du lien logique d&rsquo;une divi- nit\u00e9 sup\u00e9rieure ou d&rsquo;un panth\u00e9on hi\u00e9rarchis\u00e9, les Gu\u00e9r\u00e9s ont cependant foi en l&rsquo;existence et l&rsquo;indestructibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me. Ne nous laissons toutefois point abuser par une trompeuse identit\u00e9de conceptions : l&rsquo;\u00e2me (le Zouhou) que con\u00e7oivent les Gu\u00e9r\u00e9s est loin de r\u00e9aliser le principe spirituel, immortel, dou\u00e9 de moralit\u00e9 et de m\u00e9moire et de nature participant au divin que d\u00e9finissent les religions indo-europ\u00e9ennes. Pour les Gu\u00e9r\u00e9s, le Zouhou serait plut\u00f4t un \u00ab double \u00bb, au sens \u00e9gyptien et an- tique du terme. C&rsquo;est le souffle \u2014 allons m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 dire le principe vital \u2014 quand ce n&rsquo;est pas plus simplement et chez les tribus les plus arri\u00e9r\u00e9es (gens du Fl\u00e9ho par exemple) l&rsquo;ombre du corps. Ses caract\u00e8res sp\u00e9cifiques (m\u00eame lorsqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que de l&rsquo;ombre) sont l&rsquo;immortalit\u00e9 et l&rsquo;immat\u00e9rialit\u00e9. Nous trouvons l\u00e0 somme toute la conception du \u00ab spirituel indestruc- tible \u00bb \u00e0 son premier stade. Le Zouhou est consid\u00e9r\u00e9 comme ind\u00e9- pendant du corps. Il s&rsquo;en \u00e9vade au cours des r\u00eaves, quand le corps est en sommeil. Il peut m\u00eame l&rsquo;abandonner en pleine vie pour changer d&rsquo;enveloppe (cas des fous, des paralytiques, des moribonds). Ainsi d&rsquo;ailleurs que l&rsquo;a signal\u00e9 L\u00e9vy-Bruhl dans la Mentalit\u00e9 primitive le Gu\u00e9r\u00e9 con\u00e7oit le songe comme une r\u00e9alit\u00e9 : la personne \u00e0 laquelle il r\u00eave le visite vraiment \u00e0 tel point qu&rsquo;il lui sait gr\u00e9 ou lui porte rancune de son attitude ou de ses paroles lors du sommeil.Le Zouhou est une cr\u00e9ation de l&rsquo;au-del\u00e0, disons si l&rsquo;on veut de \u00ab Gnon-Sua \u00bb en d\u00e9signant par ce nom la divinit\u00e9 \u00e9parsedans l&rsquo;univers. Le nombre des Zouhous est limit\u00e9, ce qui supposequ&rsquo;\u00e0 chaque d\u00e9c\u00e8s (ou abandon d&rsquo;enveloppe) correspond une naissance, une r\u00e9incarnation. Entre temps le Zouhou passe au \u00ab village de Gnon-Sua \u00bb o\u00f9 il est d\u00e9cid\u00e9 de son sort futur. La plupart des Gu\u00e9r\u00e9s s&rsquo;accordent \u00e0 croire que le premier des nou- veau-n\u00e9s d&rsquo;une famille est la r\u00e9incarnation du dernier des parents morts. En cas de double naissance, il y a h\u00e9sitation : pour les uns le Zouhou d\u00e9sireux de se r\u00e9incarner a eu maille \u00e0 partir avec un animal (le serpent le plus souvent) lors de son retour de l&rsquo;au-del\u00e0. Il a convenu avec lui d&rsquo;une course, d&rsquo;un pari \u00e0 celui qui arriverait le plus vite au premier village des hommes. Le f\u00e9ticheur d\u00e9signe par des incantations sp\u00e9ciales celui des deux jumeaux qu&rsquo;il convient d&rsquo;adopter comme r\u00e9in- carnant le mort. Que devient son fr\u00e8re ? Ici deux traditions : pour les uns celui-l\u00e0 est \u00ab serpent \u00bb ou \u00ab crapaud \u00bb ou tout autre animal. Il doit mourir dans l&rsquo;ann\u00e9e, et cela peut arriver, soit par maladie, soit plut\u00f4t que les parents aident \u00e0 son d\u00e9c\u00e8s. Pour d&rsquo;autres, le fr\u00e8re jumeau de l&rsquo;enfant reconnu comme habitat du Zouhou d&rsquo;un anc\u00eatre est admis comme successeur \u00e9ventuelde celui-ci. Le Zouhou \u00e0 r\u00e9incarner a craint un nouveau d\u00e9c\u00e8s et s&rsquo;est assur\u00e9 de deux nouveau-n\u00e9s, comme un propri\u00e9taire pr\u00e9voyant s&rsquo;assure de deux cases, \u00ab pour le cas o\u00f9 l&rsquo;une serait d\u00e9truite par la foudre \u00bb. Dans ce cas les deux enfants sont \u00e9lev\u00e9ssur le m\u00eame pied et nul danger ne menace plut\u00f4t l&rsquo;un que l&rsquo;autre. Il nous est arriv\u00e9 personnellement et \u00e0 diverses reprises, dans des villages de la for\u00eat, de voir des femmes venir nous pr\u00e9senterleurs enfants jumeaux, avec un orgueil visible. L&rsquo;une d&rsquo;elles (village de Douandrou, canton de Zahon) vint m\u00eame nous r\u00e9clamer cinq francs ; l&rsquo;un des jumeaux qui s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 sur notre passage avait re\u00e7u de nous ce cadeau alors que son fr\u00e8re, retenu sur le lougan paternel, n&rsquo;avait rien eu. Il convenait d&rsquo;apr\u00e8sla femme que le second soit aussi favoris\u00e9 que le premier, faute de quoi \u00ab quelque chose \u00bb que la femme indiquait du doigt au- dessus du pignon de la case, se trouverait m\u00e9content (disonspour notre propre interpr\u00e9tation, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 donc n\u00e9faste). Le m\u00eame Zouhou semblait donc dans ce cas se partager \u00e9gale- ment entre les deux jumeaux et exiger sous cette double forme la m\u00eame satisfaction \u00e0 travers l&rsquo;un et l&rsquo;autre.Tel est donc le Zouhou, pr\u00e9figuration de l&rsquo;\u00e2me au sens o\u00f9 nous entendons ce mot, immat\u00e9riel, indestructible, unit\u00e9 dans une somme invariable. Ses attributs affectifs ou moraux sont encore troubles et ceci n&rsquo;est point pour nous \u00e9tonner, les Gu\u00e9r\u00e9s n&rsquo;en \u00e9tant encore qu&rsquo;\u00e0 leurs premiers pas sur la route des concepts de l&rsquo;immat\u00e9riel. Certains d&rsquo;entre eux, nous l&rsquo;avons dit, ne voientencore en lui que l&rsquo;ombre projet\u00e9e par le corps. De nuit cette ombre est abolie, signe que le Zouhou voyage. Pendant ce temps e corps abandonn\u00e9 tombe en sommeil&#8230; Tous cependant s&rsquo;ac- cordent pour le doter de volont\u00e9, sinon de m\u00e9moire, et \u00e0 re- conna\u00eetre la concomitance entre les d\u00e9c\u00e8s et les naissances. Chaque naissance donne par suite lieu \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie devi- natoire que J. Boulnois (1) qualifie tr\u00e8s heureusement de c\u00e9r\u00e9- monie de l&rsquo; Identit\u00e9. Il s&rsquo;agit en effet de d\u00e9terminer quel parentmort s&rsquo;est r\u00e9incarn\u00e9 dans le nouveau-n\u00e9 et par suite quel nom il convient d&rsquo;attribuer \u00e0 l&rsquo;enfant \u00bb. Le f\u00e9ticheur retourne le nouveau-n\u00e9 sous toutes ses faces comme pour le reconna\u00eetre ou bien il ferme les yeux, tenant serr\u00e9 dans son poing un objet (corne d&rsquo;antilope, queue de vache, etc.) renfermant la puissance qui lui donnera la connaissance ; il tremble comme en une danse de Saint-Guy tout le temps que dure l&rsquo;investissement de cette puissance ou bien encore fouille nerveusement parmi un amas d&rsquo;objets vari\u00e9s (morceaux de bois, d\u00e9bris de calebasse, cauris, etc.) en m\u00e2chant et crachant de la noix de kola offerte par les pa- rents&#8230; ces pratiques aboutissent \u00e0 la connaissance du nom de l&rsquo;enfant \u00bb (2). Le nom trouv\u00e9, l&rsquo;enfant est ensuite vou\u00e9 \u00e0 cer- taines abstentions que M. le D Boulnois qualifie de \u00ab d\u00e9fenses de Gnon-Sua \u00bb et qui ne sont rien d&rsquo;autre que des interdictionsd&rsquo;origine et de caract\u00e8re tot\u00e9mique ; telles celles par exemple de manger de la viande de b\u0153uf sauvage, de tuer le serpent, d&rsquo;ab- battre l&rsquo;iroko (3), etc. Les interdictions \u00e0 caract\u00e8re alimentairesont les plus fr\u00e9quentes, il est peu d&rsquo;indig\u00e8nes qui n&rsquo;aient au moins une viande prohib\u00e9e, et cela ne doit point nous \u00e9tonner, le tot\u00e9misme faisant remonter la plupart des lign\u00e9es humaines\u00e0 un animal consid\u00e9r\u00e9 soit comme anc\u00eatre soit comme protec-teur qu&rsquo;il est interdit de tuer. Mais c&rsquo;est surtout \u00e0 l&rsquo;occasion de la mort que se manifestentles croyances animistes des Gu\u00e9r\u00e9s. Le Zouhou \u00e9tant indestruc-tible, capable de conscience, et susceptible de se transformeren principe protecteur ou tourmenteur selon les cas, a droit au respect et \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration des vivants. Il continue \u00e0 \u00e9voluerdans le clan ou le village, et tel f\u00e9ticheur puissant conserve outre tombe ses pouvoirs et sa science, de m\u00eame que tel chef d\u00e9c\u00e9d\u00e9 garde son commandement, son autorit\u00e9. Certes, le Zouhou se r\u00e9incarne, il rentre un jour dans le foie d&rsquo;un nouveau-n\u00e9, mais il ne perd pas pour cela souvenir de sa condition ant\u00e9rieure. Il semble \u00e0 ce sujet que le d\u00e9lai de r\u00e9incarnation soit perceptible aux vivants de la famille ; tant que dure la tristesse occasion- n\u00e9e par le d\u00e9c\u00e8s le Zouhou du d\u00e9funt est retenu au village des morts. La cessation du chagrin est signe que le Zouhou est r\u00e9incarn\u00e9. La mort a pris fin, le deuil est termin\u00e9 et les h\u00e9ri- tiers peuvent donner une f\u00eate accompagn\u00e9e de danses et de liba- tions marquant la fin du deuil. C&rsquo;est \u00e0 cette f\u00eate que font allusion les militaires ou les employ\u00e9s de l&rsquo;administration quand ils sollicitent la permission d&rsquo;aller \u00ab faire fun\u00e9railles \u00bb dans leur village. V\u00e9rification faite, il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;un d\u00e9c\u00e8s remontant \u00e0 2, 3 ou 4 mois, donc \u00e0 un ensevelissement ancien. Le chef europ\u00e9en non pr\u00e9venu peut supposer que le requ\u00e9rant cherche\u00e0 le duper. Il n&rsquo;en est rien. C&rsquo;est l&rsquo;expression \u00ab faire fun\u00e9raille \u00bb qui pr\u00eate \u00e0 confusion. \u00ab Faire fin de deuil \u00bb serait plus v\u00e9ridique. <\/p>\n\n\n\n<p>P63-64 fun\u00e9railles, cimeti\u00e9re<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ensevelissement proprement dit ne pr\u00eate \u00e0 aucune c\u00e9r\u00e9monie particuli\u00e8re. Il rev\u00eat m\u00eame souvent un caract\u00e8re clandestin.Ceci tient \u00e0 l&rsquo;inviolabilit\u00e9 qu&rsquo;il convient d&rsquo;assurer aux tombes ; celles-ci sont toujours creus\u00e9es loin du village, dans les endroits les plus d\u00e9serts et les moins accessibles de la sylve, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on peut supposer que jamais personne n&rsquo;ira d\u00e9fricher ou construire. Il n&rsquo;est d\u00e9rog\u00e9 \u00e0 cette r\u00e8gle que pour les chefs politiques ou reli- gieux dont on tient \u00e0 m\u00e9nager l&rsquo;influence, et qui sont ensevelis\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur case, voire sous l&rsquo;aire m\u00eame de celle-ci. Cette pra- tique s&rsquo;\u00e9tend dans les familles aux tr\u00e8s vieux parents, r\u00e9put\u00e9s pour leurs exploits pass\u00e9s, leurs connaissances ou leur sagesse, et qui peuvent \u00eatre enterr\u00e9s sous les pierres du foyer. Ces coutumes se heurtent \u00e0 notre conception du \u00ab cimeti\u00e8re \u00bb tel que l&rsquo;administration cherche \u00e0 le r\u00e9aliser aupr\u00e8s de chaque agglom\u00e9ration. Il faut bien dire que si l&rsquo;ensevelissement en for\u00eat d\u00e9serte ne soul\u00e8ve point d&rsquo;objection il n&rsquo;en est pas de m\u00eame de l&rsquo;ensevelissement \u00ab \u00e0 domicile \u00bb, susceptible d&rsquo;engendrer des \u00e9pid\u00e9mies graves et de favoriser des pratiques de n\u00e9crophagie ou de magie noire contre lesquelles il ne saurait \u00eatre pris trop de mesures.<\/p>\n\n\n\n<p>P65 recherche du sorcier, ordalie<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi chez les Gu\u00e9r\u00e9s et hors les cas de mort violente, le d\u00e9c\u00e8s est toujours le r\u00e9sultat d&rsquo;une conjuration : un \u00ab sorcier \u00bb a pro- voqu\u00e9 la mort du d\u00e9funt, a fait \u00ab mauvais grigri \u00bb contre lui. Il importe par suite de d\u00e9couvrir le coupable, le f\u00e9ticheur est charg\u00e9 de ce soin et y parvient par des incantations appropri\u00e9es.Le cadavre est promen\u00e9 dans le village sur les \u00e9paules de ses proches. La case devant laquelle il les fait arr\u00eater est celle du coupable. Si le pr\u00e9venu avoue, il est jug\u00e9 et condamn\u00e9 pour meurtre. S&rsquo;il nie, il doit subir l&rsquo;\u00e9preuve du bois rouge, ou l&rsquo;\u00e9preuve du poison ; dans le premier cas il lui est inject\u00e9 sous les paupi\u00e8res le produit de mac\u00e9ration d&rsquo;une \u00e9corce rouge\u00e2tre, provenant d&rsquo;un bois appel\u00e9 Thr\u00e9 et contenant une violente substance toxique. Si le patientperd la vue, c&rsquo;est qu&rsquo;il est effectivement le coupable recherch\u00e9.Dans le second cas, il doit absorber en public un poison pr\u00e9par\u00e9par le f\u00e9ticheur. S&rsquo;il vomit aussit\u00f4t apr\u00e8s et \u00e9chappe ainsi aux effets du toxique, c&rsquo;est qu&rsquo;il est innocent.<\/p>\n\n\n\n<p>P71 soci\u00e9t\u00e9 de charmeurs de serpents<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame village existe une Soci\u00e9t\u00e9 de charmeurs de ser- pents avec chef dirigeant les exercices, tam-tam d&rsquo;accompagne-ment et f\u00e9ticheur propre \u00e0 conjurer les reptiles. Il convient d&rsquo;ajouter que ceux-ci sont pour la plupart priv\u00e9s de leurs crocs \u00e0 venin et sont par suite inoffensifs. Nous n&rsquo;avons pu conna\u00eetrele but de cette soci\u00e9t\u00e9 non plus que la signification de ses exhi- bitions. Il est probable que les Gu\u00e9r\u00e9s n&rsquo;en savent rien eux- m\u00eames. Peut-\u00eatre y faut-il voir la survivance de tr\u00e8s anciennes c\u00e9r\u00e9monies \u00e0 caract\u00e8re tot\u00e9mique. Les membres de la Soci\u00e9t\u00e9ne doivent jamais tuer le serpent, ils sont par contre immunis\u00e9scontre son venin et leur f\u00e9ticheur est d\u00e9tenteur des formulesd&rsquo;incantation qui permettent de capturer vivants tous les rep- tiles. A l&rsquo;appel du f\u00e9ticheur le serpent sort de la brousse et vient se rouler de lui-m\u00eame dans une caisse plac\u00e9e aux pieds de l&rsquo;op\u00e9- rateur cependant que les acolytes frappent du tam-tam et dansent lentement autour de celui-ci. Nous avouons n&rsquo;avoir pu assister \u00e0 ce genre de capture, laquelle d&rsquo;ailleurs doit \u00eatre effec- tu\u00e9e en l&rsquo;absence de toute personne \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la confr\u00e9rie, ce qui permet des doutes quant \u00e0 la mani\u00e8re dont on la m\u00e8ne \u00e0 bonne fin.<\/p>\n\n\n\n<p>P 71-75  Les soci\u00e9t\u00e9s de danseurs et masques, hommes panth\u00e8res, sorciers<\/p>\n\n\n\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s de danseurs sont tr\u00e8s nombreuses. Elles groupent g\u00e9n\u00e9ralement autour d&rsquo;un f\u00e9ticheur affubl\u00e9 d&rsquo;un masque terri- fiant et v\u00eatu d&rsquo;une \u00e9paisse crinoline en fibres, une douzaine d&rsquo;affi- li\u00e9s, costum\u00e9s de mani\u00e8re uniforme et pourvus d&rsquo;attributs vari\u00e9s : lances, faisceaux de plumes, match\u00e8tes, grelots, etc&#8230; Les dansesmiment des sc\u00e8nes de chasse, de guerre ou d&rsquo;amour dont le f\u00e9ticheur est le seul acteur, ses acolytes remplissant en quelquesorte le r\u00f4le du ch\u0153ur antique et soulignant les gestes ou les moments de la parodie. Le masque repr\u00e9sente un animal,anc\u00eatre d&rsquo;une lign\u00e9e d&rsquo;animaux et sans doute aussi d&rsquo;une lign\u00e9e parall\u00e8le d&rsquo;humains. C&rsquo;est le p\u00e8re-serpent, le p\u00e8re-buffle, le p\u00e8re-sanglier. Mais il peut figurer aussi le g\u00e9nie des Eaux, la M\u00e8re-Brousse, le Feu du Ciel. Il sert alors \u00e0 des repr\u00e9sentations purement religieuses. Dans la s\u00e9rie des Masques animaux, le masque de la M\u00e8re- Panth\u00e8re m\u00e9rite une mention particuli\u00e8re : il n&rsquo;est jamais pro-duit en public. Il demeure cach\u00e9 dans un asile de la For\u00eat choisi par les seuls descendants du Fauve. Ceux-ci forment une Soci\u00e9t\u00e9secr\u00e8te et \u00e0 certaines \u00e9poques de la lune, s&rsquo;identifient avec l&rsquo;ani- mal originel et doivent \u00e0 son exemple enlever et d\u00e9pecer des enfants. Les hommes-panth\u00e8res sont inconnus de tous. Il arrive qu&rsquo;ils ignorent eux-m\u00eames leur redoutable caract\u00e8re. L&rsquo;un d&rsquo;eux, convaincu de meurtre, pr\u00e9tendait \u00e0 Toul\u00e9pleu s&rsquo;\u00eatre r\u00e9veill\u00e9une belle nuit dans le corps d&rsquo;une panth\u00e8re, et avoir inconsciem- ment enlev\u00e9 puis d\u00e9chiquet\u00e9 le corps d&rsquo;un enfant, son propreneveu, qui dormait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui dans la case. Acte d&rsquo;un fou sans doute ou d&rsquo;un faible influenc\u00e9 par des contes hallucinants. Mais quand il y a crime de plusieurs ? Il faut penser qu&rsquo;au cours des myst\u00e9rieuses c\u00e9r\u00e9monies qui les r\u00e9unissent dans la For\u00eat, les soi-disant hommes-panth\u00e8res arri- vent \u00e0 se suggestionner eux-m\u00eames et qu&rsquo;une antique traditionjalousement gard\u00e9e leur commande \u00e0 certaines \u00e9poques des sacrifices humains en l&rsquo;honneur de leur sauvage divinit\u00e9. Les victimes sont en effet labour\u00e9es et d\u00e9membr\u00e9es comme par le fauve lui-m\u00eame, mais ne sont pas mang\u00e9es. Il y a donc holo- causte et non anthropophagie.Les sorciers et les sorci\u00e8res forment \u00e9galement des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes. Le lieu de r\u00e9union choisi au plus secret de la For\u00eat voit se d\u00e9rouler d&rsquo;\u00e9tranges c\u00e9r\u00e9monies nocturnes. Rites d&rsquo;initia-tion des nouveaux adeptes, conjurations, envo\u00fbtements, voire actes de cannibalisme en forment sans doute le programme habi- tuel.La confection de ce que nous pourrions appeler \u00ab les sorts \u00bb y doit tenir \u00e9galement une grande place : ce sont l\u00e0 les \u00ab mauvaisgris-gris \u00bb faits pour nuire \u00e0 tel ou tel et devant entra\u00eener les maladies, la mort, la perte du b\u00e9tail, etc. (1). Il nous a \u00e9t\u00e9 impossible de recueillir sur ces pratiques aucun t\u00e9moignage pr\u00e9cis pour l&rsquo;excellente raison que les sorciers en gardent jalousement le secret. Ils ne d\u00e9voilent m\u00eame point leur qualit\u00e9 ce n&rsquo;est pas pour faire conna\u00eetre le programme de leurs assembl\u00e9es et les proc\u00e9d\u00e9s de leur Magie. (1) Soulignons que ces r\u00e9unions se font de plus en plus rares, inqui\u00e9- t\u00e9es et traqu\u00e9es qu&rsquo;elles sont par les autorit\u00e9s administratives. <\/p>\n\n\n\n<p>P73 jongleurs d&rsquo;enfants<\/p>\n\n\n\n<p>Plus accessibles et plus aimables sont les jongleurs d&rsquo;enfants, v\u00e9ritables troupes de baladins effectuant des tourn\u00e9es p\u00e9rio- diques entre Cavally et Sassandra. Outre l&rsquo;in\u00e9vitable tam-tamrythmant les exercices, elles se composent de trois ou quatre jon- gleurs et de fillettes de quatre \u00e0 sept ans. Les jongleurs se lancentles enfants l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, les font tournoyer autour de leur t\u00eate les lancent en l&rsquo;air et font mine de les recevoir sur la pointe d&rsquo;un poignard, les balancent au-dessus d&rsquo;une pierre, que le front de la fillette effleure \u00e0 chaque fois, comme si l&rsquo;op\u00e9rateur lui voulait briser le cr\u00e2ne, etc&#8230; Ces exhibitions souvent p\u00e9rilleuses rappel- lent par certains c\u00f4t\u00e9s nos jeux de Cirque et sont toujoursimpressionnantes. Elles ne paraissent plus avoir de signification mystique si tant est qu&rsquo;elles en aient jamais eue. Ce n&rsquo;est plus que de l&rsquo;acro-batie non d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;art tant par la valeur des op\u00e9rateurs que par la beaut\u00e9 plastique des gestes et des attitudes.<\/p>\n\n\n\n<p>P 76 Le poison<\/p>\n\n\n\n<p>La science des poisons est tr\u00e8s r\u00e9pandue en pays Gu\u00e9r\u00e9, et bien qu&rsquo;\u00e9tant l&rsquo;apanage pour ainsi dire corporatif des f\u00e9ticheurs et surtout des sorciers, elle compte parmi les profanes en mati\u00e8re de sorcellerie ou de magie noire, de redoutables amateurs. Il n&rsquo;est peut-\u00eatre pas t\u00e9m\u00e9raire d&rsquo;affirmer que plus de 15 % des d\u00e9c\u00e8s dus \u00e0 d&rsquo;apparentes maladies sont provoqu\u00e9s en ce pays par des man\u0153uvres criminelles. L&rsquo;ambition, la cupidit\u00e9 ou la vengeance sont les mobiles ordinaires de ces meurtres. Le plus expos\u00e9 est \u00e9videmment le chef, soit qu&rsquo;un rival aspire \u00e0 son autorit\u00e9, soit qu&rsquo;un h\u00e9ritier s&rsquo;impatiente de sa long\u00e9vit\u00e9, soit enfin qu&rsquo;une partie de la population soit m\u00e9contente de ses d\u00e9cisions ou de sa politique. Soulignons quant \u00e0 ce dernier cas que certains chefs jeunes, intelligents, \u00e9nergiques, judicieusementintronis\u00e9s par l&rsquo;autorit\u00e9 fran\u00e7aise ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 mort pr\u00e9cis\u00e9ment pour la mani\u00e8re trop exacte et trop consciencieuse,au gr\u00e9 de leurs administr\u00e9s, dont ils comprenaient leur r\u00f4le. H\u00e2tons-nous d&rsquo;avouer que les chefs ex\u00e9cut\u00e9s pour ce motif furent tr\u00e8s peu nombreux, les bons \u00e9l\u00e9ments de commandement indig\u00e8ne \u00e9tant extr\u00eamement rares en pays Gu\u00e9r\u00e9. En dehors des chefs proprement dits, les chefs de cases opu- lents, les p\u00e8res dont plusieurs rivaux se disputent une fille, ces rivaux eux-m\u00eames et entre eux-m\u00eames, les maris dont une femmeest lasse ou jalouse, les personnes \u00e2g\u00e9es venant de recevoir un h\u00e9ritage,les gens ayant insult\u00e9 ou humili\u00e9 un tiers en public&#8230; etc&#8230; sont \u00e9galement expos\u00e9s \u00e0 d\u00e9c\u00e9der un jour apr\u00e8s un bref malaise.C&rsquo;est assez dire qu&rsquo;en somme il est peu de Gu\u00e9r\u00e9s qui n&rsquo;aient\u00e0 redouter le \u00ab mauvais gri-gri \u00bb ou le \u00ab mauvais riz \u00bb. de quel- qu&rsquo;un. Quand des faits de cette nature parviennent \u00e0 la connaissancede l&rsquo;autorit\u00e9 fran\u00e7aise, il est relativement ais\u00e9 par une enqu\u00eateappropri\u00e9e de d\u00e9couvrir le coupable, quand ce ne serait qu&rsquo;en appliquant la formule \u00ab chercher d&rsquo;abord \u00e0 qui a pu profiterle meurtre ! \u00bb Mais encore faut-il que le meurtre soit connu, et surtout prouv\u00e9. Or, cette preuve est excessivement d\u00e9licate \u00e0 faire. Comme les faits ne sont connus que tardivement l&rsquo;autopsie ne donne sou- vent aucun r\u00e9sultat. En outre, les Gu\u00e9r\u00e9s usent de substancestoxiques encore mal connues et ne laissant pas de traces con- vaincantes dans l&rsquo;organisme. Enfin, les enqu\u00eateurs se heurtentde la part de la population \u00e0 un parti pris d\u00e9termin\u00e9 d&rsquo;ignorance ou de silence : ou bien ceux qui pourraient \u00e9claircir la justice se taisent par crainte de vengeances, ou bien ils redoutent d&rsquo;\u00eatre impliqu\u00e9s dans l&rsquo;affaire \u00e0 un titre quelconque. La recherchedes t\u00e9moignages est par suite une t\u00e2che tr\u00e8s d\u00e9licate et, malheu-reusement, tr\u00e8s souvent vaine. La d\u00e9nonciation, quand il en survient une, n&rsquo;est jamais un geste de moralit\u00e9, mais toujours au contraire un acte de rancune, de vengeance ou de cupidit\u00e9. Elle est donc suspecte au premier chef et les cas sont innombrables de faux t\u00e9moignages ou d&rsquo;accu-sations calomnieuses.<\/p>\n\n\n\n<p>P77-78 l&rsquo;anthropophagie<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;anthropophagie est indubitablement pratiqu\u00e9e en pays Gu\u00e9r\u00e9. Certes la colonisation fran\u00e7aise l&rsquo;a r\u00e9duite \u00e0 des cas isol\u00e9s et de plus en plus rares. Les derniers jugements intervenus pour crimes de ce genre remontent \u00e0 1931 (Toul\u00e9pleu) et fin 1932 (Du\u00e9kou\u00e9). Mais dans une r\u00e9gion sylvestre de l&rsquo;\u00e9tendue de celle-ci, dont les villages se diss\u00e9minent au long de pistes pr\u00e9- caires, cach\u00e9s dans le plus profond de la for\u00eat, dont les popula- tions barbares adonn\u00e9es aux pires pratiques naturistes sont au surplus baillonn\u00e9es par la terreur, pouvons-nous affirmer que certaines traditions sanglantes ne se perp\u00e9tuent pas encore de temps \u00e0 autre \u00e0 notre insu ? Non, certes. Il faut admettre le fait quand ce ne serait que pour achever de le traquer. D\u00e9j\u00e0 il est oblig\u00e9 de se terrer dans les asiles secrets de la sylve. Les sectes cannibales m\u00eame op\u00e9rant dans le plus complet myst\u00e8re ne sont plus certaines de n&rsquo;\u00eatre point d\u00e9couvertes. Le contr\u00f4le des d\u00e9c\u00e8s, la fr\u00e9quence et la rigueur des recensements lors des tourn\u00e9esadministratives rendent malais\u00e9 \u00e0 dissimuler certaines dispari- tions de personnes que ni les registres d&rsquo;\u00e9tat civil, ni le contr\u00f4ledes \u00e9migrants ne permettent d&rsquo;affirmer d\u00e9c\u00e9d\u00e9es ou parties en voyage. Il y a l\u00e0 un effort \u00e0 poursuivre et m\u00eame \u00e0 intensifier. Le d\u00e9nombrement inlassable des individus et le d\u00e9veloppement des voies de p\u00e9n\u00e9tration auront vite raison des vestiges de ce qui fut jadis avant la conqu\u00eate fran\u00e7aise l&rsquo;une des coutumes les plus inhumaines de cette r\u00e9gion.La question du caract\u00e8re de l&rsquo;anthropophagie jadis pratiqu\u00e9e en For\u00eat de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e. Etait-elle une n\u00e9cessit\u00e9alimentaire ou relevait-elle uniquement d&rsquo;obligations religieuses,de pratiques rituelles ? Nous ne pr\u00e9tendons pas r\u00e9pondre pour l&rsquo;ensemble des peuples de cette Colonie. En ce qui concerne uni- quement les Gu\u00e9r\u00e9s par contre, nous croyons pouvoir conclureau caract\u00e8re purement rituel de leurs actes d&rsquo;anthropophagie pass\u00e9s. La for\u00eat en effet a toujours fourni \u00e0 ses habitants un gibier abondant et vari\u00e9. Le Gu\u00e9r\u00e9 sait chasser et pi\u00e9ger. Les singes, les biches, les sangliers, les hippopotames, les b\u0153ufs sauvages, les \u00e9l\u00e9phants se rencontrent partout en grand nombre. Les rivi\u00e8res, tr\u00e8s nombreuses, sont extr\u00eamement fournies en poissons et l&rsquo;indig\u00e8ne sait les barrer par des lignes de nasses qui lui procurent sans effort de sa part, des p\u00eaches assur\u00e9es. Une population de densit\u00e9 aussi faible, r\u00e9partie sur d&rsquo;aussi vastes domaines ne peut arriver \u00e0 en \u00e9puiser les ressources et n&rsquo;a point besoin par suite de chasser l&rsquo;homme pour subsister. Que cer- tains individus ayant go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la chair humaine et l&rsquo;ayant trouv\u00e9eparticuli\u00e8rement savoureuse aient tent\u00e9 de s&rsquo;en procurer d&rsquo;autrepar gourmandise, cela est possible et m\u00eame certain. C&rsquo;est l&rsquo;his- toire du tigre d&rsquo;Indochine qui ne devient \u00ab mangeur d&rsquo;hommes \u00bb que du jour o\u00f9 il a eu l&rsquo;occasion, \u00e9tant affam\u00e9, d&rsquo;en d\u00e9vorer un pour la premi\u00e8re fois. Mais pour l&rsquo;ensemble des Gu\u00e9r\u00e9s l&rsquo;anthro-pophagie ne r\u00e9pondait nullement \u00e0 un besoin imp\u00e9rieux de ravi- taillement carn\u00e9. Tous les renseignements recueillis concordentau contraire \u00e0 en faire ressortir le caract\u00e8re religieux : elle \u00e9tait avant tout un sacrifice humain offert \u00e0 la puissance que la col- lectivit\u00e9 d\u00e9sirait apaiser ou circonvenir. La consommationn&rsquo;intervenait qu&rsquo;ensuite, soit que les assistants s&rsquo;imaginent s&rsquo;incorporer l&rsquo;objet m\u00eame du sacrifice, soit qu&rsquo;ils croient entrer par l\u00e0 en communication intime avec la Force sollicit\u00e9e et en acqu\u00e9rir la puissance d&rsquo;intervention. Dans certains cas, le san- glant festin pouvait aussi avoir pour but de conf\u00e9rer \u00e0 ceux qui le partageaient les qualit\u00e9s physiques ou morales de la victime : courageux guerriers, vieillards connus pour leur sagesse, f\u00e9ti- cheurs c\u00e9l\u00e8bres par leurs pouvoirs purent ainsi \u00eatre mang\u00e9s,dans la conviction d&rsquo;acqu\u00e9rir ce faisant leur valeur guerri\u00e8re, leur exp\u00e9rience ou leur science. Au d\u00e9but de notre occupation, les Blancs (auxquels tous les Noirs attribuent des pouvoirs extraordinaires) \u00e9taient particuli\u00e8rement vis\u00e9s \u00e0 cet \u00e9gard. Enfin et lors des luttes intestines de jadis, le fait de manger son adversaire pouvait appara\u00eetre comme le couronnement d&rsquo;une vengeance ou la r\u00e9paration la plus \u00e9clatante d&rsquo;un affront ou d&rsquo;un tort subis. Autant qu&rsquo;il nous est permis en d\u00e9finitive d&rsquo;\u00eatre renseign\u00e9s en la mati\u00e8re, nous ne voyons jamais le souci alimen- taire, la privation de viande, jeter les individus de ce pays \u00e0 la chasse de leurs voisins pour apaiser leur faim. Il vit encore ici des vieillards qui avouent sans fard avoir mang\u00e9 de l&rsquo;homme avant l&rsquo;arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais. Ils ont une excuse : c&rsquo;\u00e9tait la cou- tume dans certains cas et les Blancs n&rsquo;\u00e9taient pas encore l\u00e0 pour l&rsquo;interdire. Il y a d&rsquo;ailleurs amplement prescription ! Apprivoi-s\u00e9s par quelque cadeau ils se laissent aller assez volontiers aux confidences (inutile d&rsquo;ajouter qu&rsquo;ils ne t\u00e9moignent d&rsquo;aucunremords). Eh bien ! aucun de ceux que nous avons pu faire parler ne nous a donn\u00e9 la faim de viande comme excuse. C&rsquo;\u00e9tait tou- jours, comme nous le disions, c\u00e9r\u00e9monie propitiatoire, recherche des qualit\u00e9s de la victime, acte de vengeance ou acte de guerre.Tous s&rsquo;accordent pour dire que \u00ab c&rsquo;\u00e9tait bon, surtout le foie \u00bb&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>P79 la langue gu\u00e9r\u00e9 : interressant pour un petit texte<\/p>\n\n\n\n<p>1\u00b0 D\u00c9SIGNATION DES OBJETS.<br>L&rsquo;article ind\u00e9fini tel que nous le connaissons n&rsquo;existe pas<br>en langage Gu\u00e9r\u00e9. L&rsquo;objet est d\u00e9sign\u00e9 par son concept accompagn\u00e9<br>soit d&rsquo;un nombre, soit d&rsquo;un nom propre, soit d&rsquo;un qualificatif<br>suivant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;exprimer une id\u00e9e d&rsquo;\u00e9num\u00e9ration,<br>de possession, de qualit\u00e9 ou de lieu.<br>Ainsi, on ne dira pas \u00ab la case \u00bb mais \u00ab une case \u00bb ou \u00ab case de<br>Un Tel \u00bb, ou \u00ab Case toute neuve \u00bb ou \u00ab case situ\u00e9e au pied de<br>tel arbre \u00bb.<br>L&rsquo;adjectif qualificatif est par contre l&rsquo;un des auxiliaires les<br>plus employ\u00e9s de ce langage qui ne proc\u00e8de que par d\u00e9finitions,<br>il est toujours plac\u00e9 apr\u00e8s le nom qu&rsquo;il d\u00e9termine.<br>Ex : koho nemonguiri = riz bon \u00e0 manger (du bon riz)<br>koho sehirinemon = riz mauvais \u00e0 manger (du mauvais riz)<\/p>\n\n\n\n<p>Touhokla = arbre grand (le grand arbre).<br>Gbou You = maison petite (la petite maison).<br>Le nombre est marqu\u00e9, non par une forme sp\u00e9ciale et valable<br>pour tous cas, mais par les indications : \u00ab plusieurs \u00bb.<br>\u00ab Plusieurs \u00bb = Donhou. Ex : Gbou Douhou Bli = l&rsquo;endroit<br>o\u00f9 il y a des cases.<br>\u00ab Peu nombreux \u00bb = Segui\u00e9. Ex : Gbou Segui\u00e9 bli = l&rsquo;endroit<br>o\u00f9 il y a peu de cases.<br>\u00ab Beaucoup \u00bb = Kla. Ex : Gbou kla bli = l&rsquo;endroit o\u00f9 il y a<br>beaucoup de cases (le gros village),<br>ce dernier s&rsquo;appliquant d&rsquo;ailleurs aussi bien \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de profusion<br>qu&rsquo;\u00e0 celle de hauteur, de largeur ou d&rsquo;abondance.<br>Le genre s&rsquo;exprime par des noms diff\u00e9rents.<br>Ainsi la biche m\u00e2le se dit : gn\u00e9mi bl\u00f4<br>et la biche femelle : gn\u00e9mi n\u00f4n.<br>Les objets inanim\u00e9s n&rsquo;ont point de genre, l&rsquo;inexistence d&rsquo;article<br>oblige d&rsquo;ailleurs au neutre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<br>Somme toute, le Gu\u00e9r\u00e9 ignore encore la synth\u00e8se, les concepts<br>arbre, maison, fleur, oiseau par exemple lui sont inconnus.<br>Il ne con\u00e7oit que tel arbre d\u00e9termin\u00e9, que telle maison appartenant<br>\u00e0 tel individu, que telle fleur de telle plante, que l&rsquo;oiseau<br>de tel nom. Ordonner \u00e0 un Gu\u00e9r\u00e9 d&rsquo;aller p\u00eacher \u00abdu poisson\u00bb<br>est s&rsquo;exposer \u00e0 le voir revenir les mains vides, lui commander<br>par contre de rapporter telle quantit\u00e9 de tel poisson ayant tel<br>nom est une certitude de ravitaillement.<br>2\u00b0 EXPRESSION DE LA PERSONNALIT\u00c9 ET DE LA POSSESSION.<br>Les Gu\u00e9r\u00e9s r\u00e9unissent sous les m\u00eames vocables ce que nous<br>appelons pronoms personnels et pronoms possessifs. Chez ce<br>peuple profond\u00e9ment individualiste comme tous les primitifs<br>et attach\u00e9 \u00e0 de maigres biens dont l&rsquo;acqu\u00eat et la garde exigent<br>des soucis et des efforts toujours disproportionn\u00e9s \u00e0 leur valeur,<br>les notions de personnes et de propri\u00e9t\u00e9 sont arriv\u00e9es \u00e0 se confondre<br>au point que le m\u00eame mot indique indiff\u00e9remment l&rsquo;un<br>ou l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi m\u00e2 veut-il dire je ou mon. Ex : ma maghi = je marche.<br>h\u00e2 veut-il dire toi ou ton. Ex : ma koho = mon riz.<br>h\u00f4 veut-il dire lui ou son<br>Nous, vous ou eux, notre, votre ou leurs sont d\u00e9sign\u00e9s par les<br>m\u00eames vocables suivis de Douhou Segui\u00e9 ou \u00ab kla \u00bb suivant<br>l&rsquo;importance du groupe de personnes en cause ou du nombre<br>d&rsquo;objets consid\u00e9r\u00e9s. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on dira :<br>m\u00e2 tamoin&rsquo;d\u00e9 ma = je<br>douhou tdaomuhooinu&rsquo; d=e =pl upsaierluerrs nous parlons<br>h\u00e2 tamoin&rsquo; de h\u00e2 = toi<br>douhou tamoin&rsquo; d\u00e9 = parler vous parlez<br>douhou = plusieurs<br>h\u00f4 tamoin&rsquo; d\u00e9 h\u00f4= eux ils parlent<br>s\u00e9gui\u00e9 tasm\u00e9gouii\u00e9n &lsquo;d=\u00e9 p=eu p naorlmerb reux entre quelques-uns.<br>h\u00f4 tamoin&rsquo;d\u00e9 h\u00f4= eux Ils parlent<br>kla takmla o=in &lsquo;ndo\u00e9m =b rpeuaxrl er en grande assemb\u00e9e.<br>ma koho m= \u00e2kjoeh o = le riz notre riz douhou douhou = plusieurs<br>h\u00f4 koho h\u00f4= eux leur riz<br>s\u00e9gui\u00e9 s\u00e9kgohuo i\u00e9= = plee uriz nombreux \u00e0 quelques-uns).<br>h\u00e2g b&rsquo;ou h\u00e2 = toi vos cases<br>kla kg &lsquo;lab o=u =no mbcraesuex (en grand nombre).<br>3\u00b0 EXPRESSION DE L&rsquo;ACTION.<br>L&rsquo;action est exprim\u00e9e en langage gu\u00e9r\u00e9 par le verbe. Le<br>verbe est toujours employ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infinitif, \u00e0 l&rsquo;exclusion de tout<br>autre mode.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi :<br>je mange se dit moi manger,<br>tu marches se dit toi marcher,<br>nous parlons se dit moi parler plusieurs,<br>vous dormez se dit toi dormir plusieurs.<br>L&rsquo;actif et le passif sont toutefois marqu\u00e9s par des tournures<br>propres, encore qu&rsquo;assez mal diff\u00e9renci\u00e9es : l&rsquo;actif transitif peut<br>s&rsquo;exprimer par des phrases du genre suivant :<br>Panth\u00e8re capture mouton (Dhi g&rsquo;bohouin bla)<br>l&rsquo;actif intransitif est repr\u00e9sent\u00e9 par contre sous des formes telles<br>que :<br>pierre tombe (sohou ga\u00ef)<br>poisson nage (zemien dr\u00e9)<br>le passif ne se diff\u00e9rencie pas de l&rsquo;actif transitif : \u00ab panth\u00e8re<br>capture mouton \u00bb, peut \u00e9galement vouloir dire mouton captur\u00e9<br>par panth\u00e8re. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;interlocuteur de pr\u00e9ciser par sa mimique,<br>l&rsquo;intonation et l&rsquo;expos\u00e9 des circonstances qui est le sujet ou<br>l&rsquo;objet. Les temps du verbe s&rsquo;expriment par un adverbe ou un<br>adjectif accol\u00e9s \u00e0 l&rsquo;infinitif pr\u00e9cisant l&rsquo;action. C&rsquo;est ainsi que :<br>au pr\u00e9sent : je marche : moi marcher tout de suite (m\u00e2 maghi<br>ad\u00f4)<br>au pass\u00e9 : je marchais : moi marcher fini (m\u00e2 maghi gou\u00e9)<br>au futur : je marcherai : moi marcher demain (m\u00e2 maghi glahi).<br>Le pr\u00e9sent est en somme ce que l&rsquo;on entreprend au moment<br>o\u00f9 l&rsquo;on parle, le pass\u00e9 ce qui est termin\u00e9, et le futur ce que l&rsquo;on<br>compte faire d\u00e8s l&rsquo;aube \u00e0 venir car chaque jour suffit \u00e0 sa t\u00e2che<br>et l&rsquo;on n&rsquo;entreprend rien de nouveau, le programme d&rsquo;une journ\u00e9e<br>une fois rempli.<br>Le mode impersonnel est connu des Gu\u00e9r\u00e9s, et ceci n&rsquo;est point<br>pour nous surprendre de la part d&rsquo;une population qui fait une<br>telle place dans sa vie affective aux forces de la Nature. Mais<br>ces forces \u00e9tant personnifi\u00e9es et invoqu\u00e9es comme de v\u00e9ritables<br>entit\u00e9s conscientes, il s&rsquo;ensuit que notre impersonnel rejoint<br>ici tout simplement l&rsquo;intransitif ordinaire : Ainsi dit-on :<br>Nuhui n&rsquo;daba = eau d&rsquo;en haut (il pleut).<br>Mihiro k\u00e9ma\u00ef = soleil tr\u00e8s chaud (il fait chaud).<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;interrogatif n&rsquo;est marqu\u00e9 que par l&rsquo;intonation donn\u00e9e \u00e0 la<br>phrase. Ainsi :<br>ha oue\u00ef = toi argent (tu as de l&rsquo;argent) se transforme en<br>ha ouei ? = toi argent ? (as-tu de l&rsquo;argent ?).<br>L&rsquo;affirmatif est marqu\u00e9 par m\u00e2, mot qui exprime tout autant<br>la premi\u00e8re personne du singulier, que le possessif mon ou une<br>adh\u00e9sion analogue au ouagha berb\u00e8re. C&rsquo;est en somme et tout<br>\u00e0 la fois le je, le moi, le mon et le oui (mais en ce dernier cas<br>c&rsquo;est un oui normand qu&rsquo;il est plus prudent de traduire par<br>\u00ab entendu \u00bb ou \u00ab peut-\u00eatre \u00bb).<br>M\u00e2 est en outre la transposition en langage Gu\u00e9r\u00e9 de nos<br>auxiliaires \u00eatre et avoir. Ainsi dit-on :<br>m\u00e2 d\u00e9 poh\u00e2 = je malade = je suis malade,<br>ou m\u00e2 ekoho d\u00e9 = moi riz acheter \u2014 j&rsquo;ai achet\u00e9 du riz, ou<br>encore :<br>m\u00e2 g&rsquo;b\u00e9hi kou\u00e9hi = je grand fort \u2014 je suis grand et fort.<br>m\u00e2 n&rsquo;bl\u00e9hinon = moi femme \u2014 je suis mari\u00e9.<br>\u00e9tant entendu que selon la personne qui exprime cet \u00e9tat,<br>il s&rsquo;agit du mari ou de l&rsquo;\u00e9pouse. Un homme qui d\u00e9clare \u00ab moi<br>femme \u00bb peut \u00e9videmment surprendre l&rsquo;europ\u00e9en non averti<br>qui l&rsquo;interroge tout autant que \u00ab ton p\u00e8re pour moi \u00bb signifiant<br>\u00ab mon p\u00e8re \u00bb peut d\u00e9router un enqu\u00eateur mal pr\u00e9par\u00e9 aux formes<br>du langage indig\u00e8ne.<br>Le n\u00e9gatif est exprim\u00e9 par l&rsquo;adjonction d&rsquo;un terme tel que<br>amou ou gou\u00e9 signifiant rien ou fini.<br>Ex : m\u00e2 ouei amou = moi argent rien<br>m\u00e2 ouei gou\u00e9 = moi argent fini<br>pour : je n&rsquo;ai pas ou je n&rsquo;ai plus d&rsquo;argent.<br>L&rsquo;imp\u00e9ratif puisqu&rsquo;il nous faut terminer par ce mode est en<br>langue Gu\u00e9r\u00e9e extr\u00eamement pr\u00e9cis et condens\u00e9. Ce n&rsquo;est pas<br>pour rien que ce peuple anarchisant mais toutefois soumis \u00e0<br>des dominations d&rsquo;autant plus rudes que leur rayonnement<br>\u00e9tait plus restreint, a toujours v\u00e9cu sous l&#8217;emprise de tyranneaux<br>f\u00e9ticheurs ou guerriers dont les d\u00e9cisions \u00e9taient sans<br>appel.<\/p>\n\n\n\n<p>Veut-on un mouton ?<br>Eya m\u00e2 bla ha = Porter moi mouton toi \u2014 Donne-moi ton<br>mouton. Et il n&rsquo;est m\u00eame point besoin d&rsquo;ajouter ad\u00f4 (tout de<br>suite ou vite) un ordre \u00e9tant de par sa nature m\u00eame imm\u00e9diatement<br>ex\u00e9cutable. Ad\u00f4 est superf\u00e9tatoire \u00e0 moins que l&rsquo;on n&rsquo;ajoute<br>glahi c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab demain \u00bb, terme qui autorise toutes les d\u00e9robades<br>en raison de son impr\u00e9cision (\u00ab demain \u00bb est en effet la<br>marque du futur mais il manque de la pr\u00e9cision que nous lui<br>accordons et ne repr\u00e9sente pour le Gu\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;un souci diff\u00e9r\u00e9<br>c&rsquo;est-\u00e0-dire un souci inexistant).<br>4\u00b0 D\u00c9SIGNATION DES PERSONNES ET DES LIEUX.<br>En pays Gu\u00e9r\u00e9 tout comme ailleurs les noms propres d\u00e9rivent<br>soit de particularit\u00e9s physiques, soit de qualit\u00e9s morales,<br>soit des m\u00e9tiers exerc\u00e9s. Les vieilles croyances tot\u00e9miques y<br>adjoignent tout un lot de noms venus des animaux ou des choses<br>de la Nature consid\u00e9r\u00e9s comme origines de protecteurs de certaines<br>lign\u00e9es humaines. Nous nous bornerons \u00e0 citer ci-dessous<br>quelques exemples de ces diverses vari\u00e9t\u00e9s de patronymes,<br>en ne tenant compte que des plus r\u00e9pandus.<br>a) Noms de personnes exprimant des particularit\u00e9s physiques<br>:<br>Yeyou le petit<br>n\u00e9h\u00e9 dohi drou les grandes oreilles<br>Tia iriya yo les gros yeux<br>Gue\u00ef kla le grand<br>guela le vieux<br>goha\u00ef le j eune<br>oula le bas<br>b) Noms de personnes d\u00e9rivant de qualit\u00e9s morales ou intellectuelles<br>:<br>Sr\u00e9 le malin<br>voho le renferm\u00e9 (voho indique la<br>s\u00e9cheresse)<br>pohoho le violent (pohoho est le nom<br>de la tornade)<\/p>\n\n\n\n<p>doni (le doux, (Doni correspond<br>(le calme \u00e0 notre adverbe doucement<br>ou \u00e0 notre<br>injonction : attention<br>d\u00f4 le vif<br>le turbulent (de ad\u00f4, vite)<br>t\u00e9h\u00e9hi l&rsquo;intr\u00e9pide (qualificatif des bons<br>le vaillant guerriers).<br>Bion l&rsquo;autoritaire (Bion en langage<br>courant signifie le<br>chef,celui qui commande).<br>goholo l&rsquo;astucieux (goholo est le nom<br>ou l&rsquo;agile g\u00e9n\u00e9rique du singe).<br>c) Noms de personnes exprimant des professions :<br>Koula\u00ef chasseur<br>Quezzou capteur de serpents<br>Got&rsquo;ba\u00ef batelier<br>Blahi forgeron<br>d) Noms de personnes d\u00e9rivant de noms d&rsquo;animaux, de<br>plantes ou de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels :<br>Les noms de lieux expriment presque toujours une particularit\u00e9<br>de site ou d&rsquo;aspect, particularit\u00e9 marqu\u00e9e par un suffixe<br>sp\u00e9cial : Ainsi Zon signifiant \u00ab au pied de \u00bb se retrouve dans les<br>noms de villages tels que :<br>Bogoazon = au pied du bogoa (vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;iroko).<br>Gu\u00e9zon = au pied de l&rsquo;iroko.<\/p>\n\n\n\n<p>Koua Gu\u00e9zon = au pied de l&rsquo;iroko de Koua (Koua \u00e9tant un<br>chef enterr\u00e9 \u00e0 cet endroit).<br>Zoazon = au pied de la colline.<br>Quin ou Kou\u00e9 signifiant \u00ab au-dessus de \u00bb se retrouve dans :<br>Dokin = sur le mamelon.<br>Guinkin = qui a la gazelle au-dessus (village prot\u00e9g\u00e9 par la<br>gazelle. Tradition tot\u00e9mique).<br>Pantroquin = au-dessus de Pantro (village b\u00e2ti l\u00e0 o\u00f9 le chef<br>Pantro est inhum\u00e9).<br>Du\u00e9kou\u00e9 (Douaikou\u00e9) = sur le dos de l&rsquo;\u00e9l\u00e9phant.<br>Drou \u00ab sur le sommet \u00bb caract\u00e9rise des lieux dits tels que :<br>Douendrou = sur le mont Douen.<br>N\u00e9drou = sur le fer (sur la colline o\u00f9 l&rsquo;on trouve du fer).<br>Tro\u00fbdrou = sur (la tombe de) Tro\u00fb.<br>Tiendrou = sur (la tombe de) Tien.<br>Aye ou Baye signifiant \u00ab campement \u00bb, \u00ab g\u00eete \u00bb, fournit des<br>noms de villages tels que :<br>Nounoubaye = le campement au milieu de la rizi\u00e8re.<br>Djijoubaye = le campement proche des boeufs sauvages.<br>Y a signifiant \u00ab Cime des arbres \u00bb se retrouve dans les d\u00e9signations<br>de lieux telles que :<br>Voya = cime-cr\u00eate d&rsquo;oiseau (l&rsquo;arbre dont la cime ressemble<br>\u00e0 une cr\u00eate d&rsquo;oiseau).<br>Goya = cime du g\u00f4 (vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;acajou).<br>Di\u00e9ya = cime du fromager.<br>V\u00f4ya = cime du palmier \u00e0 huile.<br>A ces endroits sans doute d\u00e9nud\u00e9s devaient se trouver des<br>arbres dominant la r\u00e9gion et servant de rep\u00e8re aux voyageurs.<br>Un autre suffixe tr\u00e8s courant dans la composition des noms<br>de lieux est : Bli qui veut dire \u00ab propri\u00e9t\u00e9 de \u00bb et que l&rsquo;on trouve<br>aussi sous la forme Pleu (d\u00e9riv\u00e9 de la langue Yafouba), ou<br>Glo (terme d&rsquo;origine B\u00e9t\u00e9).<br>Ainsi : Bakobli = village du chef Bako<br>Pehebli = village de P\u00e9h\u00e9<br>Toulopleu = village de Toulo<br>Guiglo = village de Gui.<\/p>\n\n\n\n<p>P 88 contes <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;araign\u00e9e et la panth\u00e8re.<br>(Dict\u00e9 par Noba Martin, instituteur stagiaire).<br>Gnon-Sua, le Dieu, veut conna\u00eetre le plus fort des animaux<br>Il donne une f\u00eate. Tous les animaux viennent. L&rsquo;araign\u00e9e et la<br>panth\u00e8re, les deux camarades, arrivent les derni\u00e8res. En chemin,<br>la panth\u00e8re dit \u00e0 l&rsquo;araign\u00e9e : \u00ab Le jour de la f\u00eate, je lutterai<br>avec toi, comme je suis grande, tu te laisseras tomber, nous<br>nous partagerons le butin. L&rsquo;araign\u00e9e accepte. Arriv\u00e9e au village,<br>elle va trouver le rat et lui dit : \u00ab Fr\u00e8re rat, je voile souvent<br>tes terriers avec ma toile. A ton tour de m&rsquo;aider. Tu vas creuser<br>le terrain de la lutte \u00bb. Le rat part et se met au travail. Il gratte,<br>il creuse partout avant le jour.<br>Le jour de la lutte arrive. Les \u00e9l\u00e9phants, les biches, les singes<br>les rats luttent. La panth\u00e8re se l\u00e8ve. L&rsquo;araign\u00e9e se pr\u00e9sente.<br>Tout le monde \u00e9clate de rire. La lutte commence. La panth\u00e8re<br>tr\u00e9buche. Elle tombe. Les spectateurs applaudissent. L&rsquo;araign\u00e9e<br>gagne le premier prix. La panth\u00e8re se rel\u00e8ve, grogne, fuit.<br>Elle veut se venger. Quelques jours apr\u00e8s, elle se transforme<br>en fille. Elle voyage. Elle arrive chez l&rsquo;araign\u00e9e. L&rsquo;araign\u00e9e<br>est contente. Elle renvoie ses femmes et garde la nouvelle<br>arriv\u00e9e. La nuit venue, la fille reprend la forme de la panth\u00e8re,<br>\u00e9crase l&rsquo;araign\u00e9e, brise le battant de la porte, fuit dans la for\u00eat.<br>Celui qui se croit plus malin que tout le monde rencontre<br>souvent un plus rus\u00e9 que lui.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9phant et le cabri.<br>(Dict\u00e9 par Ouezzou, interpr\u00e8te \u00e0 Guiglo).<br>Un jour le Dieu a donn\u00e9 un morceau de viande au cabri et un<br>morceau de viande \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9phant. Les deux animaux se sont mis<br>sur une roche pour manger. Ils mangent. L&rsquo;\u00e9l\u00e9phant finit sa<br>part. Il demande au cabri : \u00ab que manges-tu encore ? \u00bb Je mange<br>la roche sur laquelle nous sommes assis. D\u00e8s que j&rsquo;aurais fini<br>cela je te mangerai. L&rsquo;\u00e9l\u00e9phant se dit : un petit animal qui<br>mange une roche dure peut me manger aussi. Effray\u00e9, il se<br>sauve dans la for\u00eat voisine et ne revient plus. Depuis ce temps<br>l&rsquo;\u00e9l\u00e9phant a toujours peur du cabri. Les Gu\u00e9r\u00e9s surveillent<br>leurs plantations en criant comme des cabris.<br>Le singe et la tortue.<br>(Dict\u00e9 par N&rsquo;Guessan, instituteur stagiaire \u00e0 Toul\u00e9pleu).<br>Le singe et la tortue sont camarades. Le singe va rendre<br>visite \u00e0 la tortue. La femme de celle-ci pr\u00e9pare un grand plat<br>de riz. Les deux camarades se lavent les mains. La tortue go\u00fbte.<br>Le singe s&rsquo;approche. Il veut manger. Il se gratte, des poux se<br>collent \u00e0 ses ongles, la tortue lui dit : \u00ab Tes mains sont sales \u00bb<br>Le singe se relave les mains. Il les frotte, les savonne, les<br>taches noires ne disparaissent pas. La tortue se r\u00e9gale. Le singe<br>retourne chez lui. Le lendemain, il invite la tortue \u00e0 d\u00eener. Il place<br>les mets sur une souche \u00e9lev\u00e9e. Il grimpe. Il appelle la tortue.<br>Elle s&rsquo;avance, elle veut grimper comme le singe et atteindre<br>le sommet de la souche. Elle saute, elle s&rsquo;accroche, elle retombe<br>par terre. Le singe se r\u00e9gale, descend et dit : \u00ab Camarade tortue,<br>le trompeur est souvent tromp\u00e9 \u00bb.<br>Le coq et le coucou.<br>(Dict\u00e9 par N&rsquo;Guessan, instituteur \u00e0 Toul\u00e9pleu).<br>Autrefois tous les oiseaux vivaient dans la brousse.<br>Un jour, une des femmes du Dieu est morte. Les habitants<br>du village ont voulu l&rsquo;enterrer pendant la nuit. Le Dieu a refus\u00e9. On fut oblig\u00e9 de rester aupr\u00e8s du cadavre toute la nuit.<br>Le Dieu voyant que les assistants s&rsquo;ennuient dit : \u00ab Faites venir<br>les oiseaux. Ils chantent toujours au lever du soleil \u00bb.<br>On appela les oiseaux. Chaque oiseau fit ce qu&rsquo;il put. Le<br>jour n&rsquo;apparut pas. Le coucou s&rsquo;approcha et chanta trois fois.<br>Au quatri\u00e8me chant l&rsquo;aube commen\u00e7a. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas bien<br>apparent. Le Dieu mit le coucou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et fit venir le coq.<br>Le coq chanta une fois. Au deuxi\u00e8me chant le soleil apparut.<br>On fit l&rsquo;enterrement. Le Dieu renvoya le coucou dans la brousse<br>pour annoncer le lever du soleil aux animaux sauvages. Il<br>garda le coq au village pour servir de r\u00e9veil aux hommes.<br>Depuis ce temps on immole des poulets aux d\u00e9funts pour<br>leur servir dans le tertre.<\/p>\n\n\n\n<p>CONTE D&rsquo;ORIGINE DIOULA D&rsquo;ODIENN\u00c9.<br>L&rsquo;hy\u00e8ne et le li\u00e8vre.<br>(Dict\u00e9 par Beugr\u00e9, interpr\u00e8te \u00e0 Guiglo).<br>Le li\u00e8vre tend des pi\u00e8ges. Il attrape souvent des animaux.<br>L&rsquo;hy\u00e8ne le voit. Elle le suit clandestinement. Le li\u00e8vre regarde<br>ses pi\u00e8ges. L&rsquo;hy\u00e8ne se cache. Elle observe. Le li\u00e8vre d\u00e9fait<br>l&rsquo;animal pris. Il retourne au logis. Le lendemain l&rsquo;hy\u00e8ne devance<br>le li\u00e8vre. Elle trouve une biche en pi\u00e8ge. Elle la mange. Le<br>li\u00e8vre arrive. Il ne voit rien. Mais il remarque que son pi\u00e8ge a<br>saisi un animal. Il observe, scrute, il reconna\u00eet l&#8217;empreinte<br>des pattes de l&rsquo;hy\u00e8ne. Il replace le pi\u00e8ge, retourne chez lui. Il<br>extrait de la glu, il la mod\u00e8le, la fa\u00e7onne en forme d&rsquo;une fillette<br>et va la placer pr\u00e8s du pi\u00e8ge. L&rsquo;hy\u00e8ne revient. Elle voit la statuette<br>et un animal en pi\u00e8ge. Elle crie. La statuette ne bouge<br>pas. D&rsquo;un bond, l&rsquo;hy\u00e8ne se jette sur le pi\u00e8ge, croque l&rsquo;animal,<br>insulte la statuette. Rien ne remue. L&rsquo;hy\u00e8ne se met en col\u00e8re.<br>Elle grogne, recule, s&rsquo;approche, tape la statuette avec la patte<br>droite de devant. Sa patte se colle \u00e0 la glu. L\u00e2che ma patte ou<br>je te frappe plus fort. La patte ne se d\u00e9colle pas. L&rsquo;hy\u00e8ne devient<br>furieuse. De toutes ses forces, elle enfonce sa patte gauche de<br>devant dans la glu. Elle rue, ses membres post\u00e9rieurs s&rsquo;adh\u00e8rent.<br>L&rsquo;hy\u00e8ne se d\u00e9bat, se tord, grogne plus fort. Elle ne se d\u00e9tache<\/p>\n\n\n\n<p>pas. Le li\u00e8vre revient. Il reconna\u00eet l&rsquo;hy\u00e8ne. Il dit : \u00ab Te voil\u00e0<br>prise grosse friponne \u00bb. Ne m&rsquo;insulte pas voisin li\u00e8vre. Je ne<br>vole jamais ton gibier. C&rsquo;est cette sotte fille qui te vole. J&rsquo;ai<br>voulu l&rsquo;arr\u00eater. Elle m&rsquo;a saisi tous les membres. Eh bien ! dit le<br>li\u00e8vre, frappe la voleuse avec ta t\u00eate. L&rsquo;hy\u00e8ne ob\u00e9it. Sa t\u00eate se<br>colle davantage. Le li\u00e8vre prend un b\u00e2ton, frappe l&rsquo;hy\u00e8ne \u00e0 son<br>aise, se sauve et va se cacher sous un buisson.<br>L&rsquo;hy\u00e8ne grogne plus fort. Sa voix devient rauque. Le soleil<br>brille. La glu se fond. L&rsquo;hy\u00e8ne se d\u00e9tache. Elle se repose. Dispose,<br>elle se met \u00e0 la recherche du li\u00e8vre. Elle ne le retrouve pas. Elle<br>pleure : houn ! houn ! houn.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Comment la tortue s&rsquo;enrichit.<br>(Dict\u00e9 par M\u00e9dy, interpr\u00e8te \u00e0 Toul\u00e9pleu).<br>La tortue m\u00e2le souffrait de sa pauvret\u00e9. Une nuit, elle demanda<br>\u00e0 sa femme comment il fallait op\u00e9rer pour trouver de<br>l&rsquo;argent. Sa femme lui r\u00e9pondit que pour s&rsquo;enrichir sans travailler<br>il suffisait d&#8217;emprunter \u00e0 diverses personnes et de s&rsquo;arranger<br>pour que celles-ci ne puissent vous r\u00e9clamer leur d\u00fb.<br>Apr\u00e8s maintes r\u00e9flexions, la tortue alla trouver un grain de<br>ma\u00efs, lui emprunta une somme de 1.000 cauris (1) et lui demanda<br>de venir se faire rembourser huit jours apr\u00e8s. Puis elle<br>se rendit chez le coq, lui emprunta la m\u00eame somme et lui fixa<br>le m\u00eame rendez-vous. Elle fit successivement de m\u00eame avec le<br>chat, le chat-tigre, la panth\u00e8re, un chasseur, un sorcier, un<br>arbre \u00e0 bois rouge, le feu, et enfin la pluie.<br>Apr\u00e8s avoir obtenu de toutes ces personnes riches les pr\u00eats<br>qu&rsquo;elle sollicitait, la tortue rentra tranquillement chez elle et<br>pr\u00e9para sa salle \u00e0 manger de telle sorte que chacun de ses d\u00e9biteurs<br>y tombe dans un pi\u00e8ge appropri\u00e9 au jour o\u00f9 il viendrait<br>r\u00e9clamer son d\u00fb.<br>Le jour fix\u00e9 arriva. Tous les d\u00e9biteurs se pr\u00e9sent\u00e8rent ainsi<br>que l&rsquo;avait fix\u00e9 la tortue. Le premier fut le grain de ma\u00efs. La<br>tortue engagea une longue conversation avec lui jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e<br>du coq. Le grain de ma\u00efs s&#8217;empressa alors de se cacher<br>(1) Cauri : petit coquillage qui servait autrefois de monnaie.<\/p>\n\n\n\n<p>dans un tas d&rsquo;ordures. Mais le coq s&#8217;empressant de gratter dans<br>le tas d\u00e9couvrit le grain de ma\u00efs et l&rsquo;avala. Le chat se pr\u00e9senta<br>sur ces entrefaits et apercevant le coq se jeta sur lui et le d\u00e9vora.<br>Le chat-tigre \u00e0 son tour p\u00e9n\u00e9tra dans la salle et apercevant le<br>chat son ennemi bondit dessus et le tua. La panth\u00e8re arrive<br>majestueusement, trouve le chat-tigre en train de se repa\u00eetre<br>des restes du chat et le d\u00e9vore incontinent. Le chasseur survient<br>alors et voyant la panth\u00e8re dans la maison s&#8217;empresse de la<br>tuer; mais il est \u00e0 son tour mis \u00e0 mort par le sorcier qui lui<br>jette un mauvais gri-gri. Le bois rouge \u00e0 son tour se pr\u00e9sentant<br>pour r\u00e9clamer son d\u00fb aper\u00e7oit le sorcier et le fait mourir. Enfin,<br>le feu surprenant le bois rouge le r\u00e9duit en cendres jusqu&rsquo;\u00e0 ce<br>que la pluie survenant arrose le feu copieusement et le r\u00e9duit<br>\u00e0 n\u00e9ant. La tortue remboursa la pluie de ce qu&rsquo;elle lui avait<br>pr\u00eat\u00e9 mais garda l&rsquo;argent de tous les autres d\u00e9biteurs et fut<br>ainsi riche \u00e0 peu de frais.<\/p>\n\n\n\n<p>P 96 A m\u00e9diter<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, nous nous trouverons parfois en pr\u00e9sence de faits sociaux<br>(tels que la polygamie ou la mise en gage d&rsquo;individus par<br>exemple) qui choqueront d&rsquo;office nos conceptions les plus \u00e9l\u00e9mentaires<br>de la morale et du Droit.<br>Il nous appartiendra alors de nous souvenir que nous nous<br>trouvons en pr\u00e9sence de populations tr\u00e8s primitives, d&rsquo;appr\u00e9cier<br>jusqu&rsquo;\u00e0 quel point ces moeurs qui furent \u00e0 l&rsquo;origine de notre<br>propre civilisation sont encore excusables ici, et sans pr\u00e9tendre<br>r\u00e9nover brutalement une Soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de nos conceptions,<br>d&rsquo;apporter dans le cadre m\u00eame de ses lois encore informes<br>un peu plus de Justice, et d&rsquo;Humanit\u00e9.<br>Le sort des femmes devra surtout retenir notre attention<br>puisque c&rsquo;est en d\u00e9finitive le plus mis\u00e9rable, ainsi que dans<br>beaucoup de soci\u00e9t\u00e9s primitives, la femme n&rsquo;est dans la soci\u00e9t\u00e9<br>gu\u00e9r\u00e9e qu&rsquo;un objet d&rsquo;\u00e9changes, un instrument de reproduction<br>et une main-d&rsquo;oeuvre. Or, si elle est valeur marchande appr\u00e9ci\u00e9e<br>et b\u00eate de somme courageuse, elle est l\u00e9 plus souvent m\u00e8re de<br>famille d\u00e9plorable, non par manque d&rsquo;instinct maternel, mais<br>par ignorance des principes les plus \u00e9l\u00e9mentaires d&rsquo;hygi\u00e8ne <\/p>\n\n\n\n<p>infantile\u2026 La mortalit\u00e9 est effrayante, le dressage des survivants<br>effarant\u2026<br>Or, selon une parole c\u00e9l\u00e8bre \u00ab c&rsquo;est sur les genoux des femmes<br>que l&rsquo;on \u00e9duque une race \u00bb, et les l\u00e9gislations les plus compliqu\u00e9es<br>ne pr\u00e9vaudront jamais contre ce grand fait d&rsquo;exp\u00e9rience<br>humaine et de progr\u00e8s social.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tude d&rsquo;une Soci\u00e9t\u00e9 primitive 1934 Capitaine Ren\u00e9 VIARDDE L&rsquo;INFANTERIE COLONIALE P11-13 Tekpetins Les Gu\u00e9r\u00e9s ont conserv\u00e9 dans leurs r\u00e9cits fabuleux le souvenir des \u00ab petits hommes roux \u00bb consid\u00e9r\u00e9s comme une peuplade de g\u00e9nies mal\u00e9fiques issue de la for\u00eat. Encore actuellement certainesparties d\u00e9sertes de la sylve sont r\u00e9put\u00e9es comme abritant quel- ques-uns de leurs descendants. Leur seule rencontre am\u00e8ne dans l&rsquo;ann\u00e9e la mort de celui qui en a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet. Inutile de souligner que nous n&rsquo;avons jamais pu v\u00e9rifier cette&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/2020\/11\/30\/les-gueres-peuple-de-la-foret\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,3,21,19,22,6,18,20],"tags":[],"class_list":["post-58","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-avant-la-colonisation","category-colonisation","category-fetiche","category-gba","category-gle","category-guere","category-mythes","category-zouhou"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":64,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58\/revisions\/64"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/base.wobebli.net\/base\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}